I. — HISTORIQUE
Tombouctou, la ville sainte et mystérieuse, longtemps restée impénétrable, a toujours attiré les explorateurs. Cette cité musulmane, qui passait pour l’une des plus commerçantes, grâce à sa situation près de la boucle du Niger et aux confins du Sahara, est la station principale des caravanes qui vont de l'Afrique du Nord au Soudan. Si nous en croyons l'histoire, les Portugais y pénétrèrent au xve siècle et vers 1630, un matelot français, Paul Toubert, vendu à des traitants, fut emmené à Tombouctou. Mungo Pack en 1804, le major Laing en en 1826, trouvèrent la mort dans ces régions. René Caillé, le 20 avril 1827, fut le premier Français qui, ayant atteint cette cité mystérieuse en franchissant le Sahara et en traversant successivement le Tadjrkont, El Drach et le Tafilet revint en France par le Maroc et Tanger. Des doutes furent cependant émis sur les voyages de René Caillé. Un quart de siècle après, le Hambourgeoïs Berth qui, en 1853,
visita Tombouctou, put vérifier l’exactitude du récit de son précurseur.
En 1863, la question du Haut-Sénégal est définitivement posée. Le 7 août, le général Faidherbe, gouverneur du Sénégal, charge le lieutenant de vaisseau Mage d’une mission et, dans son rapport, ce dernier s'exprime ainsi :
« Notre mission consiste à explorer la ligne qui joint les établissements du Haut-Sénégal avec le Haut-Niger et spécialement avec Bamako, qui paraît le point le plus-rapproché en aval auquel le Niger ne présente peut-être plus d'obstacles sérieux à la navigation.
D'autre part, le général indiquait que le but serait plus tard « de créer une ligne de postes distants d’une trentaine de lieues, entre Médine et Bamako ou tout autre point sur le Haut-Niger, qui paraitrait plus convenable pour y créer un point commercial sur ce fleuve ».
Deux idées essentielles étaient préconisées par le général Faidherbe.
4° Jonction du Haut-Sénégal au Haut-Niger par une ligne de potstes;
2° Possibilité d'utiliser ces voies pour faire un commerce importantout le long du Niger. b
Suivant ces instructions, Mage rernonte le Sénégal et parvient à Médine et à Bafoulabé, passe à Koudian, traverse le Bafing et arrive à Kito, qu'il désigne pour l'établissement d’un poste. Il se dirige ensuite sur Nyamina et parvient en pirogue à Légou le 28 février 1864. Cette mission, très intéressante et qui aurait pu être féconde en résultats, n'attira pas l’attention de l'opinion publique, pas même celle du gouvernement. |
Mais en 1879, M, de Freycinet Ministre des Travaux Publics, l reprit cé projet à propos d’une brochure publiée par M. Duponchel, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, au sujet de la possibilité d'établir des voies de communication entre nos possessions de l'Afrique du Nord et le Soudan.
M. de Freycinet, dans son rapport au Président de la République écrivait : ;
« Les découvertes des voyageurs dans ces dernières années ont montré que l'Afrique centrale est loin d’être ce que l’on supposait. De grandes agglomérations d'hommes y vivent dans un état plus ou moins civilisé. Le Soudan paraît être la partie la plus notable de ce vaste ensemble. Un grand fleuve, le Niger, le traverse sur la moitié de son territoire. Des deux côtés, par l'Algérie et le Sénégal, ce pays peut être abordé. Le problème, depuis vingt ans, a tenté un grand
nombre d'esprits. Le moment semble venu de le résoudre pratiquement. À cet effet, j’ai nommé une Commission dont je transmets ici les conclusions.
€ La Commission pense: 1° Qu'il existe dans le Soudan des populations nombreuses,un sol fertile et des richesses naturelles inexploitées. Il ÿ à un grand intérêt à leur ouvrir des débouchés commerciaux vers les possessions françaises qui sontles mieux placées pour les recevoir.
2 L'ouverture d'un chemin de fer reliant nos possessions d'Algérie au Soudan est nécessaire pour arriver à ce double résultat.
3° Il est nécessaire de relier également le Sénégal au Niger. »
A la suite de ce rapport, une grande Commission dite « Commission supérieure pour l'étude des questions relatives à la mise en communication, par voie ferrée, de l'Algérie et du Sénégal avec l’intérieur du Soudan était nommée par le Président de la République.
Le premier résultat des travaux de cette Commission fut l’organisation de deux missions qui, partant l’une du Sénégal et l’autre de l'Algérie devaient se rencontrer à Tombouctou. L’une, la mission Flatters fut détruite par les Touaregs ; l’autre, la mission Soleillet, fut arrêtée en route et dut rétrograder sur Saint-Louis.
Malgré cet insuccès, le ministre de la Marine, amiral Jauréguiberry, déposa le 5 février 1880, un projet de loi dont l'exposé des motifs rappelait d’abord les travaux de la Commission supérieure instituée par M. de Freycinet.
Le projet de loi avait pour but de relier, par une voie ferrée, Dakar à Saint-Louis et Saint-Louis à Médine. Cette dernière ligne se prolongerait par Bafoulabé jusqu'au Niger. L'établissement de cette grande voie devrait se diviser en trois parties :
1° Ligne de Dakar à Saint-Louis, 260 kil. à 62.440 fr. le kilomètre à concéder à une Compagnie moyennant garantie d'intérêt exigeant une dépense de.............. 16.234.400
20 Embranchement de Médine, 580 kil. à 71.800 fr. le kilomètre, à concéder à une Compagnie concessionnaire
cent une denense de er ne eo tee nee 41.644.000 3° De Médine au Niger, 520 kilomètres à 88.250 fr. le kilomètre, cette ligne serait construite par l'Etat........ 45.890 000
4° Frais d'amélioration du Sénégal et travaux impré- VHsencisedhnhudne dépense des je Ness ee. 16.231.600 Padépeustiotalé serait de. su iursmetnetnee 120.000 .000
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La mise à exécution de ce projet devait être longue. La Commission du budget ne voulut pas se lancer dans cette voie nouvelle sans l'avoir étudiée complètement et, après étude, elle rejeta le projet, estimant que le fleuve était, provisoirement du moins, une communication suffisante entre la cote et Médine, elle supprima la deuxième partie du programme.
En 1880, une mission topographique sous les ordres du commandant Deniers, marcha sur les traces de la mission Borgnis-Desbordes, qu'elle devait ravitailler et protéger.
Pendant que sous les ordres d’un indigène, M. Mademba, une ligne télégraphique de Médine à Kita est installée, cette mission relève au 1/100.000 les vallées du Backoy et du Baoulé et détermine quelle serait la voie la plus praticable pour l’établissement du chemin de fer du Sénégal au Niger.
A la suite des résultats de’ la mission Derrien, le Ministre de la Marine, amiral Cloué, demanda un crédit de 8.552.751 francs pour la construction d’une voie ferrée entre Médine et Bafouladé.
Le Parlement vota, le 21 février 1881, ce premier crédit qui allait permettre la construction de la ligne Kayes-Bafouladé, qui seule restait du projet de l'amiral Jauréguiberry.
Ce fut le commencement de cet important travail. Malheureusement, on en Commenca l'exécution sans avoir fait une étude préalable un peu sérieuse dans un pays encore mal connu dont il fallait en même temps continuer la conquête.
La main-d'œuvre indigène n'existait pas et la seule communication avec la côte était le Sénégal, dont le régime des eaux ne permet le transport du matériel qu’à certaines époques très courtes de l’année.
Dans son rapport, au nom de la Commission du budget de l'exercice 1905, sur les crédits à allouer aux chemins de fer des colonies, M. Jean Bourrat, député, dit :
« L'œuvre fut entreprise dans des conditions pénibles et difficiles et surtout sans préparation suffisante. Elle devait subir de nombreuses vicissitudes. Le rail resta pendant de longues années à Bafoulabé et c'est en 1898 seulement qu'une combinaison financiere assura des ressources sérieuses à l'entreprise et que les travaux reprirent avec activité et suivant un programme soigneusement étudié. Depuis cette époque, le rail arriva à Koulekoro au commencement de 1905, c'est-àdire 24 années après le commencement des travaux ».
Dans ce long intervalle de temps on peut distinguer, ainsi que l’a fait ressortir M. Hubert, député, dans son rapport, au nom de la Commission des Affaires extérieures, sur l'emprunt de 65 millions destinés à l'Afrique occidentale, quatre périodes bien tranchées au point de vue de la marche des travaux.
le période dite de la construction, s'étend de 1881 à 1884.
2 période dite d'abandon des travaux, s'étend de 1805 à 1890.
3° période dite d'étude et de réfections, s'étend de 1891 à 1898.
4° période dite de prolongement, s'étend de 1898 à 1905.
Examinons ces diverses périodes.