‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 81 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

réparer, les entretenir, soit enfin pour le service quotidien, les locomotives et leurs tenders, les voitures et les wagons isolés de toute sorte. On emploie, à cet effet, des appareils spéciaux, auxquels on a donné les noms de plaques tournantes et de chariots de service. Lfe moment est venu de dire un mot des uns et des autres.

Tout le monde a pu voir, à l'intérieur des gar troïà ou quatre hommes manœuvrer un wagon, qu'ils font tourner lentement au-dessus d'un grand disque, de diamètre variable, et mobile avec la voiture qu'il supporte. Ce disque est une plaque tournante. On a pu aussi, à l'arrivée dans une station un peu importante, ressentir une secousse qui se répète à chaque voiture, en laissant entendre un son métallique. Cette secousse est produite par le passage du train sur une ou plusieurs plaques.

Le mécanisme des plaques tournantes est aussi facile à comprendre que leur emploi. En quoi consiste-t-il? Le voici :

Sur le fonds d'une fosse circulaire, de quatrevingts centimètres environ de profondeur, de diamètre variable, repose ce qu'on nomme la partie fixe de la plaque. Elle se compose principalement d'un cercle métallique, portant à sa circonférence une sorte de rail circulaire, dont la forme offre une certaine analogie avec celle du rail Brunel. C'est sur ce cercle que roule le plateau mobile de la plaque.

La surface de roulement en est tournée avec le plus grand soin.

La seconde partie essentielle d'une plaque tournante est aussi composée, à sa surface intérieure, d'un cercle de roulement, le plus souvent venu de fonte d'un seul morceau, et relié' à la partie centrale, comme le premier, par des bras métalliques. Des galets roulent entre ces deux cercles, comme sur les rails d'un chemin de fer, avec cette différence, qu'il y a double ligne de rail, au-dessus et au-dessous, et que les disques ont une forme conique qui facilite le glissement de la plaque mobile.

Enfin cette dernière repose sur un pivot en fer tourné, dont le sommet arrondi est constamment lubréfié par l'huile d'un godet situé au-dessus et au centre de la plaque ; une cloche en fonte recouvre ce godet, de façon à le mettre à l'abri de la poussière.

Il est facile maintenant de concevoir comment le plateau mobile, portant sur sa surface supérieure des portions de voie qui forment entre elles un certain angle, peut servir à faire passer un véhicule d'une voie sur une autre. Donnons-en quelques exemples.

Voyez d'abord une plaque tournante, à voies rectangulaires : quatre bouts de rails formant un carré, des coins de même nombre faisant suite aux rails, permettront évidemment à une voiture qui

Fig. 63. Plaque tournante rectangulaire; vue intérieure de la fosse.

repose sur la plaque de passer d'une voie sur une autre qui coupe la première à angle droit. Il suffira de faire décrire au plateau mobile un quart de tour.

D'ailleurs la continuité des voies , qui se croisen* ainsi, n'est pas interrompue.

Le même dessin représente une vue intérieure ou coupe verticale de la plaque, et achève ainsi de faire comprendre la description qui précède.

La plateau supérieur des premières plaques tournantes était le plus souvent en fonte ; mais on a reconnu l'inconvénient de ce mode de recouvrir la partie mobile, parce que la fonte se brise sous le choc d'un wagon qui vient à dérailler sur la plaque. On préfère aujourd'hui, du moins sur plusieurs lignes, les plateaux en bois J .

Une série de plaques rectangulaires, placées en files sur des voies parallèles, permet aux véhicules

1. On a même construit des plaques tournantes entièrement en bois : de tels appareils sont beaucoup plus économiques, on le conçoit ; mais ils offrent l'inconvénient de se détériorer sous l'influence des variations hygrométriques, et, d'ailleurs, ne peuvent être placés, à cause de la pluie, que dans des magasins ou sous des halles couvertes.

Le choc des wagons sur les angles, ou croisillons, des voies établies sur les plaques, détériorant très- vite les rails en ces points, a suggéré l'idée de fabriquer ces croisillons en acier fondu.

Enfin, on emploie beaucoup, depuis quelques années, des plaques en tôle dont la qualité principale est la solidité. Tous ces appareils, quelle qu'en soit la forme, demandent à être établis avec un soin particulier.

de passer d'une voie sur l'autre, sans qu'aucune d'elles soit interrompue. J'en donne un exemple pour trois lignes parallèles.

Des bouts de rails, posés entre les plaques, rendent la voie transversale continue. Cette disposition nécessite qu'il y ait, entre les voies ainsi desservies une distance assez grande, pour ne pas donner lieu à l'intersection des circonférences des plaques. Quand il en est autrement, on emploie des plaques à trois voies ou hexagonales, dont voici le modèle :

Fig. 64. Plaque tournante hexagonale.

Ce genre de plaques, comme on peut le voir dans le dessin ci-dessus, peut desservir deux voies qui se croisent sous un angle de 60 degrés. Mais s'il

Fig. 65. Système de plaques rectangulaires pour voies parallèles.

s'agit de réunir deux voies parallèles, on leur donne la disposition suivante, également adoptée pour un plus grand nombre de voies :

. JlX^i

Fig. 66. Système de plaques hexagonales pour voies parallèles.

À l'origine, le diamètre des plaques tournantes variait entre 3 m ;40 et 4 m ,80. Aujourd'hui le minimum de cette dimension est 4 m ,80 f et Ton en fait un grand nombre, alors destinées au mouvement des

locomotives et de leurs tenders , dont le diamètre mesure plus de 12 mètres. Cette augmentation est corrélative d'un accroissement dans les dimensions des véhicules, et permet de pourvoir largement à toutes les modifications futures.

Un mot maintenant sur le prix de revient des plaques tournantes.

Une plaque de 3 ra ,40 de diamètre coûte, — nous prenons le chiffre dans des documents officiels, — 23-21 fr. 85 cent., sans la pose, qu'on évalue 55 francs. Le prix d'une plaque de 4 œ ,20estde 3535 fr. 38 cent, et, avec la pose, de 3605 fr. 38 cent. Mais si, des plaques pour wagons et voitures, on passe à celles de 10 à 12 mètres, pour locomotives avec leurs tenders, le prix de revient augmente au moins à proportion de la surface. Ainsi le prix d'une plaque de 12 mètres, du chemin du Nord, monte à 29 475 fr. 77 cent, sans compter la pose et le montage.

Sur ce chapitre, du reste, comme sur bien d'autres, on en est toujours aux expérimentations. Les plagues anciennes, en fonte, sont remplacées par des plaques en fonte et en tôle ; les détails en sont modifiés de manière à obtenir un fonctionnement meilleur. Mais aussi, il est à noter que de telles modifications se traduisent invariablement par des appareils plus coûteux, au moins quant à la dépense de premier établissement. 11 faut croire que les ingénieurs, et les compagnies, de concert avec eux, ne négligent

Page 1