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C'estl'intérêt public, l'intérêt de la colonie et de l'Etat de ne pas donner de concessions territoriales à la Compagnie concessionnaire. Ce n'est plus dans ce cas le chemin de fer dela colonie. C’est le chemin de fer d'une société commerciale. Il vaut mieux payer les travaux que laisser implanter dans le pays une compagnie commerciale puissante qui tendra beaucoup plus à sauvegarder et à faire fructifier ses propre intérêts qu'à développer ceux de la colonie et de la métropole.
Quant au système de construction donné à l’entreprise on peut admettre que, dans la plupart des cas, il a donné d’excellents résultats. Sans doute l'entrepreneur pourra ne pas avoir sù conduire Ja main d'œuvre et obtenir d'elle le rendement escompté; sans doute les moyens d'action nécessaires pour mener la tâche ont fait défaut et certains constructeurs ont dû résilier leur contrat, mais c’est là l’inconvénient naturel de toutes les entreprises privées.
Cependant, si le tracé a été bien étudié, s’il n’a pas été remanié depuis le commencement des travaux, si tout a été prévu dans l'ensemble et que toutes les constestations aient été évitées, il est absolument certain que l'entente sera toujours complète entre l’administration et l'entrepreneur. É
Notre opinion est que le système des travaux à l’entreprise, qui a fait ses preuves dans la métropole et qui y est généralement admis, s'il a donné lieu à quelques mécomptes dans son application aux colonies, ne doit pas moins être maintenu. Il est le seul qui pourra éviter des augmentations de dépenses et qui permette à la colonie de ne pas se débattre, à la fin des travaux, au milieu des difficultés financières qui viendraient encore rendre plus pénible et plus lourde la tâche de l'exploitation.
Recrutement de la main-d'œuvre
La construction des chemins de fer soulève un grave problème, plein de conséquences, tant au point de vue du développement que du progrès des populations indigènes.
En matière de travaux publics, aux colonies, la main-d'œuvre peut revêtir deux caractéres. Elle peut être volontaire ou pénale.
Volontaire, elle peut se composer d'éléments européens où d'éléments indigènes,
Pénale, elle comporterait les mêmes éléments, avec la caractéristique que l'élément européen serait plus important.
Le problème de la main-d'œuvre pénale s’est posé depuis fort longtemps.
Déjà, en 1854, lors de la discussion de la loi sur les travaux forcés, M. Lelut, député, avait émis le vœu que la colonisation pénale se borne seulement à préparer la colonisation libre et à lui céder la place. |
M. Jamais, ancien Sous-Secrétaire d'Etat aux Colonies, avait repris eu 1892, la même idée et M. de Lanessan, dans son ouvrage sur l'expansion coloniale de la France, voudrait que les condamnés, d’abord soumis à une période de travaux forcés, fussent expédiés dans toutes les colonies où il y a des travaux publics'à exécuter, et là, selon leur conduite, à la fin des travaux, des concessions de terres leur seraient accordées
M. Dislère voudrait aussi que les établissements pénitenciers fussent des dépôts transitoires et serait partisan d’un essai. |
Une objection de principe, arrête immédiatement, c’est que, d’abord en Afrique, aucune colonie tropicale ne permet à l'Européen un travail actif. |
D'autre part, les essais de main-d'œuvre pénale, tentés à la Guyane et à la Nouvelle-Calédonie n’ont pas donné les résultats que l’on croyait devoir attendre et l’appât de la concession territoriale n’a pas été un stimulant, puisque les condamnés libérés, certains d'obtenir la concession, travaillaient beaucoup moins que ceux qui étaient dans la Catégorie des condamnés soumis au régime disciplinaire.
Un élément d'ordre moral, intervient aussi, et nous le trouvons dans un rapport du colonel Lyautey, qui déclare que le soldat condamné et en général le Français condamné, ne doit pas être montré à l’indigène. Il faut éviter qu’il voit un Français en état de déchéance, et il faudrait qu’il ne puisse pas admettre que cela fut possible, afin de voir conservé le prestige de la supériorité de la race. |
Le régime de la main-d'œuvre volontaire est employé dans toutes les colonies. A Madagascar, la corvée existait et le général Gallieni, à la veille d'entreprendre les grands travaux, l’a supprimée. Désormais, c'est à la main-d'œuvre étrangère, chinoise ou hindoue,que reviendra la construction des routes et des chemins de fer. Les Malgaches, pourrônt s’y employer, mais en tant qu'ouvriers volontaires.
Et d’ailleurs, en supprimant le système de la main-d'œuvre forcée, on a obéi au principe que proclamait le colonel Thys, aide de camp du roi des Belges. directeur dela construction du chemin de fer du Congo Belge, dans un rapport sur les chemins de fer aux colonies et dans les pays neufs.
Q IL y a lieu, dans l'intérêt des chemins de fer à construire, d’employer la main d'œuvre libre et volontaire et d'utiliser celle-ci dans des conditions qui rappellent celles qui sont usitées dans les pays de vieille civilisation. »
Ure question s’est posée. Emploiera-t-on la main d'œuvre militaire qui, selon l'expression du colonel Thys, est de la main d'œuvre de volontaires enrégimentée? È
Le colonel Lyautey, dans son rapport, déclare que cette main d'œuvre est pratique et avantageuse, mais à une condition, c’est qu'on l'emploie seulement comme encadrement et qu’on ne lui fasse mettre
-la main à l'œuvre que pour certains travaux techniques.
Et très justement, il appuie son opinion, d’abord sur des raisons d'ordre matériel, en raison du faible rendement de la main d'œuvre européenne, déprimée par le climat, et ensuite sur des raisons d'ordre moral.
Les travaux de terrassement sont considérés par les indigènes, même travailleurs volontaires, Comme des besognes serviles, et il ne faut pas que l’Européen apparaisse à l’indigène comme son égal dans des travaux où ils n'ont vu que des corvéables.
- Dans ces conditions, il semble que le procédé le plus pratique, en même temps le plus usité, consiste dans l'emploi de la main d'œuvre indigène volontaire, encadrée par des surveillants et des chefs de section européens, qu’ils soient militaires ou civils.
On a eu recours aussi à l'immigration en faisant venir des Chinois ou des Indiens pour suppléer aux indigènes, qui étaient inutilisables ou refusaient de participer aux travaux.
Mais cette main d'œuvre, qui a le défaut de coûter trop cher, n’a pas donné des résultats proportionnés à la dépense et les expériences tentées dans l’'Ouganda ou au Congo, ont conduit à ne plus engager que des indigènes. C'est précisément là le côté difficile du problème. Il faut trouver des indigènes qui veuillent accepter de travailler. Or, par tempérament, les nègres libres ne travaillent que dans la mesure où il leur faut subvenir à leurs besoins. Dès qu’ils ont obtenu le néces-
saire, ils arrêtent leur travail. Aussi, faut-il augmenter leurs hesoins en les habituant à se mieux vêtir età se mieux nourrir. Il faut surtout les traiter équitablement. Ce sont de grands enfants qu'il faut guider avec calme et patience et ne pas brutaliser. Grâce à ce moyen, on pourra créer une main d'œuvre indigène libre qui, peu à peu, s’habituera aux travaux et qui permettra de construire rapidement et dans d'excellentes conditions.
C'est dans cet état d'esprit qu'a été solutionné, dans les colonies françaises, le problème de la main d'œuvre employée aux grands travaux.
Au Sénégal, une circulaire du Gouverneur général de l'Afrique Occidentale française, de juillet 1899, adressée aux administrateurs leur fait connaitre que « il vous est loisible de vous entendre avec les villages pour les travaux à la tâche, dans un délai et un prix convenu à l'avance, laissanf aux indigènes la latitude de s’y employer en plus ou moins grand nombre. Mais il demeure expressément interdit d'exiger des corvées quelconques, pendant le temps consacré au défrichement des terres, leur ensemencement, l'entretien des cultures et la récolte des produits. »
Pour les travaux de construction du chemin de fer Thiès à Kayes et de Kayes au Niger, on a occupé des indigènes, notamment les Peulhs, qui sont aisément assimilables, les Toucouleurs intelligents et capables de fournir des contremaîtres et même des surveillants. Ils ont d’ailleurs donné d'excellents résultats etla mission d’études du tracé du chemin Thiès à Kayes a constaté que la vanité des indigènes, occupés au tracé du chemin de fer, était flattée de penser qu'ils travaillaient tous pour un chemin de fer qui passerait dans leur pays pour aller au Soudan.
C'était là un excellent levier que les officiers et sous-officiers de la mission employèrent avec fruit. De plus, les sofas de Samory, qui avaient été faits prisonniers pendant les diverses campagnes, étaient, employés aux travaux de la ligne.
Pour la construction de la ligne de la Guinée française, on s’est servi d'ouvriers venus du Sénégal et de Sierra Léone, avec des engagements de six à huit mois. D'ailleurs, les travaux dela route Conakry au Niger avaient fourni une moyenne de 700 ou 800 terrassiers qui formèrent uu noyau très sérieux et qui furent employés à la construction du chemin de fer. , |