DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
ès arts du dernier siècle, qui s'écriait, en parlant de la simple machine à vapeur :
« Voilà la plus merveilleuse de toutes les machines; le mécanisme ressemble à celui des animaux. La chaleur est le principe de son mouvement; il se fait, dans ses différents tuyaux, une circulation comme celle du sang dans les veines, ayant des valvules qui s'ouvrent et se ferment à propos; elle se nourrit, s'évacue elle-même dans des temps réglés et tire de son travail tout ce qu'il lui faut pour subsister 1 . »
En continuant la métaphore, ne pourrait-on pas encore ajouter: «Cette admirable machine va, vient, se meut avec une aisance et une docilité sans pareille. Sa force musculaire est prodigieuse, et sa rapidité atteint , pour ainsi dire, celle du vent le plus impétueux. La noble bête consomme beaucoup, sans doute, mais sa nourriture est prise aux entrailles de la terre; elle respire, mais l'air qu'exhalent ses poumons est une vapeur embrasée; elle boit , mais l'eau qu'elle engloutit dans son vaste estomac de bronze, sort de son corps, en fumée; ses muscles sont de fer et d'acier, ses jambes des cercles aux cent pattes mobiles; sa voix est tantôt le sifflement du serpent, tantôt l'âpre mugissement du tigre. Quand, après avoir dévoré l'espace, elle a