‹ Les chemins de fer en Afrique et leur rôle dans l'expansion colonialeChapitre 11 sur 51 · PREMIÈRE PÉRIODE 1881-1884. — CONSTRUCTION PAR UN PERSONNEL CIVIL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE 1881-1884. — CONSTRUCTION PAR UN PERSONNEL CIVIL

La loi qui allouait un crédit de 8.852.751 francs fut promulguée le 26 janvier 1881. Le retard apporté par le Sénat au vote de cette loi fut cause des déboires qui se produisirent dans l'achat et l'envoi du matériel au Sénégal. Le matériel fixe et roulant fut acheté pour 110 kilomètres de voie, 1l n’arriva à Saint-Louis qu'après la période des hautes eaux. La saison sèche qui commence ordinairement en mars, avril et mai s'était trouvée avancée cette añnée-là et 1l fallut décharger ce matériel le long du fleuve, de Tambo-MKané à Bakel, puis le remonter jusqu'à Kayes dans des chalands. Il n’arriva à Kayes que 700 mètres de voie. Les derniers convois n’arrivèrent à Médine que le 2 janvier. Harassés par les fatigues et les privations, les hommes qui venaient de faire cette pénible et inutile expédition ne tardèrent pas à être frappés par la fièvre typhoïde. (Rapport de M. de Lanessan. Budget 1884).

Les travaux furent conduits par M. l'Ingénieur Arnaudeau et, après lui, par M. Jegou, conducteur des Ponts et Chaussées. Cette mission, qui ne disposa que de 150 ouvriers sénégalais et marocains, eut à lutter contre le climat, contre la fièvre jaune et surtout contre les difficultés qu'apportaient les relards dans l’arrivée du matériel. De plus, la région n’était pas encore complètement pacifiée, les études et les premiers travaux se firent au miliea d'une population hostile. A Kayes, le personnel et le matériel se trouvèrent à leur arrivée, dans de déplorables conditions : le gouverneur avait interdit tout travail pendant l’hivernage, de sorte que rien n'avait été fait à Kayes depuis le mois de mai. « Personnel et matériel étaient débarqués sur une vaste plaine nue et malsaine, où il fallait d'abord créer les quelques

installations nécessaires pour s’abriter et vivre. » (Lanessan. Rapport budget 1884).

À la fin de cette campagne on n'avait fait qu’un kilomètre de plateforme et 770 mètres de terrassement aux abords du marigot de Paparah.

Le 4 avril 1882, une loi portant ouverture d’un crédit de 7.548.785 fr. est promulguée. M. Rouvier, ministre du Commerce et des Colonies, avait demandé au Parlement le vote de ce crédit pour achever la ligne jusqu’à Bafoulabé Kita et réparer les routes et gites d'étapes.

La faute commise en 1881 fut renouvelée en 1882. Le personnel s'était réuni à Kayes, mais il manquait une grande partie du matériel, des vivres et des moyens de transport. La baisse des eaux se produisait et comme l’année précédente on dut se servir de chalands tirés à la cordelle,

Les travaux furent continués sous la direction de deux ingénieurs assistés de deux chefs de section, cinq conducteurs et deux agents auxiliaires. On disposait de quatre cent cinquante terrassiers marocains, trente maçons chinois et deux cent cinquante manœuvres indigènes. La plateforme fut établie et la voie posée sans ballast jusqu’au kilomètre 17. On jeta deux ponts métalliques de 60 et 24 mètres sur les marigots de Paparab.

Le manque de matériel, les mauvaises conditions sanitaires nuisi-. rent considérablement à l’avancement des travaux.

L'Ingénieur des Ponts et Chaussées, directeur du chemin de fer, concluait de la façon suivante dans son rapport du 30 novembre 1882 :

« Les renseignements donnés dans le présent rapport montrent que la situation est, d’une manière générale, loin d’être satisfaisante. La plus grande partie du personnel ouvrier est arrivée trop tard et a eu à subir les fatigues d’un voyage long et pénible. L'état sanitaire est mauvais. Beaucoup d'objets qui seraient indispensables, soit pour l’installation des ouvriers européens, soit pour l'exécution des travaux, manquent et le nombre de bêtes de somme mises à la disposition du service du chemin de fer pour assurer le ravitaillement des chantiers est complètement insuffisant, Enfin, on n’a pas pris à l’avance les mesures nécessaires pour permettre l’organisation rapide des chantiers.

€ Même dans un pays civilisé, on ne peut pas, en quelqué jours, installer des chantiers comportant un nombreux personnel d'ouvriers sans une certaine préparation préalable. Il en est à plus forte raison ainsi dans un pays dépourvu de voies de communication et où l’on

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manque de beaucoup de choses utiles. Il est donc indispensable, pour l'exécution rapide des travaux, que l’organisation de Chaque campagne soit préparée par la campagne qui précède. »

En 1883, le gouvernement propose et obtient des Chambres le vote d'un crédit de 4.677.614 francs. Avec l'aide de ce crédit les études sont poussées jusqu’au kilomètre 38 et on réussit à faire monter à Kayes la plus grande partie du matériel qui avait été déposé l’année précédente sur les berges du Sénégal.

A la fin de 1883, le Gouvernement demande au Parlement le vote d’un nouveau crédit de 3.300.000 francs qui fut refusé. Le Gouvernement revint à la charge et il obtint le vote de ce crédit le 31 mars et le 4 août 1884, en prenant l'engagement formel que les travaux ne seraient pas poussés plus loin et qu'aucune dépense nouvelle ne serait effectuée.

En 1884, la main d'œuvre étant plus abondante qu’au début, le chemin de fer progresse et arrive, à la fin de l’année, au kilomètre 57, à7 kilomètres au delà de Diamou. Lestravauxavaientcoûté23.987.000fr.

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