‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 107 sur 155 · PREMIÈRE ÉMISSION D'OBLIGATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉMISSION D'OBLIGATIONS

de Tautre, les élablissements publics, etnotammenlleSainl-SyQode, voulurent prêter à la Compagnie des ca))itaux que le gouvernement ne lui permit pas d'accepter. Le gouvernement limita en effet à 55 millions le montant de l'émission projetée, sous prétexte que c'était à cette somme que s'élevait alors le capital réellement versé par les actionnaires. Cette interprétation étroite des statuts, on le verra tout à l'heure, eut des résultats également onéreux pour la Société et pour l'Etat. L'intervention du pouvoir dans les affairesde la Société réduisit ainsi son capital effectif à 110,000,000 roubles, quand elle aurait pu, à des conditions extrêmement favorables, le porter à 150 millions.

Les conséquences de cette faute ne se manifestèrent cependant pas immédiatement. La situation financière de la Grande Société était très-solide, l'avenir paraissait assuré; les actions faisaient une petite prime à la bourse de Pélersbourg, et les capitaux disponibles du pays cherchaient volontiers ce placement, où ils trouvaient à peu près 5 pour 100 de revenu, tandis que l'intérêtdans les banques, longtemps fixé à 4 pour 100, venait d'être réduit à 3. Mais la prospérité de la Compagnie, compromise par la restriction que le gouvernement avait arbitrairement apportée au rassemblement de son capital, devait souffrir encore des mesures qu'il essaya, à partir de l'année 1859, dans l'intérêt prétendu de finances de l'empire.

Après avoir inutilement tenté en 1859 un emprunt étranger que les événements politiques survenus cette année rendirent impraticable, le gouvernement convertit, le l*' septembre, les fonds déposés par les particuliers dans les banques en billets de banque de l'État, rapportant 5 pour 100 d'intérêt annuel. C'était immobiliser tout d'un coup 300,000,000 roubles. L'emprunt étranger, suspendu en 1859, fut repris en 1860, et réussît cette fois, sous la condition que les intérêts fussent payés chaque année en espèces sonnantes.Commencé en 1860 par une somme de 12,000,000 roubles, l'emprunt doit être continué d^annce en année jusqu'à ce qu'il ait fourni 100,000,000.

Les nouveaux titres émis par Iç gouvernement enlevèrent aux actions de la Grande Société la supériorité qu'elles avaient jusque-là conservée par rapport aux autres valeurs. Elles tombèrent à Pélersbourg au-dessous du pair, A Paris, la baisse du change les mettait encore à 10 pour 100 au-dessous du cours nominal de Pétersbourg. Celte dépréciation rendait impossible une émission d'actions nouvelles, et dès lors l'achèvement du réseau projeté en 1857 devenait impossible si les conditions de l'entreprise n'étaient pas améliorées.

Et non-seulement l'exécution des lignes nouvelles devenait par là très-problématique ; l'achèvement des trois lignes entreprises allait nécessiter aussi la création de

lU EXIGEiNCES ADMINISTRATIVES.

nouvelles ressources. Les dépenses de la Compagnie s'étaient élevées au-dessus des prévisions, par suite du renchérissement général des matériaux et de la main-d'œuvre, et par suite de la baisse du ciiange, qui créait pour la Société une charge de plus en plus lourde. L'administration publique de son côté ne cessa pas, jusqu'au jour où les nouveaux statuts vinrent modifier les situations relatives, d'accroître par tous les moyens en son pouvoir les dépenses de la Société. Il suffirait, pour s'en convaincre, de lire les dépêches ministérielles rédigées pendant cette première période. Quelquesunes de CCS décisions, il est vrai, n'ont pas été maintenues ; mais elles n'en montrent pas moins l'esprit qui les a toutes dictées. A Dunabourg, le ministre voulait faire construire à la Compagnie un pont pour roule à côté du pont du chemin de fer *; à Moscou, nous l'avons vu remettre en question la traversée de la ville déjà exécutée; sur la ligne de Varsovie, il prétendit faire poser sur-le-champ les deux voies, parce que tel était le projet du gouvernent, tandis que l'acte de concession n'exigeait la pose de la seconde voie que si le produitbrul dépasse 9,000 roubles par verste ; le ministre voulait encore faire payer à la Compagnie les droits d'entrée sur les fers de ses ponts métalliques, disposition contraire à l'esprit, sinon à la lettre, de l'acte de concession. Sur ces deux derniei*s points une décision impériale réforma la décision ministérielle. Mais, sur bien d'autres, la Compagnie fut forcée de subir les plus onéreuses exigences; pour ne citer que les principales, le tunnel de Kovno, travail inutile ; l'exagércition des dimensions dans tous les ouvrages ; le remplacement immédiat de ponts provisoires en charpente qui auraient pu durer dix ans et au delà ; la réclamation faite par le gouvernement à la Société du remboursement de dépenses faites par lui sur la ligne de Varsovie, quand, en toute équité, ces dépenses eussent dû être comprises dans la dette de 18,000,000 roubles de la Société envers l'Elat...

La Compagnie présenta au gouvernement, en 1860, ses observations sur la situalion de l'entreprise : pour relever le cours de ses actions, elle proposait d'acheter le chemin Nicolas. La vente de ce chemin eût fait entrer au trésor public un capital que la Compagnie se fût procuré au moyen d'un emprunt, et les produits de l'exploitation, accrus entre les mains d'une société industrielle, auraient assuré aux actions de la Société un dividende qui en aurait fait remonter le cours. Le gouvernement ou, pour mieux dire, l'empereur, fil un bon accueil à ces propositions : on nomma même une commission pour en faire l'élude. Mais on n'alla pas plus loin : la combinaison projetée ne devait pas aboutir. L'administration russe tenait trop à son chemin Nicolas pour

^ Li Compagnie a obtenu Tautorisation de réunir sur le même tablier la voie de terre et les voies ferrées. Mais elle a contribué aux dé|)enses des travaux militaires de la forteresse de Dunabourg.

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