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RÉGIMES DE LA CONCURRENCE ET DE LA COALITION

Concurrence entre les compagnies. — Pendant un certain temps, les grandes compagnies ont cherché à s'assurer le monopole des transports sur toute l'étendue de leurs réseaux respectifs, limités aux États dont elles tenaient leurs concessions; ayant encore entre elles peu de points de contact, elles ne pouvaient du reste se faire une concurrence sérieuse. En matière de tarifs, elles n'avaient à observer d'autres limites que celles au delà desquelles elles pouvaient craindre de nuire au développement de leur trafic, ou de se mettre trop ouvertement en contravention avec les statuts de leurs concessions; elles n'étaient pas d'ailleurs encore en mesure de disputer aux voies navigables le transport en transit des céréales, la plupart d'entre elles n'ayant pas d'accès aux grands entrepôts des États de TOuest.

Cette situation s'est prolongée pendant toute la période d'extrême activité qui a rempli l'intervalle entre la fin de la guerre de sécession et le commencement de la dernière crise commerciale, c'està-dire de 1865 à 1873. La prospérité de toutes les industries assurait alors à la plupart des lignes un mouvement de marchandises assez considérable, pour qu'elles n'eussent pas à se préoccuper des moyens de l'accrottre. C'est seulement quand la crise est venue, et que l'industrie, momentanément surexcitée, a cessé de fournir à leur traQc un aliment suffisant, que les Trunk-Iines, dont les réseaux avaient fini par se raccorder d'une manière plus ou moins directe aux diverses lignes déjà établies dans les États de l'Ouest^ sont sérieusement entrées en lutte pour transporter les produit» de ces États, constituant le principal appoint sur lequel elles pouvaient compter pour faire face à la contraction subite du trafic local.

La concurrence s'est naturellement étendue aux transports de

l'Est vers l'Ouest, consistant principalement en objels manufacturés dans les Élats de TEst, ou importés d'Europe; touiefois, pour ces marchandises qui représentaient un tonnage beaucoup moins considérable que les premiers, la concurrence ne pouvait être aussi vive, chaque compagnie ayant, pour les produits provenant des manufactures situées sur l'étendue de son réseau ou importées par son port terminal, une sorte de monopole qu*il était difficile de lui enlever. .

Organisation du service commercial. — Indépendamment de la pénétration des divers réseaux les uns par les autres, l'organisation du service commercial, particulière aux compagnies américaines, n'a pas peu contribué à favoriser entre elles les guerres de tarifs.

Chaque compagnie entretenait en effet un grand nombre d'agents commerciaux [soliciting agents), chargés de se mettre en rapport avec les négociants et les industriels, pour les amener par Tappât d'une réduction de tarifs (rebate) à confier leurs expéditions à la compagnie qu'ils représentaient. Ces agents, auxquels la plus grande liberté d'action était donnée à l'égard des tarifs, trouvaient souvent une source de bénéfices à la fois dans la prime qu'ils recevaient des compagnies et dans les commissions qu'ils se faisaient payer par les expéditeurs. Les modifications arbitraires qu'ils faisaient subir aux tarifs des compagnies, devenus souvent purement nominaux, étaient parfois aussi contraires aux intérêts du public, par la manière tout à fait inégale et injuste dont étaient traités les divers expéditeurs ou destinataires, qu'à ceux des compagnies elles-mêmes, aux dépens desquelles étaient acceptées des réductions exagérées, accordées souvent pour des motifs auxquels la concurrence était complètement étrangère.

Lorsqu'une compagnie, au lieu d'être administrée par des directeurs nommés par les actionnaires, était, comme cela arrivait souvent, placée sous le régime du séquestre, l'absence de direction intéressée laissait encore plus de liberté aux agents commerciaux pour l'application des tarifs. Il a souvent dépendu de la fantaisie des agents de quelque ligne insolvable, vendant les transports au rabais, comme un négociant en mauvaises affaires vendrait à vil prix ses marchandises, de faire cesser un accord intervenu entre plusieurs compagnies pour cette application, et de rallumer la guerre

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