A. — CHEMINS DE FER FRANCAIS
Chemins de fer du nord de l'Afrique. — Maroc
Avant que d'examiner les conditions dans lesquelles pourront se construire les chemins de fer au Maroc, ainsi que les projets élaborés, il est indispensable d’esquisser très rapidem2nt un tableau de la situation géographique et politique de ce pays.
Isolé à l'extrèmité Nord-Ouest de l'Afrique, baigné par lOcéan Atlantique et la Méditerranée, rattaché à l'Algérie par les derniers contreforts de l'Atlas, le Maroc auquel le traité de Lalla Marnia du 18 mars 1845, avait accordé la possession de territoires indéterminés était considéré comme un désert inconnu que l’on annexait à l'autorité du Chérif.
Depuis, l'opinion à changé. On s'est aperçu que dans ce désert vivaient des peuplades, quelques-unes fort riches, et que ce pays pouvait être une excellente colonie. De nombreuses vallées fertiles, des villes commerçantes comme Fez, des ports importants comme Tanger, placé en sentinelle en face Gibraltar, et aussitôt ce fut entre la France, l'Espagne, l'Angleterre et l'Allemagne une lutte d'influence; dans laquelle diplomates et commerçants s’empressèrent de rivaliser.
L’Angleterre possédant Gibraitar avait également un sérieux intérêt à avoir un pied de l’autre côté du détroit, elle était alors l'absolue maîtresse des portes d'Hercule. De son côté, l'Espagne ne pouvait pas abandonner ses possesions sur la côte marocaine, traces dernières des vieilles luttes soutenues contre les Maures:
Quant à la Franc», elle se trouvait dans une situation tout à fait exceptionnelle, étant puissance musulmane dans l'Afrique du Nord. Il est certain que le Maroc est la suite naturelle, tant au point de vue
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géographique qu’au point de vue colonial de nos possessions algérien” nes et tunisiennes, et si le Maréchal Bugeaud eùt mieux connu le Maroc, il n’eût jamais permis au général de la Rue d’abandonner au Sultan du Maroc la frontière naturelle et historique de la Moulouia pour adopter le tracé bizarre de la délimination actuelle.
Aussi, à mesure que nous voulions développer notre influence dans le Sud-Ouest, nous nous heurtions à toute unesérie de tribus hostiles, qui étaient pour nous une suite continue de troubles et d’agitation.
Nos postes frontière étaient constamment attaqués, nos sujets algériens, excités à la révolte par la présence constante des rebelles, et des hordes souvent fortes de plusieurs milliers d'hommes, mettaient en coupe réglée nos possessions limitrophes.
Il était par conséquent nécessaire d'empêcher par tous les moyens la continuation de tels procédés. Nous devions exiger du Maroc l’existence d’un pouvoir traditionnel etobéi partout, en même temps que les obligations que se doivent deux états voisins, sous peine de devoir recourir à la force. Les accords de 1901 et 1902 paraissaient propres à assurer un résultat. Mais le Gouvernement marocain, en pro2 à des querelles intestines et à des rivalités de tribus, ne pouvant même pas arriver à maintenir le calme chez lui, ne pouvait à plus forte raison réprimer les actes qui se produisaient à la frontière.
Le danger de cette anarchie contagieuse qui augmentait sans cesse, la rebellion s'étant intallée sur presque tout le territoire, le Maghzen se trouvant dans l'impossibilité de garantir la sécurité des européens, la France considéra que la lourde responsabilité du Gouvernement marocain à notre égard, notre position géographique spéciale pouvaient l’autoriser à se présenter au Maroc, non seulementen plaignant, mais encore en conseiller représentant la civilisation générale.
En effet, nous ne pouvions pas admettre qu'une puissance, autre que l'Espagne puisse sur un terrain quelconque du Maroc prendre une place semblable à la nôtre et que n'aurait justifié ni une situation géographique ou politique, ni même des services passés.
Une conférence internationale fut réunie à Algésiras dans les premiers jours de janvier 1906, pour déterminer le statut du Maroc. L'acte d’Algésiras prévoit une action internationale, notamment pour la création d’une banque d'Etat Chérifienne et un mandat spécial donné à la France et à l'Espagne pour l’organisation de la police. Il fallait donc appliquer l’acte d’Algésiras dans ses termes et dans son
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esprit, et surtout ne pas permettre que le Maroc devienne le point malade ou afflueront de l'Europe toutes les humeurs malsaines, en un mot, que le Maroc ne puisse susciter ni expéditions, ni conquêtes et surtout un conflit international.
Par l'accord du 8 février 1909, signé entre l'Allemagne et la France, la situation et la ligne de conduite future des deux pays dans les affaires marocaines est déterminée.
La France renouvelle l'assurance qu'elle est sincèrement attachée au maintien de l'intégrité de l'empire marocain, et résolue à ne pas y entraver les intérêts commerciaux et industriels allemands. L'Allemagne atteste ne poursuivre au Maroc que des intérêts économiques, et reconnaît d'autre part les intérêts politiques particuliers que crée à la France le voisinage de l'Algérie et qui sont étroitement liés à la consolidation de l'ordre et de la paix intérieure dans l'empire chérifien. En conséquence, les deux gouvernements « déclarent qu'ils ne poursuivront et n'encourageront aucune mesure de nature à créer en leur faveur ou en faveur d’une puissance quelconque un privilège économique et qu'ils chercheront à associer leurs nationaux dans les affaires dont ceux-ci pourront obtenir l’entreprise. |
Ainsi donc la situation est désormais très nelte et met fin aux malentendus qui subsistaient dans ces dernières années,
Nous devons donc à notre siluation privilégiée d’avoir ure doubie politique au Maroc, l'une qui résulte de l'acte d'Algésiras et de l'accord franco-allemand, l’autre de notre situation dans l'Afrique du No:d.
Selon l’heureuse expression de M. Lucien Hubert Chambre des Députés. Séance du 6 décembre 1906) du côté de l'Algérie, le Maroc est une sorte de château fort avec l'Atlas comme muraille, la Moulouia comme fossé et le Bechar comme glacis ».
Deux points de pénétration vers Lalla Marnia et le Tafilet, rcule directe et historique, l’autre vers le Sud du côté de Figuig. Notre pénétration de ce côté là est forcée. Nous ne faisons que répondre aux attaques des tribus qui ne vivent que de pillage et de rapines.
Sans doute il a été bien souvent question dans les chancelleries européennes de diviser le Maroc et d'en faire un partage. L'Angleterre aurait pris les ports, l'Allemagne, les côtes de l'Atlantique, la France le Riff, en d’autres termes, l'Allemagne aurait eu lé Maroc commercial, l'Angleterre le Maroc maritime et la France le Maroc pittoresque.
DE Ress
Dans l'intérêt même de notre politique africaine, il fallait conserver l'intégrité du Maroc et ne pas permettre que l’on établisse un logement sur le flanc. Nous avons fait assez de sacrifices sur cette partie de l'Afrique pour ne pouvoir admettre qu’une autre nation prenne une position plus forte dans cette région.
La pénétration pacifique est lente. Pour les tribus réfractaires à tout progrès, l’européen est l'ennemi, et celles qui par tempérament seraient un peu plus accessibles, se laissent aller aux vieilles habitudes, habitudes séculaires des pays de l'Islam, traditions immémoriales que difficilement on pourra rompre et si nous ajoutons ces trois facteurs, barbarie, religion, tradition, on voit combien l'expansion européenne sera difficile au Maroc.
La civilisation commence à peine d’être portée dans ces pays que le progrès effleure à peine. Il n’est pas possible d'aller vite en besogne, que d'années s’écoulèrent avant que l’idée d’un chemin de fer puisse être acceptée. C’est pourquoi le problème des voies ferrées au Maroc doit être posé sous toutes réserves. On peut élaborer des projets, discuter des tracés, les évaluer même. On peut les considérer comme résolus si l’on tient seulement compte des difficultés matérielles. Les ingénieurs viendront à bout des montagnes et des déserts, cela ne suffit point car ils ne seront que très lentement et après quels efforts les maîtres de la race.
Au premier aspect et rien qu’en se basant sur la configuration géographique, il paraît indispensable de construire deux lignes de chemin de fer.
L'une qui relierait Tanger à Fez mettant en communication la capitale commerciale et la capitale politique du pays.
L'autre reliant Fez à notre frontière marocaine. Si nous examinons le tracé de la première ligne‘il semble que l’on doive opter pour un projet qui suivrait la côte plutôt que de s’infléchir par Tétouan et par Arezzan descendre la vallée du Sébou.
Ce tracé aurait l'avantage de ne pas franchir des régions montagneuses. En suivant le rivage, il pourrait desservir Le port de Larache, il remonterait l'Oued Loukhas jusqu’à Ksar el Kébir pour descendre vers le bas Sebou, ou bien encore on pourrait lui faire remonter l'Oued Loukhas jusqu’à l'Ouezzan et venir rejoindre l'Oued Sebou au confluënt de ses premiers affluents de droite Oued Fegha ou Oued Ouragha.
À partir de ce point la voie suivrait le Sebou pour atteindre Fez.
On pourrait étudier un autre embranchement allant de l'entrée de la voie ferrée dans la vallée du Sebou jusqu'à Meknez, un autre embranchement joignantce nœud sur le Sebou à Sale et à Rabat complèterait ainsi le réseau du Nord.
On pourrait également relier Fez et Mogador par Sale et Marrakech.
Ce réseau du chemin de fer du Nord du Maroc aurait approximativement la longueur suivante :
1° Fez à Tanger.
De Fez au nœud du Haut Sebou 85 k.
Du Haut Sebou à Ksar el Kébirparla vallée du Sebou 45 k. 190 k.
De Ksar el Kébir à Tanger par Larache 60 k.)
Embranchement de Sebou à Meknez. 30 k.
20 Fez à Mogador.
Du Haut Sebou à Sale 60 k.
De Sale à Marrakech. 210K7 455 K.
De Marrakech à Mogador 185 Kk.
Embranchement de l'Oued Mellahne Casablanca 55 k. Marrakech à Mazagran 300 Kk.
Oued Tensifit à Souerah el Safi 70 k.
Ceauirdonne-uniotahdessisst sine nent 800 K.
En évaluant à 100.000 francs environ la dépense kilométrique l’ensemble de ces lignes coûterait 90 millions. Or ce chiffre sensiblement exagéré est au-dessus de la moyenne du coût kilométrique de nos chemins de fer d'Afrique et d’Indo-Chine. Par conséquent on pourrait envisager avec ce budget de dépenses, la construction de quelques voies stratégiques et notamment d’un embranchement de Fez à Marrakech.
Mais il ne faut point oublier que toutes ces lignes sont évaluées’ d’après des données peu précises et que si on arrive un jour à la solution du problème il faudra étudier plus sérieusement ces divers tracés qui pourront être modifiés selon le développement plus ou moins sérieux qu'auront pris les diverses villes du Maroc au contact des Européens.
Le projet le plus sérieux, le plus facilement exécutable serait une ligne reliant la frontière algérienne à Fez qui par Oudjda, Lalla Marnia et Tlemcen ferait passer tout le commerce du centre du Maroc et de la vallée de la Moulouia dans nos ports algériens.
En même temps la voie du Sud prolongeant celle de Figuig vers le
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Tafilet pourrait sauvegarder nos intérêts dans cette région et contribuerait ainsi à assurer la domination et l'influence française dans les oasis du Sud.
Le chemin de fer du Nord suivrait un itinéraire tout indiqué. De Lalla Marnia à Oudjda occupé par nos troupes, puis Taza au carrefour des routes commerciales qi vont à Fez à Mélilla ou Tafilet.
l'occupation de cette région et surtout l’exploitation d'une voie ferrée, assurerait désormais la paix et la tranquillité dans l'Oued Seboù et développant le commerce de toutes ces vallées réaliserait ainsi les prédictions de l'explorateur M. de Segonzac.
«L'avenir réservé à cette ligne a des destinées très hautes.La nature «a tracé la voie qui reliera l'empire chérifien au reste de l'univers. « Dans le rempart montagneux dont elle ceint le Maroc, elle n'aura « qu'une seule brèche praticable la trouée Fez Redjda. Taza plantée «sur son Cap, Comme un phare au bout d'une jetée, commande la « passe ». x
Dans cette contrée, entre les montagnes de RifFet les premiers contreforts de l'Atlas, il sera très facile de rejoindre Fez. Cette ligne aurait 295 kilomètres et la dépense est évaluée à 29 millions 500.000 fr.
Quant à la ligne d'Aïn-Sefra-Figuig, en maintenant l’ordre dans le Sud elle permettrait, dans des conditions de calme et de tranquillité, l'exploitation de la ligne du Nord. Déjà son action est lrès efficace et up essor sérieux est déjà donné à tout le commerce des oasis de Figuig et du Tafilet.
Naturellement, des projets de pénétration au Maroc, en prolongeant cette ligne, ont pris naissance. Les uns voudraient faire communiquer le cap Ghir avec Figuig par le Fafilet et l'Oued Draa.
Mais que de difficultés pour la construction et surtout pour le transport du matériel dans nn pays qui n’est desservi par aucune route.
Il faudrait franchir les contreforts du grand Atlas et à travers une région à peu près déserte donc presque tout le commerce se trouve réduit au Tafilet desservi par les gares de Figuig et d'Igli, il semble qu'il vaut mieux ne pas s'aventurer dans de telles dépenses pour la création d'une ligne dont l'utilité ne se fait sentir ni au point de vue du développement commercial, ni au point de vue du développement politique.
Notre zone d'infiuence est n2ttemeat marquée. Nous somme les
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maitres de tout le Sud Oranais. Par le petit à petit, notre civilisation: pénètre. Continuons ce système d'infiltration lente et sûre plutôt que de nous lancer dans des lignes sans utilité comme sans résultat, qui seraient une perle pour nos finances et qui n’ajouteraient rien à notre influence au Maroc.
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Chemin de fer Dakar-Saint-Louis