PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
vous aurez compris. Voyons ce qui se passe dans une route ordinaire. Un cheval traîne une voiture plus ou moins chargée; tant que la route est horizontale, il n'a que deux résistances à vaincre, le frottement des roues sur le sol, d'autant plus rude que la charge est plus grande et le terrain plus mou, puis le frottement des essieux sui les roues. Mais que notre attelage ait une rampe à gravir, et les conditions changent aussitôt. Moins de frottement sur le sol, c'est vrai; mais une troisième force nait, la pesanteur, qui entraîne en arrière le véhicule, et, pour peu que l'inclinaison croisse, rend bientôt l'ascension impossible :
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiraient un coche....
Si la pente n'est pas trop forte, ce sont les muscles de la pauvre bêle qui résistent à l'accroissement de charge et réagissent avec énergie ; les sabots du cheval adhèrent au sol, le moteur tient bon.
En est-il de même des chemins de fer? Non, évidemment. L'adhérence des roues sur les rails 1
1. Quand un corps pesant repose sur un plan incliné, son poids, qui agit sur son centre de gravité dans le sens de la verticale, se décompose en deux forces; l'une, agissant parallèlement au plan d'appui, tend à entraîner le corps sur la pente; l'autre, perpendiculaire au môme plan, est la pression qui l'y maintient. Cette pression diminue à mesure que l'inclinaison
n'étant produite que par le poids même de la locomotive et des voitures, l'adhérence diminue à mesure qu'augmente l'inclinaison de la rampe. Au delà d'une certaine limite, les roues cessent de mordre, tournent sur place, la machine perd pied, le convoi reste en chemin — Ce serait bien pis encore, dans les temps froids, de gelée ou de neige, lorsque les rails, enduits d'une mince couche de glace, sont devenus glissants : à l'impuissance d'avancer succéderait alors le danger du recul, le déraillement, ou pis encore, la périlleuse rencontre d'un autre train.
Au retour, sur les pentes, le contraire arrive : c'est la vitesse alors qu'il faut craindre, qu'il faut modérer. Entraînant les convois avec une puissance d'autant plus irrésistible que leur poids est plus lourd, cette vitesse croissant avpc la descente — ne l'oubliez pas — donnerait lieu à des accidents terribles. Même en restant dans les limites des inclinaisons adoptées, il faut alors user de freins, qui ralentissent la vitesse de la marche. Il est vrai que si l'air est calme, ou mieux encore si le vent s'oppose à la marche du convoi, la résistance du fluide atmosphérique croissant avec la vitesse suffit à la fin pour contre-balancer entièrement cette dernière, circonstance favorable aux
augmente, et c'est elle qui détermine le frottement du corps sur le plan incliné, ce qu'on nomme à tort son adhérence.