PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
elles devaient être employées. Une partie de la voi était déjà dégarnie de son sable, et les anciennes traverses dégagées.
Aussitôt reparti le train par lequel nous venions d'arriver, le chef d'atelier, chargé du démontage, donna Tordre de procéder à l'enlèvement des rails et des traverses. Cette opération terminée, ce fut le tour des ouvriers poseurs, qui placèrent les nouvelles traverses, aux positions marquées d'avance sur le ballast par le chef de leurs brigades; D'autres alignèrent ensuite, à l'aide de grosses pinces, les traverses de joint, et les rails furent posés dans leurs coussinets. Marquer alors, avec de la craie, l'exacte position des coussinets intermédiaires entre ceux de joint, distribuer les coins auprès des traverses, soulever ou déplacer ces dernières, de façon à faire porter le rail sur la semelle au point marqué, poser les coins, les introduire et les frapper, toujours dans le sens de la marche des trains, enfin garnir le dessous des traverses du ballast nécessaire et serrer à fond les éclisses, furent autant d'opérations qui se succédèrent et s'accomplirent avec une remarquable rapidité.
Pendant ce temps, mon ami me montra du doigt un homme, posté à 800 mètres environ en arrière de l'atelier. Cet employé, maintenait un signal d'arrêt, jusqu'à ce que la continuité de la voie fût rétablie. J'appris en outre, qu'à la même distance, et
toujours en arrière, un signal de ralentissement serait maintenu jour et nuit, jusqu'à ce que la partie remaniée de la voie fût mise en parfait état d'entretien.
Tant de précision et d'habileté me remplit d'admiration; j'en exprimai le sentiment à mon cicérone.
En songeant alors à la multitude de travaux analogues, et au nombre considérable d'ateliers de cette sorte, organisés par toute la France, grâce au réseau de nos voies ferrées, je ne pus m'empécher de les regarder comme autant d'excellentes écoles industrielles. Sans aucun doute, la contagion de l'exemple, répandue jusque dans nos villages par la construction et l'entretien des chemins de fer, finira par réagir sur toutes les industries privées, surtout sur notre grande industrie nationale, l'agriculture, et portera partout l'habitude de l'activité et de la précision dans la main-d'œuvre. Fait considérable, aussi bien au point de vue de la production générale, que de l'instruction pratique et professionnelle, et, par voie de conséquence, au point de vue de la moralité!