ALTÉRATION
C'était renouveler en quelque sorte une faute déjà commise au commencement de ce règne. Le tsar Alexis, pressé d'accroître ses ressources de numéraire, avait fait frapper en 1655 des pièces de cuivre, à un valeur nominale égale à celle des pièces d'argent de même poids. Aussitôt l'argent et l'or disparurent de la circulation, et les prix s'élevèrent d'une manière démesurée dans tout le pays. Cette émission désordonnée de cuivre est la princi|>ale cause de la grande émeute de 1663 à Moscou. Le gouvernement, ramené par l'émeute à des idées un peu plus saines, retire les pièces de cuivre de la circulation, mais il réussit encore à frauder le public dans celle opération. La pièce d'un rouble en cuivre, qui valait alors 2 kopeks en argent, n'est reçue par le trésor que pour 1 kopek. C'était une banqueroute de moitié.
Le successeur d'Alexis, Féodor, un peu plus lionnôle, ne surfit pas à partir de 1680 la valeur de Técu de Lûbeck, qui conserva son prix d'entrée en Russie, 50 kopeks.. Mais deux circonstances empêchèrent ce retour à la vérité d'avoir une complète efficacité. Le gouvernement continuait toujours à fabriquer de la fausse monnaie d'appoint, ce qui suffisait pour chasser de la circulation la monnaie au titre exact, et les étrangers, une fois renseignés sur les désordres des monnaies russes, commençaient à frapper, pgur le commerce extérieur de la Russie, des pièces fausses, qui recevaient, à leur entrée, la consécration légale du poinçon du gouvernement.
L'empereur Pierre P', si grand à tant d'égards, n'était pas un grand économiste. On lui doit cependant quelques réformes utiles en matière de finances et de monnaie. Il semble avoir compris que la valeur des pièces dépend de leur poids et de leur titre, plutôt que de la légende qui y est inscrite ; notion qui ne l'a pas empêché d'altérer les monnaies, ainsi que nous le verrons plus bas, quand il crut trouver dans celte opération quelques ressources passagères pour le trésor. Il se contenta d'abord, eomme ses prédécesseurs, de refrapper ses roubles sur les écus de l'étranger. Il fit ensuite couler et frapper des pièces entièrement russes. L'empreinte des roubles de son temps est formée de quatre n, initiale du nom du souverain : le paysan russe a intei^prété ces quatre lettres par une phrase qui place le grand empereur fort haut dans son afTection: Pierre premier ordonne de boire. Ces quatre n se retrouvent sur les monnaies des trois Pierre et de l'empereur Paul ; sur celles-ci, ils figurent une croix où Ton peut sans doute voir une trace du caractère mystique du monarque. A partir du règne d'Alexandrc F', la monnaie russe ne porte plus le nom de l'empereur régnant: quelques kopeks de cuivre en reçoivent seuls l'initiale. Mais les pièces d'argent ou d'or n'ont d'autre empreinte que celle des armes de Pempire, avec l'indication de la valeur de la pièce, ainsi que du poids de métal fin qu'elle contient ou qu'elle devrait contenir. Cette théorie impersonnelle a été formulée pour la première fois par l'empereur Alexan-