DES -GRANDS FLEUVES
de la Dvina et du Boug sur la ligne île Varsovie. Lorsqu'il fut question de déterminer le débouché a donner a ces passages, on commença par projeter des ouvertures spéciales pour chaque dépression de la plaine submersible. Près de KovroIF, par exemple, on avait projeté, outre le pont principal qui a 104 sagenes, deux ponts de 20 sagenés chacun pour les lacs Nerkhe et Padbornoe, qui sont en communication avec la Kliazrna dans ses crues. Près de Uorokhovetz, un pont était aussi destiné il franchir une crique de la Kliazrna qui forme en hautes eaux comme un nouveau bras du Ileuve. On avait à Dunabourg l'équivalent <Ie ces suppléments de débouché, dans un pont de sngi'iics que l'on projetait de réserver dans la levée du chemin de fer, à la hauteur du premier des ponts analogues établis danslachaussée qui joint Dunabourg à Kovno. Enfin, au passage du Boug, on laissait dans le remblai une ouverture pour l'écoulement d'un ruisseau du marais d'Orzelek, lequel est couvert par l'eau du Boug quand la rivière est en crue.
Un accident arrivé au point où le chemin de fer de Nijni rencontre une première fois la Kliazrna, près de Pokroff, el un accident analogue arrivé au remblai près du pont d'Orzelek, démontrèrent qu'il y avait lieu de se méfier de la prétendue utilité de ces débouchés supplémentaires. S'il était possible de diriger les eaux d'un fleuve en crue, on partagerait le volume à. débiter entre chaque ouverture de manière à n'excéder nulle pari la dépense dont chacune est capable. Ce partage ne se fait jamais équilablement par le seul mouvement des liquides, et, en voulant soulager le débit d'un grand pont, on appelle souvent vers l'arche de décharge la presque totalité des eaux du fleuve, qui affouillent l'ouvrage et le ruinent. C'est ce qui
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est arrivé au pont de PokrofF, duos un point où pourtant ta Kliazma n'est pas encore une très-grande rhière. Le pont principal de 615 sagènes était suivi d'un petit pont de H sagènes. La crue de 1 800 affouilla le petit pont, et on fut obligé de le reconstruire en en doublant le déboucla.
Cet exemple, bientôt confirmé par l'accident du remblai d'Orzelek, conduisit à supprimer les travées supplémentaires des passades de Kovroff et de Gorokhovelz, et à substituer au pont prévu pour le marais d'Orzelek , une simple buse à clapet, que l'on lient fermée lorsque le Boug inonde ses rives. Le remblai n'est plus exposé à être coupé, et il doit seulement Sire défendu contre le bailliage et le courant tangentiel des eaux.
Lu même solution était indiquée pour le passage de !a Dvina, niais là, le système contraire prévalut, et l'administrai ion, après avoir approuvé le ponl de 30 sagenes proposé par la Compagnie, prescrivit en oulre l'établissement h la suilede cet ouvrage d'un pont provisoire du même débouché qu'on supprimera plus lard si la suppression est reconnue opportune. Le voisinage d'une grande ville, Dunabourg , qui n'es! protégée des crues de la Dvina que par une digue, est probablement le motif de celle exception.
Dans les terrains, Irés-peu solides pour la plupart, où la Kliazma et ses affluents ont creusé leur lit , les crues de printemps peuvent exercer de grands ravages. En 1861, le priucipal accident causé par la crue fut la chute d'une pile du pont en construction sur la Neril. Le chemin de fer traverse celle rivière un peu au-dessous de la chaussée qui va de Vladimir à Nijni, près du contre-forl sur lequel est établi le monastère de Bogolioubovo (1). Le pont de bail) Amoar Je Dieu.
HAUTEDB DES CRUES. 111
féaux de la chaussée, entraîné par la crue, descendit jusqu'aux piles du pouf du chemin tle fer où il s'arrêta en obstruant le lit de la rivière. Le courant se fraya un passage en affouillanl le fond du lit, rie manière à déchausser entièrement une pile qui (omba sur le côté sans se disjoindre: on oui la preuve par là de la bonne qualité des maçonneries. Le peu de solidité des terrains en Russie, et l'abondance des sables et des argiles sonl un obstacle à la stabilité des ouvrages hydrauliques comme à la fixité des lits. Nous en verrons un peu plus loin quelques conséquences remarquables,
Voici, pour terminer ces considérations sur le régime des fleuves, quelques cotes de hauteur de crues.
A Dunabourg, la Dvina s'est élevée en 1857 à4'",l31 :.8™,80) au-dessus du zéro de l'échelle de la forteresse, qui est h S pieds (1",S2) au-dessus du niveau des plus basses eaux connues; ce qui fait une différence de 10™,32 entre les crues et l'éliage.
Les débâcles se produisent à 3 sagenes 1/2 (7",4S) environ au-dessus de zéro, c'est-n-dire 8", 98 au-dessus de lï'liagt! et 1",j Î au-dessous des hautes eaux-
Le Niémen à Kovno présente une difl'érence de 3***, 27 (C",07) de l'éliage aux hautes eaux, el seulement de 1 H, ,32 (ï".8l) de l'éliage aux débâcles les plus hautes. A Groduo, la hauteur des crues se retrouve à peu prés la même, 3~, 25 (fi-,92).
A Kovroff, la Kliazma a des crues de 2"«,69 (a°',72} el lus débâcles commencent à 2 m ,07 au-dessus des basses eaux.
BRISE-GI-ACES.
g [[.— LUS BRISE-GLACES.
Le brise-places est l'appareil au moyen duquel on protège k's pi les li'ini ouvrage élabli dans une rivière sujelte aux débâcles. Dans les ponts portés par des palées en charpente, le hrise-glaces est réduit tantôt à un faisceau de pieux réunis ensemble e( serrés les uns contre les autres par une IVelte métallique, tantôt et plus géuéruleinenl à un faisceau semblable incliné à l'horizon et porté à ses extrémités par des pieux battus dans le lit de la rivière. Celle défense peut suffire pour les cours d'eau où les débâcles n'ont pas une grande inlensilé. Elle est appliquée à certains bras de la .Néva, où des ponts en citai iK-nti? subsistent depuis plusieurs années saus que les petites débâcles qui s'opèrent dans ces parties en dehors du grand courant en aient jamais compromis la slabitilé.
Pour les grandes rivières, comme la Yélikaïa ou la Dvina, les débâcles demandent de plus énergiques résistances. Sur la Vélikaïa, on n'a pas même engagé la lutte. L'échafaudage desliné au montage du pont d'Ostroff a élé démonté avant la débâcle de 1 800, après la pose d'une première voie, et remonté, une fois la débâcle passée, pour la pose de la seconde. Pour que celte division du montage fùl possible, il fallait que les deux voies reposassent sur deux tabliers indépendants : l'un d'eux éiant en place quand le dégel vint forcer a supprimer momcnlanémenl le pont de service, le passage des locomotives ne fut jamais interrompu , ce qui élaît fort important pour l'approvisionnement en matériaux de la portion de ligne comprise entre Oslroff et Dunabourg.
Le pont d'Oslroff a entre les culées 275 pieds anglais, ou 83™, 8*0, el il franchit cet intervalle sans appui intermédiaire. A Dunabourg, le pont de la Dvina a trois travées de celle même ouverture ; les deux piles sont dans le système tiibnlairo, cl, comme le travail d'enfoncement a duré plus d'une année, il a fallu protéger par des briseglaces provisoires en charpente les échafaudages et les appareils destinés à l'enfoncement des tubes. Le même problème s'est présenté à Kovno et fi Grodilû sur le Niémen, el sur les autres grandes rivières que franchit le tracé de la ligne de Varsovie.
Pour ces grands cours d'eau, le brise-glaces, qu'il soit en charpente, en pierre ou en métal, a toujours la forme d'un angle dièdre droit dont l'arête, inclinée vers l'amont, part d'un point situé à quelques centimètres au-dessous du niveau des plus basses débâcles, et s'élève au-degsus du niveau des débâcles les plus hautes. Lorsque les glaçons en mouvement rencontrent le tranchant de ce couteau (l),ils remontent le long de l'arête, cl, une fois qu'ils ne sont plus soutenus par l'eau, leur poids surfit pour les diviser. Les parties coupées glissent latéralement sur les faces du dièdre et s'engouffrent dans l'arche du pont. Lu observateur placé sur la pile, transportant au pont sur lequel il se trouve un mouvement conlrairc à celui de la débâcle, ne tarde pas à voir la pile s'avancer el tracer un sillon dans les glaces comme un immense contre de charrue.
Les efforts exercés dans cetle action sont d'une extrême violence ; à Dunabourg el à Kovno, les brise-glaces provisoires étaient composés d'un coffrage en charpente traversé d'une multitude de pieux solidement entés sur les
(I) On dit en ritfiû cun^-ijltKc- , plutût que brise-tjlaai {ledorici).