‹ Les chemins de ferChapitre 48 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART

voisine, sur la ligne de Paris à Rouen et au Havre ; de celui du Credo, sur le chemin de Lyon à Genève ; de Rilly, sur la ligne de Reims ; de Hommarting, de Hauenstein, de Giovi et de tant d'autres, puisque leurs dimensions sont toutes inférieures à celles des souterrains que nous venons de citer, et puisque, au point de vue technique, leur construction n'a rien fourni d'exceptionnel 1 ?

Mais puisse passer sous silence le tunnel percé à travers les flancs du col de Fréjus et connu sous le nom de tunnel du mont Cenis? Et cet autre tunnel plus long encore que le premier, qui vient d'ouvrir un passage aux locomotives au travers de l'énorme massif du Saint-Gothard? Ces

1. Le tableau suivant donnera une idée de l'importance de quelques-uns de ces ouvrages sur les chemins de France et de rétranerer :

Longueur Nom

en mètres du chemin de fer.

Souterrain de Bon-Secours 1 055 Rouen au Havre.

— de Foug 1 120 Paris à Strasbour

— de Culmont 1 320 Paris a Mulhouse.

— de Hauenstein 2 500 Central suisse.

entre la Sarre et le Rhin . . 2 778 Strasbourg.

— de Hommarting 2 880 Id.

des Apennins 3 100 Turin à Gènes.

— de Giovi 3 255 Id.

de Rilly 3 500 Reims.

du Credo. . . 3 900 Lyon à Genève.

de Blaisy 4 100 Paris à Lyon.

— de la Nerthe A 620 Avignon à Marseille

— •*" 6 000 Roanne A Tarare.

— de l'Hoosac 7 645 Massachussets.

de l'Arlberg 10 300 Insprûck.

— du mont Cenis 12 230 Victor-Emmanuel.

— du Saint-Gothard 14 900 Saint-Gothard.

immenses et difficiles entreprises, aussi savamment conduites que courageusement terminées, méritent certes de notre part un moment d'attention. D'ailleurs la méthode adoptée pour leur exécution se distingue des moyens employés jusqu'ici : disons donc un mot qui puisse, à cet égard, satisfaire la légitime curiosité du lecteur.

LES ORAMD6 TUNNELS

Tunnel du moût Cenis ou du col de Fréjus. — Méthode de forage par l'air comprimé ; machines perforatrices. — Percement du tunnel du Saint-Gothard ; perfectionnements apportés aux machines et aux procédés de forage; enlèvement des déblais. — Projet de tunnel sous-marin entre la France et l'Angleterre ; commencement des travaux. — Machine perforatrice Beaumont.

Il s'agissait d'ouvrir entre Modane et Bardonèche une galerie souterraine qui, partant de la vallée de l'Arc, allât déboucher en Italie, sur le versant opposé, dans la vallée de la Dqra, perçant de part en part le massif du col de Fréjus. 12 220 mètres à franchir, voilà pour la longueur du tunnel ; une épaisseur de 1800 mètres de roches, voilà pour la profondeur. Vous rendez-vous compte, maintenant, des difficultés de tous genres que devait rencontrer le percement? Comment songer à creuser, dans la neige, dans le roc, sur une pareille longueur, des puits d'une telle dimension? Et cependant jusqu'ici, vous avez vu que les puits sont nécessaires, à la fois comme points de départ pour attaquer le terrain, et comme tuyaux

d'aérage. Avant . que les deux têtes du souterrain puissent être reliées par une galerie de 12 000 mètres et qu'un courant d'air s'y établisse, l'air pur manquera mille fois aux Ouvriers, dans un milieu vicié tout à la fois par leur respiration, par la combustion des lampes et par celle de la poudre. Einploiera-t-on la vapeur pour abattre plus rapidement les 60 mètres cubes de roches que la section du tunnel donne pour chaque mètre courant? C'est également impossible, puisque la fumée continue des machines viendrait s'adjoindre encore aux causes d'asphyxie que nous venons d'énumérer.

En un mot, comment, à de telles profondeurs et à de telles distances, fournir aux ateliçfrs la provision d'air respirable dont ils ont besoin?. Telle était la première difficulté.

Ce n'est pas tout. Le terrain qu'il s'agissait d'en- . tamer est généralement composé de roches; dures soit de roches quartzeuses , soit de calcaires schisteux : percer une galerie dans de tels blocs est une opération longue et dispendieuse. Vingt ans et un nombre de millions proportionné à cette durée n'y eussent pas suffi. Percer des trous de mines et faire sauter le roc est assez expéditif ; mais on vient de voir que la combustion obligée de la poudre en rend l'emploi impossible. Agir directement sur la roche, telle est donc la nécessité à laquelle on s'est trouvé réduit.

Il a fallu chercher une force considérable, tout en rejetant les puissances explosives et la vapeur. C'est à l'air comprimé qu'ont eu recours les ingénieurs distingués chargés de diriger cette œuvre gigantesque. Je vais essayer de donner une idée de leurs remarquables procédés.

On a commencé par ouvrir, au moyen des procédés ordinaires, environ 1200 mètres de tunnel, partie du côté de la France, partie sur le versant italien, et à revêtir le tout de maçonnerie. Puis on s'est mis à attaquer le roc au moyen de machines à air comprimé. Imaginez d'immenses chaudières communiquant avec un réservoir d'eau situé au-dessus d'elles, à une grande hauteur — 50 mètres à Modane — et renfermant, à leur partie supérieure, une certaine quantité d'air. On sait qu'alors la pression subie par cet air clos est proportionnel à la hauteur du réservoir : dans le cas dont il s'agit, c'est cinq atmosphères environ, puisqu'une hauteur de 10 mètres d'eau équivaut, à fort peu de chose près, à une atmosphère. Veut-on des chiffres plus aisés à saisir? C'est, en poids, une pression d'environ 50 000 kilogrammes par mètre carré. Voilà donc une force disponible considérable, alimentée par des cours d'eau voisins, et qui se renouvelle à volonté, à mesure qu'on l'emploie ; il s'agit seulement de la conduire à des distances croissantes, à mesure qu'avancera l'opé-

ration du percement. Des tuyaux en fonte rem — plissent cet office.

Que cette force agisse maintenant sur les pis — tons de cylindres munis de tiroirs, et le mouvement de va-et-vient des machines est obtenu ^ absolument comme avec la vapeur. Mais, avantage immense, cet air comprimé, dont la force élastique produit le mouvement, n'est pas perdu pour cela ; au sortir des machines, il se répand dans la galerie, en renouvelle l'air à mesure que ce dernier se vicie, et le difficile problème de Taérage est du même coup résolu.

Je n'ai rien dit encore de la manière dont les machines attaquent le roc ; en deux mots, le voici. Dans la galerie provisoire déjà percée, en face de la roche à entamer, et se mouvant sur des rails, est placé un chariot en fonte, muni de fleurets destinés à percer les trous de mine. Ces appareils sont disposés de telle sorte, que les fleurets peuvent prendre à volonté un mouvement ' de torsion et un mouvenent d'avancement longitudinal, tout en frappant sur le roc pour l'en» tamer. Des tuyaux en caoutchouc relient le chariol aux conduits d'air comprimé 1 .

1. Les premières machines perforatrices, employant des fleurets à diamant, dont le double mouvement d'avancement et de rotation est obtenu par la pression de l'eau, sont dues à deux ingénieurs français, MM. Leschot et Perret. L<î tunnel de Port-Vendres a été en partie excavé à l'aide du perforateur Leschot, que représente la figure 32 ci-contre.

Fig. SI. Perfnrttear Unchot pour le perçage de* trous de mi

Page 1