‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 100 sur 155 · PAYSANS DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

PAYSANS DE LA COURONNE

par son travail *. Malgré ce correctif qui lient peu de compte de la dignité de l'individu , le jeu pur et simple de la liberté et de la resi^nsabilité humaines conserve sur toutes les organisations socialistes une supériorité bien évidente. Le travail non libre produit peu ; les campagnes exploitées par les serfs restent stationnaires, tandis que les villes, berceau de la bourgeoisie naissante, s'enrichissent et entrent dans la voie des progrès*.

On comptait, en 1859, 23,000,000 serfs en Russie; ils étaient très inégalement répartis entre les différents gouvernements. Le gouvernement de Kicf était celui qui en comprenait le plus grand nombre, 1,121,000; ensuite venait le gouvernement de Podolie, 1,041,000. H y en avait 021,000 dans le gouvernement de Moscou, et seulement 260,000 dans le gouvernement de Pétersbourg. Le caractère tout agricole du senagc se manifeste dans res inégalités de distribution.

Dans ce total de 23,000,000, on ne compte pas les paysans de la couronne, affranchis depuis |)lusieurs années. Leur affranchissement en masse ne les a pas rendus plus heureux; on dit même que, de tous les paysans, les anciens serfs de la couronne sont les plus misérables, et voici la raison de celle situation exceptionnellement malheureuse. Les paysans de la couronne ont h débattre une foule d'intérêts avec radministration russe, tandis que les autres paysans traitent avec elle par l'intermédiaire du seigneur. Or, l'administration est, en Russie, le plus terrible des fléaux \ Celle triste remarque fait pressentir que Témancipation générale des paysans, la grande révolution tentée par l'empereur Alexandre, n'aura pas sur-le-champ les heureux effets qu'on voudrait pouvoir en espérer, et que le paysan russe, délivré du seigneur et de son intendant, retrouvera peut-ôlre un maître plus dur et plus absolu dans les employés de la Couronne.

Il est temps que nous abordions l'examen de cette œuvre d'émancipation générale,

dont la pensée, sinon le succès immédiat, fera l'honneur du règne actuel. On dit que

.rempereur Nicolas avait déjà résolu en principe de donner la liberté aux jiaysans.

* Le chevalier. — Ccst le traité que vous avez fait avec vos chevaux. — Le marquis. — Est-ce qu'il y a un traité de fait entre moi el mes chevaux ? — Le chevalier, — Oui, sans doute,... ce traité est très-ancien... Le cheval dit à l'homme : .: vous me briderez, Vous m'attellerez, vous me fouetterez, je vous servirai patiemment . mais vous me nourrirez. » (Galiani, Dialogue sur le commerce des bleds. Dialogue VllI.)

* C'est sans doute, là comme ailleurs, cette classe moyenne de bourgeois et de marchands qui, ens'étendant peu à peu, moi*alisera et régénérera le pays.

* Tégoborski et Haxthausen citent deux villages dont les paysans sont revenus volontairement à la possession commune et au partage annuel des terres entre les divers foyers, après avoir essjiyé du régime de la propriété personnelle et héréditaii-e. Les procédés vexatoires de l'administration publique ne seraient-ils pas la vraie cause de cette préféi*ence des paysans pour la propriété collective? — De même il jurive souvent que les négociants d'une ville commerçante repoussent le projet d'une amélioration qui pourrait leur être très-utile, parce que l'adoption du projet aurait jK)ur première conséquence l'établissement d'une nouvelle taxe, et que i)eut-élre on en resterait là.

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