PREMIÈRE PARTIE. - U VOIE
du sol, est forcé de se passer. Comment le géomètre supplée-t-il à cette lacune? par quel artifice arrive-t-il à donner le relief à son plan de manière à pouvoir en calculer partout et à tout instant l'épaisseur? C'est ce que je veux expliquer.
D'abord, à la vue du paysage que déroule la contrée traversée par la ligne de fer, faisons abstraction de nos sentiments artistiques, et efforçons-nous de n'y voir qu'une surface diversement ondulée, sillonnée de lignes et composée de points. Ce que nous voulons connaître, c'est la situation relative de ces lignes et de ces points, leurs distances réciproques, leurs hauteurs diverses, par suite, les dépressions et les saillies qui constituent les ondulations du sol. Notre plan devra marquer les directions des routes, chemins et sentiers, des fleuves, rivières et ruisseaux ; au besoin la situation, les dispositions mêmes des édifices, des maisons, des fermes, usines, les collines et les montagnes, les limites des communes, des champs et des bois; enfin quelquefois, — qui peut le plus peut le moins, — l'indication d'arbres isolés, ou d'autres objets remarquables.
Le problème posé, abordons la solution pratique.
Les géomètres, grands simplificateurs, l'ont décomposée en deux opérations distinctes.
Par la première de ces deux opérations, ils ob-
tiennent le plan du terrain, abstraction faite des hauteurs ou du relief. Voulez-vous avoir une idée rapide de cette image du sol, montez un jour où l'atmosphère est pure, où les objets se voient distinctement au loin, montez au sommet d'un édifice ou d'une montagne ; mieux encore élevez-vous en ballon. A mesure que votre ascension s'effectue, vous voyez au-dessous de vous les objets fixés à la surface de la terre perdre peu à peu de leur saillie, les maisons s'écraser, s'aplatir, et n'apparaître bientôt plus que sous la forme de carrés ou de rectangles. De cette hauteur, les villes ressemblent assez, régularité et couleur à part, aux casiers d'un jeu d'échec; les routes et les rivières deviennent des rubans, les collines s'affaissent au niveau des plaines et des vallées. Plus vous montez, plus l'illusion grandit, plus l'image du sol placée sous vos yeux se rapproche de l'aspect qu'offre une carte, un plan topographique. Tous les points du terrain, quelles que soient leurs hauteurs verticales, se sont pour ainsi dire abaissés au niveau du plan de l'horizon.
Ce que ma comparaison ne saurait vous apprendre, c'est comment nos géomètres obtiennent un pareil tableau. Ils y parviennent au moyen d'une série de manœuvres et de calculs dont la pratique est longue et délicate, mais dont les principes sont assez simples pour que j'essaye de vous en donner au moins une idée.