PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
lampes ou pentes, ces inclinaisons doivent rester au-dessous de certaines limites déterminées ;
En outre la direction du tracé doit être rectiligne, ou, si elle affecte la forme d'une ligne courbe, la courbure, très peu sensible, sera de même limitée.
C'est le moment d'entrer dans quelques détails à cet égard et d'exposer à la fois les faits et leurs raisons d'être. Voyons d'abord les faits.
Vous dirai-je ce qu'on entend par ces mots :
pente d'un millième, de deux millièmes, de trois millièmes, etc.?
Rien de plus simple.
Dans la construction des premiers chemins de fer, les ingénieurs, un peu timides, admettaient pour les plus fortes pentes une inclinaison de 5 millièmes : cela revient à dire que, pour un mètre de chemin horizontal, la voie montait ou s'abaissait, suivant le sens, de 5 millimètres. Une telle inclinaison donne, pour un kilomètre parcouru horizontalement, une différence de niveau de 5 mètres; de 50 mètres par conséquent sur 1 myriamètre. Cette prudence, bien naturelle au début d'une industrie nouvelle qui prisait fort la méthode expérimentale, était d'ailleurs prescrite aux cdtnpagnies par l'administration des Ponts et Chaussées de France.
Telle est, encore aujourd'hui, la limite adoptée dans tous les parcours des lignes de fer où l'on i 4
n'a point à traverser des régions tout à fait montagneuses. Néanmoins il arrive que des inclinaisons variant de 8 à 12 millièmes ont été acceptées pour d'assez longs parcours : ainsi, sur le chemin de Strasbourg, aux environs de Bar-le-Duc, on trouve deux rampes en sens contraire, inclinées de 8 millièmes et dont la longueur totale arrive à 20 kilomètres ; sur les chemins de Manchester à Liverpool et de Bristol à Londres, il y a des pentes de 1 centième, de 11 à 12 millièmes; il est vrai de dire que leur longueur ne dépasse pas 5 kilomètres 1 .
Au sortir d'Étampes, et longeant la vallée de l'Hémery, le chemin de fer de Paris à Orléans monte sur le plateau de la Beauce par une rampe de 6300 mètres de longueur, et s'élève de 50 mètres au-dessus du point de départ (flg. 16). C'est, comme on voit, 8 millièmes d'inclinaison.
Indépendamment de l'inclinaison, ce tronçon de ligne offre aussi — le dessin qui suit en fait foi — une courbure assez prononcée, sur un des remblais les plus considérables du chemin d'Or-
1. Les chemins de fer, au point de vue de leur tracé, peuvent
se diviser en :
chemins à pentes faibles,
— à pentes moyennes,
— à fortes pentes,
selon que l'inclinaison reste, pour les premiers, au-dessous de 8 millimètres; pour les seconds, entre 8 et 10 millimètres; pour les autres enfin, au-dessus de 10 millimètres.
(Perdonnet, Traité des chemins de fer.)