‹ Les chemins de fer en 1862 et en 1863Chapitre 22 sur 58 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONCLUSIONS SULt LES EFFORTS O.UE DOIVENT FAIRE LES CONSTRUCTEURS FRANÇAIS POUR PEnFECIIOKXER LRS MA- CHINES LOCOJtiHÏVlii. IKIllCATIÛM DES MESURES PAR LES- QUELLES LE GOUVERNEMENT POURRAIT SECONDER LEURS EFFORTS.

Les Compagnies de chemins de fer français adoptent dus types de machines locomotives qui conviennent a la nalnrç du trafic ïi desservir et à son importance. Os types s'éloignent de pins en plus de ceux des chemins de ferétrangers à mesure qu'on en exige plus dans noire pays en puissance et en économie du transport. Ils ont réussi à réaliser cette économie dans le transport des marchandises.

marche avec une puissance limitée au poids adhérent d'un seul essieu moteur, les types à peu près identiques employés dans lesdenxpays ne réussissent en Angleterre que parce que la srande vitesse s'y paye un tiers environ en plus qu'en France; nous ne pouvons donc donner autant au tarif des concessions sans sortir du type anglais, (l'est ce qu'on s'efforce de faire sur les lignes où les besoins de vitesse ont pris un développement sufîisant.

Mais si, sous ce rapport, c'est dans l'élude approfondie de nos besoins que nous chercherons la meilleure

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direction du progrès, il en esl nu t renient de la construction en elle-même en ce qui concerne les matières employées. L'infériorité de la France est patente ù cet égard. Dans la période d'apparition du l'acier puddlé, des tentatives ont été faites; elles ont échoué par suite de la

ploi de l'acier fondu lui-même a été abandonné par la

L'enseignement que donne l'Exposition est que In première condilion du succès, eu fait de qualité d'acier, est dans la possession des. minerais spéciaux et do combustibles purs, ("est par là que l'AllemaL-uc l'emporte sur l'Angleterre et l'Angleterre sur la France.

On peut supposer que la France esl riche en minerais susceptibles de produire de l'acier par un traitement simple et peu dispendieux. Elle en a une si immense variété ! -Mais l'expérience n'a pas prononcé encore suffisamment sur le parti à en tirer, et il est possible que le combustible soit cher et de mauvaise qunlité la où le minerai se trouvera dans de bonnes conditions.

Comme cela parait être malheureusement en France le cas le plus général, le moyen le plus certain d'y stimuler la fabrication de l'acier serait d'en accroître la consommation, et en conséquence d'ouvrir la porte aux qualités que, jusqu'à ce jour, l'Allemagne cl l'Angleterre peuvent seules nous fournir. Pour que cette mesure soit efficace elle doit s'étendre aux pièces fabriquées en acier: les bandages, les roues pleines, les essieuï coudés, et les tôles d'acier devraient, en conséquent, être assimilés, à l 'importation en France, au 1er ordinaire.

Une autre mesure nous parait propre à développer la construction des machines locomotives en France;c'cst lafacilité d'importer, au droit du fer, les outils servant à travailler lefer piur la fabrication des machines. L'outillage des ateliers anglais se renouvelle chaque jour en se spécialisant. Il est aujourd'hui tri: s-. -il] Prieur à celui des ateliers français. C'est là une cause d'infériorité dans la fabrication des machines locomotives qu'il importe de faire disparaître.

Un autre point sur lequel se porte l'attention, en France, parce qu'il y constitue un obstacle de plus en

de la législation des brevets. Depuis plusieurs années, un ffot immense de brevets s'élève comme un rempart presque inaccessible devant les moindres comme devant lu.- plus larges mii.iili, ■niions du rtK'léni.1 des chMiiiiis de fer. llans le vaste champ des dispositions mécaniques plus ou moins iiip'niHisi'-, appliquées, puis délaissées, puis reprises en partie et appliquées de nouveau avec succès, l'ignorance, la spéculation ou l'intrigue ont tout ramassé et se sont approprié à la fois ce qui se fait, ce qni ne se fait plus, et ce qui a quelque chance d'être de nouveau appliqué.

corps, une nuée de soi-disant inventeurs en traduisent immédiatement les applications !i toutes les industries et s'emparent de l'usage le plus simple qui en pouvait être fait.

Cette lèpre des faux inventeurs est facile a reconnaître

SUR LES LOCOMOTIVES. 221 aux marques d'ignorance que constate la rédaction même du plus grutiil nombre des brevets, lille monte et tond a couvrir le corps tout entier de l'industrie; elle constitue elle-même une industrie, une profession qui veille auï portes des ateliers, des bureaux de dessin, des laboratoires; qui s'y introduisent indiscrètement, déloyalement, pour épier les progrès des idées ou de l'étude, les devancer et s'en attribuer la propriété. Aujourd'hui, le secret d'une amélioration doit être bien gardé si son inventeur veut avoir le temps d'en faire l'essai. Il y a plus : l'employé le plus honnête, l'agent que sa situation attache aux travaux de l'industrie, devient incertain de savoir s'il gardera et exploitera lui-même, ou s'il laissera ,'i celui pour lequel il travaille les idées que la sitiintinn qui lui a été faite, fait germer et éclore en lui.

A part la moral ité négative d'une institution qui assure une prime aux plagiaires et aux employés indiscrets ou inlidèles, si l'on considère lu développement inouï de l'envahissement par les brevets du domaine de l'industrie et de la science, on reconnaît qu'il y a une impossibilité réelle à ce qu'un état de choses si contraire à tout progrès se maintienne.

Nous présenterons enlin une dernière considération dont l'exposition montre l 'opportunité. Les ouvriers anglais et allemands, employés dans la construction des machines, possèdent, plus que les ouvriers français, les notions scientifiques spéciales à leur industrie, l'ourquoiî Ils n'ont pas l'intelligence plus apte à l'étude ; ils n'ont pas plus d'intérêt à s'instruire, non ; mais il leur csl plus facile d'acquérir ces notions. L'enseignement entre, a cet

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égard, dans le courant des liabitudes de la vie de l'ouvrier anglais. Dos institutions gratuites et spéciales pour la jeunesse et pour l'adulte offrent à la l'ois l'occasion de l'activité intellectuelle cl du repris [hysique. I. 'adulte, qui y est conduit parle sentiment de son intérêt et do sou devoir, y entraîne l'apprenti, et l'habitude les y ramène chaque jour.

En France, de généreux et habiles efforts se font dans cette voie : trois écoles d'arts et métiers forment des hommes auxquels la carrière est ouverte, el (loin le plus grand nombre atteint de belles positions dans les rangs (in tiavail; puis vii.'N lient quelques (vôtres d'enseignement gratuit. Mais ces rares institutions, au lieu d'être voisines du domicile de l'ouvrier, d'être sur son cliemin comme l'école primaire, rappellent à de grandes dislances, exigent un ebangem en t de tenue et sont ainsi inconciliables avec le besoin de repos qui suit la fatigue de la journée. Il faut cependant un enseignement scientifique ,i l'ouvrier mécanicien. Stiis cet enseignement prèlessionel, la France restera inférieure aux autres nations dans les arts mécaniques. L'adresse et l'intelligence ne suflisent plus ici, il leur faut un guide ; les sciences exactes peuvent seules le donner. Où trouver une occasion plus belle el plus opportune de provoquer l'intervention du gouvernement!

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