TOPOGRAPHIE DE NUNI-NOVGOROD
l'emplacement de leurs cilés. Ils les ont fondées presque toujours à la rencontre de deux rivières, ou tout au moins de deux vallées : Moscou et Koursk, en Russie, Prague, en Bohême, villes slaves, en sont des exemples frappants. Si l'on ne retrouve pas la vérification de ce principe dans la topographie de Pélersbourg, bâtie d'autorité en dehors des traditions nationales, on en voit l'application complète dans Nij ni -Novgorod, \a Nouvelle Ville du treizième siècle*, construite à la rencontre des deux principales rivières de la Russie. Ces anciennes villes ont encore un aulre caractère. Sur une hauteur dominant les différents quartiers est placée une enceinte ou forteresse, leUremlin"^ des villes russes, destinée à protéger ou ci menacer la ville suivant les circonslances. Dans le kremhn sont les églises saintes, le trésor, les palais. On en voit un a Nijni, sur le saillant du bastion naturel qui sépai'e les deux rivières. Celle annexe indispensable des villes slaves a pu être reproduite, moins le relief du terrain, à Saint-Pétersbourg; la capitale possède, non un kremlin, mais une forteresse moderne, qui renferme une église consacrée aux patrons de la ville, saint Pierre et saint Paul. Outre cette église, outre les prisons et la caserne, et quehiues souvenirs lugubres, on trouve encore dans la forteresse de Pélersbourg la réserve, métallique sur laquelle repose le crédit du gouvernement. Le kremlin de Nijni, bien plus remarquable que la forteresse au point de vue pittoresque, et plus intéressant comme monument, ne renferme pas de semblables richesses, et probablement ne sera plus a})pelé à exercer d'influence sur les destinées de l'Empire : les Talars ne menacent plus Nijni comme au temps de la puissance de Kazan, et la frontière a depuis cinq siècles reculé vers l'Orient de plus de mille de versles.
Les rives droites du Volga et de l'Oka forment chacune un escarpement très-élevé, dont les talus, là où ils ne sont pas trop roides, sont occupés par certaines parties de la ville; plusieurs ravins creusés dans ces talus font communiquer, par des
* Novgorod j nouvelle ville; — gorod, ville, paraît avoir une origine commune avec Tallemand garten et le lalin hortus, jardin, et a dû signifier d'abord un enclos. On le retrouve encore dans grad (Belgrade, ville ou ftlutot forteresse blanche; Tsargrad, ville du roi, Constant! nople). — Nijni, inférieur, par opposition kNovgoro<l-Véliki, l'ancienne république du lac Ilmen.
• Kreml. Le kremlin de Moscou est plus célèbre ipie celui dos autres villes , mais toutes les anciennes villes russes ont un kremlin. Le Hradschin de Prague est un véritable kremlin dans c<itte ville slave. — Lorsque les Polonais étaient maîtres de Moscou et qu'un Vladislas était devenu tsar de Moscovie, c*est un marchand de Nijni- Norgovod, Minine, qui donna le î-ignal de l'expulsion des étrangers. Sa statue est dans le kremlin de Nijnî. Un groupe représentant Minine et le prince Pojarski se trouve également sur la place du Kremlin de Moscou, entre la ville et l'enceinte intérieure.
Kreml n'aiirait-il pas une certaine parenté avec le mot celtique Cromlech, cercle de pierre? Ce ne serait pas la seule analogie de celtique et du russe. Exemple, la racine Gora a la fois, dans les deux langues, le sens de montagne ou d'élévation eidechaleur intense.
FOIRE DE NIJXI. 161
routes à grande pente, la partie basse avec la partie haute. Tout Nijni est sur la rive droite du Volga. La ville proprement dite est concentrée à droite de TOka, la foire est tout entière à gauche. L'Oka forme le }>ort de la ville, et contient pendant la foire des centaines de bateaux.
La foire de Nijni se tient tous les ans dans un terrain submersible, couvert à chaque printemi)S par les crues : elle occupe un espace immense. Li chaussée de Moscou traverse le périmètre qui lui est affecté, et se maintient au-dessus des plus hautes eaux jusqu'aux abords du pont de TOka. En arrivant en face de Kijni, elle passe près du grand village de Koiuiavina, désert pendant la plus grande jKirtie de Tannée, très-peuplé, au contraire, et fort mal habité pendant la foire ^ : c'est près de ce village qu'a été placée la station du. chemin de fer. On projette de prolonger la voie dans le champ de foire, et sur les rives des deux fleuves. Le siège principal de la foire est situé à gauche de la chaussée en venant de Moscou : en avant, le bâtiment de l'administration, faisant corps avec le gostinÎMlvor^ ; par derrière les files de magasins, inondés à chaque printemps, et quelques mois après remplis de marchandises. Un jardin sépare en deux groupes (%aux les diverses ligues de boutiques. A l'extrémité, on trouve, à angle droit sm' les autres, la ligne chinoise, qui tire son nom des formes données dans cette ligne aux toitures des magasins. Derrière la ligne chinoise, enfin, la culhédrale russe. Un large fossé de ceinture isole sur trois côtés l'espace que nous venons de parcourir; d'autres constructions de destinations diverses s'élèvent en dehors de ce fossé. D'un côté, on aperçoit une église arménienne : elle a pour pendant à l'autre extrémité de la ligne chinoise, une mosquée, Iwtie sur un tertre, orientée suivant la coutume musulmane, et surmonlcjp de ce même croissant qui, à quelques pas de là, se voit renversé sous la croix de la cathédrale orthodoxe. Les restaurants et les théâtres, comme les bâtiments religieux, sont venus se grouper le long du canal d'enceinte^.
A Nijni, chaque branche de commerce a sa place spéciale. La rive droite du Volga est le grand dépôt des thés de la Chine ; un peu plus bas est le débarcadère des bateaux à vapeur du Volga et de la Kama. La quincaillerie, les produits chimiques, les vins, vinaigres et alcools, etc., sont localisés chacun dans un péri-
* Cestle rendez vous général des filles publiques accourues 5 la foire de Nijni de tous les points derErapire russe.
' Gostinii-dvor, cour des étrangers, bazar où tout le commerce des villes russes était autrefois concentré.
* Sous les principales allées du cliamp de foire, s'étendent les souterrains bâtis sous le règne de Nicolas, et renfermant les célèbres latrines publiques nettoyées par les eaux de l'Oka. — En 1864, un incendie adétniit tout un quartier de maisons de bois situées en dehors du canal d'enceinte. Ces maisons ont été reconstruites.