PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
ou — ce qui revient au même — que la courbure du chemin est plus prononcée, et la vitesse du convoi plus considérable.
Est-ce là, du reste, la seule cause qui assigne une limite à la courbure des voies? Non. Le genre particulier de construction des voitures, dans lesquelles les essieux et les roues forment un tout solidaire, ne permet pas aux deux roues attenantes au môme essieu de tourner avec des vitesses inégales : c'est ce qu'exigerait cependant la courbure d'une portion de voie dont les rails sont parallèles.
Fig. 18. Influence des courbes sur la vitesse relative des roues d'un même essieu.
Voyez (fig. 18) les deux positions successives du même essieu, aux deux extrémités d'une voie courbe.
N'est-il pas clair que les deux arcs AB, CD, parcourus dans le môme temps sont de longueurs inégales? Qu'en résulte-t-il? Que la roue extérieure a dû être en partie traînée sur le rail, d'où une résistance nouvelle, u» frottement, qui détermine une détérioration rapide des rails et des roues. De plus, le parallélisme obligé des essieux d'un môme wagon, à 4 ou 6 roues, ajoute encore à
cette difficulté du passage des trains dans les courbes. Sur une route et avec une voiture ordinaire, pareille chose n'arrive pas. Pourquoi? Parce que la roue extérieure, non solidaire avec l'essieu et indépendante de la roue jumelle, peut tourner librement avec une vitesse quelconque. Ayant à parcourir dans le même temps un chemin plus grand, elle peut augmenter, sans dommage pour elle-même ni pour le chemin, le nombre de ses tours, opération impossible dans le système d'essieux adopté pour les wagons 1 .
Plus loin, quand nous examinerons le matériel roulant que nous en disséquerons les organes, nous comprendrons mieux encore la nécessité des conditions qu'on vient de décrire; bornons-nous, pour terminer ce point de vue de la fixation définitive du tracé, à rappeler que, dans les tranchées et les tunnels, il importe d'éviter les courbures : elles peuvent, en effet, empêcher les chefs de train ou le mécanicien d'apercevoir à distance les obstacles imprévus qui obstruent la voie et occasionner de la sorte les plus graves accidents.
1. On a imaginé des systèmes ingénieux d'articulation des trains de voiture, qui permettent d'éviter une partie de ces inconvénients d'une forte courbure. L'un d'eux est encore aujourd'hui en activité sur la petite ligne de Paris à Orsay et à Li« mours. Malgré ses avantages, ce système, dont nous parlerons plus loin, n'a pas eu d'imitateurs; la complication qui en résulte pour la construction du matériel en est sans doute une des causes principales.