PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
C'est le grand pont qui relie, vis à vis de Kehl et de Strasbourg, le réseau des chemins de fer de l'Est français aux chemins badois. On comprend aisément, à la vue du dessin qui précède, le genre de tablier métallique qui constitue les ponts à treillis. Mais, comme je viens de le dire, la fondation des piles a nécessitéTemploi d'une méthode assez originale, ce me semble, pour justifier les détails qui vont suivre.
Disons d'abord que la vitesse du courant des eaux du fleuve, la composition de son lit, entièrement formé de couches de gravier dont la profondeur dé*passe 60 mètres, les affouillements considérables produits dans ce lit par des crues rapides, étaient autant d'obstacles à l'emploi des procédés ordinaires de fondation. Gomment mettre les piles à l'abri de ces affouillemeots qui bouleversaient le gravier jusqu'à 11 mètres de profondeur? On décida que les fondations descendraient à 20 mètres au-dessous du lit normal. Mais alors, comment creuser dans le gravier jusqu'à cette distance , comment édifier la maçonnerie, couler le béton, soijs l'action de l'impétueux courant du Rhin? C'était là, on le conçoit , un problème d'une solution difficile.
Eh bien, l'emploi de l'air comprimé, déjà utilisé dans d'autres ouvrages, mais ici modifié de la façon la plus heureuse, vint à bout de tous Jes obstacles.
Bien qu'il n'entre pas dans le cadre de mon livre de décrire en détail des procédés de ce genre — c'est l'affaire des ouvrages techniques — je voudrais au moins vous en faire comprendre le principe.
Imaginez des caissons en tôle, aux parois solilidenierit boulonnées, renforcées, tant à l'intérieur que sur la face supérieure, au moyen de poutres et de contre-forts en fer. Ils sont ouverts à leur base inférieure, tandis que le plafond, percé de trois trous circulaires, est surmonté de trois cheminées, aussi en tôle; les deux cheminées latérales communiquent simplement avec l'intérieur du caisson, tandis que celle du milieu descend jusqu'au niveau de l'ouverture inférieure,, de cette sorte de chambre métallique. Supposez qu'on descende cet appareil jusqu'au fond du fleuve, de manière qu'il repose sur le lit de gravier : l'eau pénétrera toute sa capacité, et, en vertu d'une loi bien connue d'hydrostatique — celle des vases communiquants — elle s'élèvera, dans les cheminées, précisément au niveau de l'eau du fleuve. Mais si, maintenant, à l'aide de machines soufflantes, mues à la vapeur, on fait pénétrer de l'air dans les deux chemiàées latérales, convenablement disposées à cet effet, qu'arrivera-t-il? Que- la pression de plus en plus considérable du fluide, supérieure à la pression extérieure de l'atmosphère, refoulera peu à peu l'eau qui remplit le caisson, la forcera à s'échapper par