‹ Les chemins de ferChapitre 11 sur 139 · PREMIÈRE PARTIE. — U YOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — U YOIE

plein soleil, et nous distrayant du technique par la contemplation de la belle nature.

C'est, si vous le voulez, entre deux villes voisines que nous allons étudier le tracé définitif. La campagne qui les sépare offre un sol assez varié : des plaines, des collines, une rivière, et, comme partout, des routes, des champs et des bois.

« Entre les cent directions que peut suivre la voie, dans un rayon d'une certaine étendue, quelle est la direction précise à donner au chemin? » Telle est, je le répète, la question que se pose l'ingénieur chargé des travaux. S'en rapportera-t-il à la géométrie pure? Il serait hélas ! fort embarrassé : « D'un point à un autre, lui crie cette science aimée des Muses, tu ne peux mener qu'une ligne droite. » Oui. Mais combien d'autres lignes courbes, brisées, sinueuses? Une infinité. C'est le dicton populaire : « Tout chemin mène à Rome. »

Avec cette promptitude de coup d'oeil que donne seule l'expérience, notre ingénieur a distingué deux ou trois directions au plus pour le tracé : c'est entre elles que l'étude définitive prononcera. Il ne s'agit plus maintenant de se fier à cette sagacité prime-sautière, bonne au début, mais bien de prendre pour bases solides des données géométriques, résultats d'une connaissance détaillée et approfondie de tous les accidents du terrain. Qui les recueillera? L'ingénieur lui-même, avec son personnel si intelligent de géomètres, d'aides, de

piqueurs, armés de leurs instruments, jalons, mires, boussoles, graphomètres et niveaux.

Devons-nous les laisser fair£ et attendre en flânant le résultat de leurs travaux? ou bien voulezvous que nous essayions de déchiffrer ensemble quelques lambeaux du grimoire dont ces gens-là vont noircir leurs carnets et leurs cartes?

Qu'en dites-vous, lecteur?

En vrai fils d'Eve, que pousse le démon de la curiosité, essayons!

Yous savez déjà ce que vont faire ces hommes : en style du métier, ils se proposent de lever le plan de la bande de terrain nécessaire à l'étude du tracé.

— Or, demandez- vous en premier lieu, qu'estce que le plan du terrain ?

— C'est, à vrai dire, pour employer le langage de tout le monde, le portrait du sol.

Il faut distinguer, toutefois; un portrait, un paysage, l'image dessinée d'un objet quelconque, donnent une idée fort incomplète de l'objet représenté; ils ne nous le font voir que sous une seule face, comme si, au lieu d'être en relief, on l'avait plaqué sur la surface plane du papier ou de la toile. Aussi l'artiste a-t-il recours à la lumière, j'entends aux ombres et aux couleurs, pour produire cette illusion du relief si nécessaire à l'effet. Mais c'est là un élément qui échappe à la mesure, et dont le plan géométral, qui est aussi le portrait

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