DEUXIÈME PARTIE. — LES OUVRAGES D'ART
Malgré quelques fissures qui se sont présentées
le long de la paroi, aucun suintement ne s'est
encore produit, et les précautions qu'on avait
prises contre une arrivée éventuelle d'eau sont
% restées sans utilité.
Deux puits ont été creusés sur la côte française à Sangatte. Le premier, qui sert de puits d'épuisement, a un diamètre de 2 m ,70 seulement; sa profondeur est de 90 mètres. Une galerie réunit ce puits à la falaise et a pour but de conduire les eaux à la mer. Une machine d'épuisement est installée auprès de ce puits; elle élève les eaux jusqu'à l'entrée de la galerie d'épuisement qui se trouve à 20 mètres au-dessous du sol; de là les eaux s'écoulent d'elles-mêmes jusqu'au rivage en suivant la pente de la galerie. Cette machine permet d'élever plus de 5000 litres par minute.
Le second puits, situé à 30 mètres du premier, a un diamètre de 5 m ,70 et sert à l'exploitation proprement dite; c'est lui qui donne accès à la galerie du tunnel. Pour éviter le transbordement de la machine d'épuisement pendant le fonçage du grand puits, voici comment on avait opéré : suivant l'axe, on avait commencé par creuser un trou de sonde de 30 centimètres de largeur ; la partie inférieure de ce trou était réunie avec le puits d'épuisement par une galerie légèrement en pente vers ce dernier; lorsqu 'ensuite on vint à creuser le puits, dans l'axe même du trou de sonde, les
eaux tombèrent au iond, et se rendirent dans le puits d'épuisement, d'où elles étaient extraites par la machine dont nous avons parlé tout à l'heure.
La galerie du tunnel qui traverse la craie de Rouen a été creusée à la main et a une section carrée de 2 m ,50. Plus tard, elle sera prolongée par une machine du colonel Beaumont, construite à Paris et dont nous allons donner la description.
Voici comment s'exprime M. Raoul Duval dans une note présentée à l'Académie des sciences sur ce sujet :
« Au lieu de forer par percussion des trous de mine de faible dimension comme au mont Cenis ou au mont Sajnt-Gothard, la machine du colonel Beaumont doit creuser d'un seul coup, sans le secours d'explosifs, une galerie de 2 m ,44 de dia mètre, parfaitement cylindrique, en travaillant à la façon d'une gigantesque tarière. »
Le principe de cette machine est donc tout différent de celui qui avait été mis en pratique pour le percement des Alpes. Cela tient à deux choses. Tandis qu'au mont Cenis et au Saint-Gothard, il fallait traverser des roches d'une grande dureté que le diamant seul parvenait à entamer, dans le massif souterrain de la Manche au contraire on ne rencontre qu'une matière peu résistante. D'autre part, les chocs violents, comme ceux que produit l'explosion d'une mine, auraient sans doute déterminé la formation de fissures qu'il était de pre-