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«grandit sur une pente que l’on ne remontera pas. (Jules Ferry, Le Tonkin et la Mère Patrie.) |
La production industrielle, étant devenue plus intense, au moment où les voies de communications se créent et se développent, les concurrents deviennent plus nombreux et mieux armés, et il est nécessaire de trouver des débouchés nouveaux et de nouveaux clients. Ces clients, sont au delà des mers, en Asie où la population très dense, pouvait fournir les travailleurs et les consommateurs, en une Afrique, jusqu'alors iuconnue, et que toutes les nations coloniales vont se partager. Mais, Jules-Ferry, quoique partisan de la politique des débouchés, attaque les mesures de protection douanière, que prennent les grands peuples industriels. Il place l'opposition, en face d’une doctrine raisonnée et formelle, et il tient à cœur de mettre sa doctrine en pratique rigoureuse, en veillant à ce que les nouveaux marchés ouverts, le fussent exclusivement aux produits françeis en compensation des sacrifices que la métropole a consentis,
« Le système protecteur, est une machine à vapeur sans soupape de « sureté, s’il n’a pas pour corrélatif et pour auxiliaire une sérieuse « politique coloniale ». Nul n’a été plus fidèle, à la tradition française, dans ce qu'elle a de permanent et de vivace, que Jules-Ferry, l’apôtre de la renaissance coloniale contemporaine, et cette doctrine n'a pas été reniée par un seul de ces successeurs. De là, cette course ardente vers les territoires inconnus. On dira peut-être, que la conquête a été faite, mais que l’industrie n’a pas encore profité. Cependant, si nous considérons, que nous avons obtenu en vingt années, un empire Colonial aussi considérable, nous pouvons prétendre que l’àäge de la conquête vient à peine de s’écouler, et que celui de l’organisation commence et s’il y a beaucoup à faire encore, nous pouvons déclarer qu’il a été fait quelque chose.
D'ailleurs, si les doctrines d'expansion coloniale ont pris à partir de 1870, un nouveau caractère, et si l’on s’est attaché beaucoup plus que dans le passé, à l’encouragement des entreprises plus purement commerciales, c’est autant, à cause de la nature des pays civilisés, qu’en vertu de l’évolution de la Colonisation française. La mise en valeur de contrées telle que l'Afrique, exige l'emploi de capitaux et implique de fortes dépenses d’argent, que nécessitent la construction de voies de communication, des ports et des magasins, et par là, il arrive! que la base mème du labeur agricole, qui enrichira ces terres, n’est
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autre chose que le commerce soutenu .par de puissants capitaux.
De 1870, à nos jours, notre pays s'est transformé, dans le sens de l'accroissement de la production industrielle, bien au delà des besoins des nationaux et le reste du monde, s’est lassé d’être le client des vieilles puissances commerciales, il est devenu producteur et exportateur à son tour et nous avons dû envisager la colonisation nouvelle, comme la genèse d'une gigantesque union douanière,
La politique coloniale des débouchés, est devenue de plus en plus prépondérante, et l'immense majorité des penseurs et des travailleurs de France, ont formé le projet, d'appliquer la théorie d’internationalisation des produits de nos colonies, et il faut leur donner ce témoignage, que les hommes d'action, dont la doctrine se rapproche du libre échange, ont contribué à créer cet élan colonial si remarquable
Par la réunion des deux doctrines protectionnistes et libre échangistes, il semble que l’on s’achemine peu à peu et lentemeut à travers maintes contradiclions, vers un régime qui assurera à la métropole, la compensation durement méritée, de ses sacrifices d'hommes et d'argent, sans négliger tel échange de faveurs commerciales avec les peuples étrangers, capables de nous les rendre.
Si, partant, de ces deux doctrines, nous examinons la colonisation en elle-mème, nous verrons que ce n’est pas seulement l’industrie et le commerce qui doivent profiter de notre domaine colonial.
La méthode moderne est souvent l'application réfléchie de procédés déjà connus. Certes c'est l'amour de l'or, qui a poussé les Espagnols au Mexique et au Pérou, mais peu à peu de conquérants avides, ils deviennent agriculteurs et les milliers d'hommes, qui représentent leur race en Amérique, l'exploitent depuis longtemps de façon à entretenir un commerce régulier avec le reste du monde. À
Les colonies anglaises d'Amérique se livrèrent dès les premiers jours à l'exploitation des richesses naturelles du sol, et les neuf ou dix millions de noirs que possèdent les Elats du Sud, sont un souvenir de ce que furent les planteurs de la Caroline et de la Virginie, pour s'enrichir par l’agriculture.
Jusqu'à la Révolution, Haïti, les Antilles françaises, l’ile de France et la Réunion faisaient un très grand commerce avec la métropole, en même temps qu'une sérieuse concurrence aux colonies anglaises. Le commerce d'Haïti avec la France était évalué à 80 millions de francs paran. Mais les colons souffraient du régime protectionniste, qui était
la loi universelle. Les colonies anglaises d'Amérique, ne pouvaient vendre qu'à l'Angleterre le tabac, le coton, la soie, le café, l'indigo, les peaux, le riz; l'exportation des chapeaux était interdite dans l'intérêt des chapeliers anglais. Quant à 1761, l'Assemblée de la Caroline du Sud, constatant le danger politique et social, qui résultait de la rapide multiplication des noirs, imposa un droit très lourd sur l’importation des esclaves, cette décision fut annulée par la Couronne parce que la traîte des nègres était une des branches les plus lucratives du commerce anglais. (Leckn, England in the eightienth centum 1V. 43).
Par contre, certaines productions de ces colonies étaient protégées par des exemptions de droits. Mais tout compte fait, ce ‘régime était nuisible au libre essor de la production coloniale. Autrefois une colonie était une terre précieuse, dont il fallait rapidement exploiter toutes les richesses et surtout les produits précieux, sans songer à créer de nouvelles ressources pour ceux qui viendraient. Trafiquer des produits de la métropole, était en général l'idéal des premiers colonisateurs. C'était l’âge du commerce, tel qu’on le comprenait alors.
Mais selon l'heureuse expression de M. Chailley-Bert, de même qu'à l’âge de la conquète a succédé l’âge du commerce, à l’âge du commerce succéda l’âge de l’agriculture et on s’est avisé que la distintion entre les colonies de peuplement et de civilisation, était purement théorique, et que, partout où l’'Européen pouvait travailler personnellement, il pouvait surveiller la main-d'œuvre indigène et obtenir des résultats satisfaisants.
« À l’époque où nous vivons, au point où nous en sommes de notre « développement colonial, c'est d'industrie, c'est d'agriculture qu'il « faut se préocuper et s'occuper. » (1)
D'une bonne agriculture, sortira naturellement un commerce actif et vraiment alimenté par les colons. L'histoire des deux Amériques, le prouve. Cependant, il ne saurait y avoir d'agriculture prospère, et de commerce lucratif, dans nos colonies, qu'autant que les voies de communications y auront été créées.
La colonisation est aujourd'hui une question de travaux publics et la politique coloniale, peut être de plus en plus considérée, comme une politique de voies ferrées.
(1) Challey-Bert. — Quinzaine coloniale. T. IV p. 16.
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Le chemin de fer, devient plus que jamais. l'instrument et l'objectif des grandes activités internationales. Hier, on attachait une importance extrême aux vallées des fleuves; le cours d’eau, fournit en effet non seulement la route, mais encore le véhicule. Selon le mot de
Pascal c'est un chemin qui marche.
Les chemins de fer, sont comme de grands fleuves, coulant dans la
direction arbitraire que choisit le génie humain, négligeant les pentes et les barrières, bouleversant toutes les données acquises, et créant antour d'eux des bassins nouveaux, des champs d'exploitation et d'apport artificiellement constitués.
Est-ce que le Transsibérien n’est pas un immense fleuve, plus grand et plus puissant que tout ce que la nature a osé. Il prend sa source en France et va se perdre dans les plaines desséchées de la Sibérie, et après avoir traversé l'Europe et l'Asie, finit par se jeter dans la rade la mieux située de la côte Asiatique.
Cet exemple offre le schèma de la politique des chemins de fer. Citerai-je l’autre conception magistrale de notre siécle : Le chemin de fer du Cap au Caire. S'il s'achève un Jour, et s'il réussit, celui-là est le pendant de l’autre. traversant un continent de part en part, faisant relier des terres qui ne se seraient jamais connues, et faisant remonter les richesses des peuples noirs à la Méditerranée. ë
De telles entreprises, les plus considérables que puissent aborder l'humanité, sont peut-être disproportionnées à ses forces. Que vaudront ces terres nouvelles, traversées par le chemin de fer ! On modifie les voies de commerce, en faisant passer le commerce d’une vallée à une autre, en forçant le seuil qui sépare deux bassins maritimes, ou fluviaux, ou bien encore en abolissant la barrière physique, qui faisait obstacle à l'expansion d’une population.
Par la voie ferrée, on jette pour ainsi dire un fleuve dans un autre fleuve, contrairement aux lois de la géographie, on remanie des bassins classiques, on rattache à d’autres sources d’autres embouchures. 3
Même réduite à ces proportions, la politique des chemins de fer, est une grande novatrice. Elle attente aux habitudes pures, menace les positions séculaires, et met entre les mains des nouveaux envahisseurs, une arme formidable qui leur permet l’accès certain de vieilles terres où il feront leur place et où ils apporteront une civilisation nouvelle.