‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 94 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOTE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOTE

Te dire au bout de combien d'années ce renouvellement devient nécessaire, est chose fort dïf- , ficile, et d'ailleurs, tu conçois que cette durée est extrêmement variable. Ici les rails sont légers, là beaucoup plus lourds; telle ligne emploie un système, telle autre en emploie un tout différent; le poids des locomotives, celui des voitures et des wagons, le nombre et la charge des trains, tous ces éléments influent sur la plus ou moins grande durée du matériel, j'entends surtout des rails.

D'après un récent rapport, les premières voies d'établissement du chemin de fer de Paris en Belgique n'ont fait qu'un service moyen de neuf années. Le nombre des trains de marchandises et de voyageurs qui ont, pendant cet intervalle de temps, parcouru la voie dans ses deux sens a été d'environ 340 000, c'est-à-dire d'environ 38 000 trains par an. Des ingénieurs ont calculé une durée moyenne de quinze années, à raison de 18000 trains par an; mais énoncer de telles lois, sans rien préciser sur les circonstances multiples qui les rendent si variables, c'est rester dans un vague, dont l'intérêt est fort contestable.

— Je suis de ton avis; mais comment prôcèdet-on au remplacement dés voies sans interrompre le service , sans nuire tout au moins à sa régularité?

— Par une organisation toute spéciale , dont tu vas sans peine comprendre les voies et moyens.... »

Eugène se mit alors à m'expliquer la marche et la distribution du travail, dans le§ ateliers de substitution — - tel est le nom technique donoé aux brigades d'ouvriers, chargées de cette opération. — Ce n'est pas en quelques jours, ajouta-t-il, qu'elle se termine : la ligne de Paris en Belgique, par Lille et Valenciennes , n'a pas mis moins de trois ans, à faire remplacer 650 000 mètres courant de voies anciennes.

Mais comme je fus bientôt témoin moi-même d'une opération de ce genre, dont la précision m'émerveilla, je terminerai ce chapitre par le court récit de ma visite aux ateliers de substitution d'une de nos lignes françaises.

J'étais à C***. Mettant à profit huit jours de loisir et la rencontre fortuite d'un ami de collège, que j'avais perdu de vue depuis son entrée à l'école centrale, je l'accompagnai un matin, dans une tournée de surveillance que son service l'appelait à faire sur la voie. Nous prîmes ensemble un train qui nous déposa à 20 kilomètres de la station, "et nous suivîmes ensuite la chaussée. Nous arrivâmes bientôt aux ateliers de substitution.

Tout le long de la voie, les nouvelles traverses, sabottées à l'avance, et munies de leurs coussinets, étaient placées sur le ballast, vis-à-vis les points où

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