TROISIÈME PARTIE. — RÉFECTION DE LA YOIE
mis en circulation par le chemin de fer; saboter une traverse, c'est la munir de deux coussinets dans lesquels sont placés les rails. Chaque coussinet est fixé dans une entaille pratiquée dans les bois de la traverse, au moyen d'un gabarit spécial, c'est-à-dire d'un modèle ainsi composé : deux bouts de rails fixés aux extrémités d'une barre de fer — à une distance telle que l'écartement soit précisément égal à la largeur de la voie projetée — sont placés dans deux coussinets et inclinés vers leur milieu d'une façon convenable; je dirai tout
Fig. 66. Assemblage d'une traverse de voie Vignole.
à l'heure pourquoi cette inclinaison. Ce gabarit, placé sur chaque traverse, sert à tracer les entailles. L'ouvrier chargé du sabotage exécute l'entaille et, par des essais successifs du gabarit, lui donne l'inclinaison voulue. Puis, il perce les trous destinés aux chevillettes, les enfonce et de la sorte achève la pose du coussinet. Pour Je perçage et l'entaillage des traverses, travail qui doit être fait avec une grande précision, la Compagnie française de l'Est emploie aujourd'hui une machine qui fonc* tionne de la façon la plus satisfaisante»
Voici (fig. 65) une traverse munie de ses coussi-
nets; les rails y sont figurés par leur profil. Il importe que l'assemblage du coussinet et de la traverse ait la plus grande solidité possible; ai-je besoin d'en dire la raison? Il faut aussi qu'ils soient placés de telle sorte que l'inclinaison des deux rails vers le milieu de la voie soit constante. Voici pourquoi cette inclinaison : la poussée latérale des roues tendrait, si le rail était posé verticalement sur la traverse, à le faire céder vers l'extérieur de la voie, par suite à le coucher dans ce sens. L'inclinaison est de 1/20 sur les parties droites d'une ligne ; elle va jusqu'à 1/10 dans les parties courbes.
Dans le système de rails à patins, les traverses ne sont point sabotées 1 , par la raison fort simple que les coussinets sont supprimés. La figure 66 représente une traverse de ce genre, munie de ses deux rails.
Le sabotage terminé, les traverses sont posées sur le ballast, à des distances de 90 centimètres, d'axe en axe; sept traverses, nous l'avons déjà vu, pour un rail de 6 mètres. Les deux traverses entre lesquelles se trouvent les bouts de deux rails consécutifs sont dès lors distantes de 60 centi-
1. A moins qu'on n'entende par sabotage l'entaillage des tra* verses et le percement des trous destinés à recevoir les tirefonds : un ingénieur distingué, M. A. Castor, s'est servi, pour cette double opération, d'une ingénieuse machine mue par la vapeur, dont l'invention lui est due, et qui a fonctionné sur les lignes de Soissons et de Chantilly. On a vu plus haut que la Compagnie de l'Est fait aussi faire ce travail par une machine.