‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 101 sur 155 · L'ÉMANCIPATION · texte numérisé non relu

L'ÉMANCIPATION

Quoi qu'il en soit, sou iutenlion resta à peu près slérile pendant tout son règne *• Elle • fut reprise par son successeur, et malgré une opposition Irès-ardenle de tous les intérêts menacés ou compromis, elle aboutit le 19 février 1861, pour le sixième anniversaire de Tavénement d'Alexandre 11, a la publication du fameux manifeste qui renferme les principes de la révolution à accomplir. Ce manifeste est écrit dans un esprit très-modéré ; il présente aux paysans l'émancipation comme une concession librement consentie par la noblesse, ce qui n'est pas tout à fait vrai, et, prudemment, il leur parle plus des devoirs que la liberté impose que des droits qu'elle accoixleen retour*. La lecture en a étéfaite dans toutes les églises de Russie le premier dimanche du carême de 1861 \ Le manifeste avait alors seize jours de date, mais on avait craint de notifier au peuple son émancipation pendant les plaisirs de la setnaim folle. L'effet apparent sur ce peuple dissimulé a été complètement nul en deliDrs des démonstrations préparées. L'effet réel a été très-profond, mais très-complexe, et il est peut-être encore assez diflicile de Tapprécier avec exactitude.

Les règlements publiés avec le manifeste formaient déjà un gros volume, qui depuis a du grossir encore. On ne pouvait en effet régler en peu de mots une question qui présente autant de cas parliculiers qu'il y -a de districts dans le pays. La loi russe d'ailleurs est généralement rédigée d'une manière prolixe, et, ce qui n'ajoute pas à la clarté de la rédaction, chaque alinéa est surchargé d'une multitude d'exceptions et de remarques. Nous ne pouvons que résumer ici l'esprit des mesures d'émancipation. Il nous suffira pour cela d'indiquer que le paysan devient tlans un certain délai propriétaire de la maison qu'il occupe et du jardin qui l'entoure, {[ue le seigneur reste propriétaire de la terre, et qu'au rapiK)rt forcé de serf à maître, la loi substitue un rapjK)rt facultatif de fermier à propriétaire.

Ces mesures, à coup sûr très-raisonnables, ont excité un vif mécontentement chez les serfs et chez les seigneurs.

Le seigneur se trouve avoir des terres sans être sûr de trouver un fermier qui lesmette en valeur. La population du village peut en effet porter ailleurs le h^avail de ses bras , et c'est pour maintenir les populations sur les terres qu'elles voulaient déserter, que le servage a été institué en 1593. Rien ne prouve donc que l'assiette

* Non-seulement Nicolas, tout en voulant rémancipation , recula devant Tapplication du principe, mais il étendit le servage du côté des provinces polonaises.

* On a surtout remarqué le dernier alinéa :

'<( Et maintenant, peuple pieux et fidèle, fais sur ton front le signe sacre de la croix, et joins te& prières aux « Nôtres pour appeler la bénédiction du Très-Haut sur ton premier travail libre, gage assuré de ton bicn-êlrc « personnel ainsi que de la prospérité publique, n

» 5/17 mars i861 . — (Voir note V).

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