I. — HISTORIQUE
Depuis un temps immémorial des comptoirs français existaient sur ta Côte d'Ivoire, à Bassam et à Assinie. En 1842 le pays de Grand Bassa et des Boutôu furent achetés par le Gouvernement français. En 1868, par le traité du 4 février, la France acquit sur la Côte d'Ivoire tout le pays de Kiou avec les villages et territoires du Grand et du Petit Béreby, en 1884, les bassins des deux rivières Lahou, du Rio- Fresco, de la rivière San-Pedro.
En 1889 et en 1892 l'occupation successive des territoires de l’inté-
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rieur augmenta l'importance de notre possesion de la Côte d'Ivoire ct le 10 mars 1893 un décret lui donna la consécration définitive ne l'érigeant en Colonie autonome.
La nécessité d’un chemin de fer se fit vite sentir. Cependant la pénétration était très difficile sauf sur la Côte où, grâce à des lagunes comme celles du Comoé qui est navigable, on pouvait arriver jusqu'à Ollépé à 48 kilomètres.
À l'intérieur toute circulation était arrêtée par la forêt vierge impénétrable qui s'étend dans les environs de Kong sur une largeur de plusieurs centaines de kilomètres. On avait fondé quelques espérances sur les nombreux cours d'eaux qui sillonnent le pays, mais ce moyen fut vite reconnu inutilisable à cause des nombreux rapides qui encombrent les lits des fleuves. Les transactions commerciales étaient donc très onéreuses dans ce pays où le seul procédé pratique était le portage, procédé très lent, très coûteux et inhumain. Une tonne de sel payée 95 francs à Grand Bassam valait 750 francs au delà de Kong. Seul un chemin de fer de pénétralion pouvait réduire le prix et les délais de transport et donner aux transactions comimerciales tout l'essor que comportait le développeinent économique de notre colonie.
L'atitrait des richesses naturelles de la Côte d'Ivoire la nécessité d'élever cette colonie au degré d'exploitation des terrilo res voisins français ou étrangers, a fait en un court délai succéder la période de la mise en œuvre économique à celle de l'exploitation géographique. Celle-ci s’est d’ailleurs d'autant plus prolongée que le pays d'accès malaisé est généralement habité par des tribus primitives et rudes, superstitieusement hostiles à l'étranger quelqu'il soit, qui marque l'intention de s'installer chez elles et admirablement protégées par l'épaisseur de la forêt.
La forêt s'étend de Cavaliy au delà du Tanot et s'enfonce jusqu'à près de 300 kilomètres à l’intérieur. Cette forêt très dense offre un obstacle si considérable à la pénétration, qu'elle constilue une barrière qui rend les communications très difficiles entre Le littoral et la région Soudanaise.
Une seule trouée existe, constituée par une région de Savanes qui s'étend entre le Bandama et le N’Zi et qui prolonge le-plateau Soudanais. Elle s'arrête d’ailleurs à 400 kilomètres de la côte. On conçoit donc sans peine la nécessité d'ouvrir à travers la forêt une communi-
cation permettant d'accéder rapidement au carrefour du Baoulé et de réunir non seulement la Côte d'Ivoire, mais aussi le fertile et peuplé plateau Soudanais au littoral. (1)
La construction dn chemin de fer de la Côte d'Ivoire est nécessaire tant pour achever la pacification du pays, que pour exploiter la région minière qui se trouve au nord de la forêt et relier la région de Kong à la côte. |
En 1893 on envisagea pour la première fois la construction d’un chemin de fer à la Côte d'Ivoire. Le capitaine Marchand étudia de son côté la possibilité d’une voie ferrée de pénétration par une ligne qui réunirait les hautes vallées du Bandama et du Bagoë. Cette ligne devait partir du port de Grand Lahou, remonter la vallée de la Bandama et aboutir au Bagoë affluent du Bani. Des embranchements devaient en outre se diriger sur Kong et Sikasso.
L'idée fut reprise en 1898 par le Gouverneur Binger, mais le peu de sécurité qu’il y avait encore à cette époque, et les luttes contre Samory empêchérent de donner une suite immédiate aux premières études de création d’une voie ferrée.
Samory ayant été capturé, une mission d'officiers du génie sous les ordres du capitaine Houdaille, partit à la Côte d'Ivoire. La mission qui lui était confiée était double. Il lui fallait d'abord étudier une voie ferrée de 100 kilomètres et pousser une reconnaissance dans la direction de Kong en vue du prolongement éventuel de la ligne, ensuite étudier un avant projet de port à Petit-Bassam.
(ependant il n’y avait pas accord sur le tracé à adopter. Parmi les commerçants installés à la Côte d’voire, les uns préconisaient la direction du Baoulé, les autres la direction du Comoë. Le capitaine, depuis commandant Houdaille étudia un tracé qui donnait satisfaction à ce double désidératum.
Le projet qu’il soumit au Ministre des colonies comportait :
1° Une ligne principale de 100 kilomètres de longueur partant d’Allépé terminus de la navigation à vapeur sur la Comoë et se dirigeant par Memni, Denguera, Kodièso sur Mopé.
2 Un embranchement de 100 kilomètres dit du Baoulé de Mopé à Goliesso par le N’Zi par Abongoua.
(1) Lucien Hubert. — Rapport sur le projet de loi autorisant le Gouvernement de l'A. O. F. à emprunter 65 millons de francs. K