‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 102 sur 155 · CONSEQUENCES DE L'EMANCIPATION · texte numérisé non relu

CONSEQUENCES DE L'EMANCIPATION

ncluelle de la population soit la plus naturelle, et que le paysan russe, qui aime passionnément à se déplacer \ n'abandonne les parties maigres, où il a été parqué jusqu'ici, pour vivre à moins de frais sur un sol plus généreux. Les propriétaires assez heureux pour louer leurs terres craignent, d'un autre côté, que l'ancien serf ne sache faire payer à l'ancien seigneur les excès de pouvoir que celui-ci a pu s'êlre permis sur sa bourse ou sur sa personne. Les seigneurs tombent, pour ainsi dire, à la merci des paysans: car la concurrence* entre les paysans exisle peu en Russie à cause des immenses étendues de terres à exploiter, et une coalition générale des paysans pourrait, au besoin, faire baisser notablement les fermages. Enfin, les idées d'émancipation ne peuvent s'introduire chez les paysans, sans que tous ceux qui, à tort ou à raison, se plaignent de leurs maîtres, ne cherchent sur-le-champ les moyens d'en tirer vengcance : et le maître est exposé à payer, non-seulement pour ses méfaits personnels, mais encore pour ceux de Tintendanl, personnage subalterne qu'on retrouve partout en Russie, parasite peu estimable en général, et détesté de ses inférieurs. Certains propriétaires, pressentant tous ces dangers, ne se sont plus trouvés en sûreté dans leurs terres après la publication des règlements. Une véritable émigration s'est opérée des campagnes vers les grandes villes, et de la Russie vers l'étranger. La terre a perdu en une année sur certains |X)ints les neuf dixièmes de sa valeur : c'est le coup de grâce pour la noblesse, déjà en grande partie ruinée par ses habitudes de dissipation.

Le paysan n'est pas non plus satisfait de la réfarme faite à son profit. Il s'attendait à mieux, et la déception a été générale dans les campagnes lorsqu'on a vu à quoi se réduisait la transformation depuis si longtemps préparée.

Des désordres éclatèrent dans certains gouvernements. A Kazan, on vit paraître un voyant qui excita les paysans à la révolle. Le i^euple russe, sur qui les traditions de la Bible ont encore beaucoup d'action, «est disposé à se laisser prendre à de telles im- |)ostures. Le voyant attaqua le manifeste lu dans les églises comme une pièce fausse, une altération du vrai manifeste impérial supprimé par la noblesse *. Les paysans crurent ce nouveau prophète, et il fallut les mettre à la raison à coups de fusil. Pour

* Les déplacements continuels des Russes ont amené entre les différentes parties du pays des rapports telle-^ ment constants, qu'il n'y a dans toute la Russie ni un patois, ni même un accent particulier à une localité. La langue de la petite Russie diffère cependant du russe de Moscou : mais la |>etite Russie a été longtemps une province polonaise.

* Une telle altération n*avait rien d'invraisemblable. Les courtisans de l'empereur ont fait iaire pendant quelque temps, à l'usage de sa Majesté, une contrefaçon du journal révolutionnaire la Cloche (Kolokol)^ qui se publie en russe à Londres, et qui est envoyé au souverain de la Russie. — De faux manifestes ont été répandus dans les campagnes, à l'époque de Témancipation, par les partis bostiles au gouvernement.

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