‹ Les chemins de fer russes de 1857 a 1862 (volume 2)Chapitre 90 sur 118 · DR LA RÉFORME, I · texte numérisé non relu

DR LA RÉFORME, I

la propriété du paysan à sa cabane cl à son jardin, et qui attribue an maître la presque totalité du sol. esl d'après ces idées un vol fait au paysan, qui trouve dur de payer pour avoir le droit île cultiver des (erres dont il s'attribuait d'avance la propriété pleine et entière.

L'émancipation, (elle que le gouvernement l'opère, ne laisse pas dans l'indigente la masse des paysans détaches du sol. L'émancipation, telle que la voulaient ceux-ci, en aurait fait de grands propriétaires. Leurs prétentions se résument en un seul mol : la terreaux paysans e( pour rien.

La dépréciation générale des propriétés réalisera en partie ce programme révolutionnaire. Le paysan finira par avoir la terre pour peu de chose, et le seigneur par se ruiner entièrement. L'empire russe aura Tait par l'émancipation un grand pas vers les doctrines démocratiques, contre lesquelles un faible reste d'aristocratie avait lutté jusqu'à présent. Les conséquences économiques do l'émancipation ne peuvent être que très- heure uses, une fois les premiers désordres passés : e'esl la première mesure réellement efficace pour la mise en valeur du pays. La réforme ne s'accomplira pas cependant sans toueber sur certains écueils. La production russe suffit, comme nous l'avons vu, aux besoins du moment; plus économiquement conduite par le travail libre, elle ue devra pas, si l'exportation fait défaut, occuper le même nombre de bras pour fournir les mêmes quantités de produits. Une fraction de la population rurale se rejelera donc vers les diverses industries, et là elle rencontrera de nouveaux obstacles, des règlements, des monopoles, un travail qui n'est pas entièrement libre. La liberté n'était nulle part dans la Hussie d'autrefois; si on la met dans l'agriculture, il faudrait la mettre partout en même temps.

L'ajournement des voies de communication, et entre autres de la ligne de Moscou à la mer Noire, était une faute gra^c dans de telles circonstances. Toute facilité à l'exportation des céréales augmenterait les produits de l'agriculture et lui permettrait de nourrir un plus grand nombre d'individus; d'un autre côté, un immense chantier de 1400 versles de longueur aurait présenté de bien précieuses ressources aux populations dans les crises qu'elles pouvaient avoir h traverser.

La distraction du travail faisant ainsi défaut, l'insurrection de la Pologne est venue, en un sens, donner au gouvernement un secours utile pour ses réformes intérieures. Elle a resserré contre un ennemi commun le lien qui unit les diverses classes, et provoqué un élan patriotique qui permet d'ajourner bien des questions.

Mais le plus grand écueil de la réforme du servage est l'administration inintelligente, formaliste et corrompue qui est cliurféu de l'accomplir et île la défendre. Le paysan perd en même temps par l'émancipation la sauvegarde du seigneur et celle de l'association communale. Peut-être regrettera-t-il un jour son premier élat. Ici encore la réforme n'est pas complète, et demande à tout pénétrer. Le servage était la base d'une pyramide sociale dont l'Empereur occupe encore le sommet, et dont une administration trèsfortement centralisée tient les bailleurs moyennes. Eu Russie, l'administration n'est pas un corps constitué à côté pour ainsi dire de la nation, pour lui rendre des services nettement définis; c'est un corps placé au-dessus de la nation, avec le droit omnipotent de l'infaillibilité, émanation nécessaire du pouvoir absolu du souverain. L'administration fait valoir à son profit, contre les individus, les prérogatives de la couronne. La liberté est

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