CHAPITRE XIX
SERVICE DE L ENTRETIEN ET DE LA SURVEILLÀISCE DE Li YOIE
Généralités. — La bonne organisation du service de Tentretien el de la surveillance de la voie, au poînl de vue de la sécurité et de l'économie de l'exploitation, offre en Amérique le môme intérêt qu'en Europe; mais il est évident que le double problème qn'il a à résoudre se pose dans des conditions bien différentes. En Europe, les Compagnies ont à se préoccuper, non seulement de la sécurité des trains^ mais encore de celle du public partout où il peut accéder sur la voie; en Amérique dans ce dernier cas, c'est le public lui-même qui doit veiller à sa propre sécurité, en sorte que les Compagnies n'ont plus qu'à assurer celle de leur service, et, comme il leur serait aussi difficile qu'onéreux d'y affecter un personnel sédentaire nombreux, elles cherchent à concentrer autant que possible sur les trains mêmes, ainsi que nous le verrons plus loin, les moyens d'action nécessaires pour parer aux accidents, et le personnel chargé de les mettre en œuvre.
Par contre, si la question de surveillance se simplifie, celle de l'entretien se complique, surtout dans les premières années de la mise en exploitation, de l'exécution de beaucoup de travaux accessoires rattachés chez nous au premier établissement de la voie; l'entretien rencontre en outre dans certaines particularités du climat, dans la dispersion des centres de population et le peu de ressources du pays en main-d'œuvre des difficultés spéciales. Il est le plus souvent nécessaire de recourir à un personnel ambulant qu'il faut transporter & de grandes distances sur les parties de la voie où les réparations doivent être faites, et que son caractère nomade rend en général peu apte à y apporter tout le soin qu'elles comportent.
GHAP. Xll. — ENTRETIEN ET SURYEILLANCB DE Li VOIE. 203
Personnel. — Nous avons dit déji, que sous les ordres, tantôt d'un ingénieur spécial, tantôt du chef d'exploitation divisionnaire, sont placés les chefs de section préposés & l'entretien d'une longueur de ligne, qui varie en général de 50 & 100 kilomètres. Ces chefs de section ont i leur tour sous leurs ordres des chefs d'équipe ayant chacun un canton de 8 à 10 kilomètres qu'ils doivent parcourir, soit à pied tous les jours, soit avec le wagon à bras {homd car) susceptible d'être mû & l'aide d'un levier très simple par les hommes qu'il porte (pi. XXVIIJ, fig. 20). Eux-mêmes sont tenus de parcourir leurs sections de la môme manière, soit une fois par semaine, soit une fois par mois, suivant les lignes.
Les chefs d'équipe ont habituellement sous leurs ordres 4 ou 5 hommes qui, au lieu d'être échelonnés le long de la voie, logent soit dans des maisons particulières situées près des stations, soit dans des bâtiments construits tout exprès (section houses) (t. I, p. 480) qui se rendent ensemble successivement sur les divers points de la voie où des réparations sont nécessaires. Au moment des renouvellements de voie, ce personnel, renforcé comme en Europe, est porté à une trentaine d'hommes et peut ainsi complété effectuer la pose de 800 mètres environ de voie par jour, lorsque la distribution du matériel est convenablement faite.
Surveillance de la voie. — C'est surtout sur les ouvrages d'art, sur les hauts remblais, sur les tranchées & talus instables, et les souterrains que se concentre le service de la surveillance proprement dite.
Tous les ponts en bois d'une certaine longueur ont en général un gardien chargé d'éteindre les commencements d'incendie qui pourraient être occasionnés par des escarbilles tombant des machines, en entretenant aux deux extrémités du pont des cuves pleines d'eau, et au t)e8oin de couvrir les deux extrémités du pont par des signaux en cas d'incendie. Nous avons vu précédemment (t. I, p. 353), qu'un service spécial de surveillance avec système de communications télégraphiques était organisé pour les incendies dans les galeries en bois (snow-sheds) qui protègent contre la neige la voie de rUnion et du Central Pacific R.R. & la traversée des Montagnes Rocheuses et du Nevada.
Des surveillants sont également postés sur les remblais menacés par des crues torrentielles, ott une brèche ouverte par les eaux.
comme il en survient souvent sur certaines lignes (wash out)^ peut amener une interruption de la voie.
Les éboulemenls qui peuvent obstruer les tranchées, les dangers plus grands de collisions dans les souterrains qui sont en général & une voie, donnent aussi lieu à un service de surveillance, dont on se dispense au contraire le plus souvent aux passages à niveau, soit qu'il s'agisse de routes de terre ou de chemins de fer croisant la voie. Dans le premier cas, le poteau portant sur un écriteau l'avis de prendre garde aux machines, dans le second cas l'arrêt obligatoire imposé aux trains avant de franchir le croisement, sont considérés comme sauvegardant suffisamment la sécurité du passage. A quelques croisements de routes et de voies ferrées seulement dans l'intérieur des villes, on rencontre des gardes armés d'une drapeau (flagmen) qu'ils agitent pour interdire le passage, au moment où il devient dangereux.
Dans la plupart des gares et aux embranchements, le personnel des trains étant chargé de manœuvrer les aiguilles, le nombre des aiguilleurs sur chaque ligne est par cela même très restreint.
On aura une idée du peu d'importance du service de la surveillance par ce fait qu'en 1877 dans l'État d'Illinois, pour une exploitation de près de 24 000 kilomètres de chemins de fer, le personnel des gardes aiguilleurs et autres agents préposés à la surveillance de la voie ne comprenait que 2838 individus, soit un peu plus d'un pour 9 kilomètres. Ils ne formaient que 3,7 pour lOO du nombre total des employés.
Quelques Compagnies , comme celle du New- York Central et Hudson River R.R., ont organisé un service spécial de surveillance de la voie par des gardes ambulants.
Usage du téléphone. — Le Central Pacific R.R. a déjà appliqué au contrôle d'une organisation analogue l'emploi du téléphone de
Bell. Sur une section de 66 kilomètres située entre Blue Cafion et Truckee, chaque garde doit en parcourant sa section annoncer son passage, au moyen d'appareils téléphoniques disposés sur divers points de la ligne, & un bureau central installé à Blue Cafion. On se sert de ce même appareil au ferry de Détroit pour régler la marche des bacs & vapeur et des remorqueurs.
Entretien des béUiments et des ouvrages d'art, — Dans certaines