QUATRIÈME PARTIE. — LES GARES
trains sous les halles ne peut se faire directement, comme dans la première; de là une perte de temps, des manœuvres multipliées, et, en somme, des frais considérables d'emmagasinage. Toute combinaison heureuse, scientifique, artistique ou technique, se traduisant dans l'exploitation par une diminution de dépenses, par une économie, doit être la constante préoccupation de l'ingénieur.
Il est, pour les arts, deux sources d'inspiration également fécondes : d'un côté, la nature, ses tableaux variés et ses lois; de l'autre, l'homme, ses passions, son activité individuelle ou collective. C'est à cette dernière source qu'il faut faire remonter l'émotion dont ne peut se défendre celui qui pénètre, pour la première fois, dans une de ces grandes usines où travaillent de concert les ouvriers intelligents et les moteurs aveugles.
Telle est l'impression qu'éprouve le visiteur, lorsqu'il parcourt ces ateliers immenses, ces forges dont toutes nos grandes lignes de fer sont aujourd'hui pourvues. Sa curiosité est vivement éveillée par le coup d'œil varié que lui présentent les vastes halles le. long desquelles le mouvement va, vient, monte, descend dans toutes les directions, sous toutes les formes, faisant mouvoir des milliers de roues, d'arbres, de courroies, et distribuant à chaque ouvrier, à chaque outil, la part de force dont ils ont besoin. Ses facultés artistiques
ne sont pas moins surexcitées que son intelligence : ici, la lumière et l'ombre, se jouant d'une façon merveilleuse, engendrent les contrastes et les harmonies; plus loin, le feu des forges, le bruit des énormes marteaux qui pétrissent le fer étincelant, les mâles figures des ouvriers saisissant, de leurs énormes pinces, les rouges essieux, tout cet ensemble forme un tableau, que dis-je? une série de tableaux, dignes d'être reproduits par quelque moderne Rembrandt 1 .
Pour moi, qui me suis imposé la mission de vous faire connaître le chemin de fer sous toutes ses faces, ce n'est pas au point de vue du pittoresque que je vous proposerais une visite dans les ateliers. Votre curiosité seule, j'en suis sûr, y trouverait une ample moisson. Malheureusement le temps nous manque, et je ne puis vous en tracer qu'une légère esquisse.
Les ateliers d'un chemin de fer se subdivisent en deux groupes : les ateliers de petite réparation ou dépôts, et les ateliers de grande réparation. Cela se conçoit : tandis que, dans les premiers, on ne s'occupe guère que des réparations courantes, quotidiennes, exigeant seulement la substitution de pièces de détail aux pièces usées ou détério-
1 . Génie à part, c'est ce qu'ont tenté avec succès des peintres d'un vrai talent, à en juger par les essais dont nos expositions des beaux-arts ont permis de juger le mérite. Décidément, nous ne sommes plus à l'époque où l'industrie était proscrite, au nom de l'art, par de ridicules préjuges.
Fig. 87. Plau des ateliers de la gare de Paria sur la ligne de Ljoq