‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 119 sur 155 · MARCHÉS DIVERS · texte numérisé non relu

MARCHÉS DIVERS

mètre défini. Une île de FOka est résenée aux fers el aux cuivres de TOural. Enfin des 1)outiques construiles aux abords du pont de bateaux reçoivent le petit commerce des gouvernements voisins ; cette région, toujours encombrée de monde, est proprement la bourse des négociants de la foire. C'est là que se font les grands marchés.

L'affluence de cent mille personnes venues de toutes distances et de toutes directions fait chaque année de Nijni une véritable frontière entre le monde inissBy monde à part dans l'Europe, et le monde de l'Asie centrale, qui en est si différent. On y trouve des peuples nouveaux, on y entend des langues sans parenté avec les langues européennes*. Des types tatars et mogols se rencontrent en foule à côté des ligures slaves. C'est le Tatar qui domine parmi les Orientaux qu'on trouve à la foire. Il est rare que des Chinois viennent y apporter les échantillons d'un troisième monde bien distinct des deux premiers. Les Asiatiques du Midi sont* eux-mêmes peu nombreux ; on voit cependant à Nijni des Persans, des Arméniens, et quelquefois des Turcs. En résumé, les portions intelligentes des peuples musulmans ne sont que faiblement représentées, et la race étrangère que l'Européen voit à Nijni est trèsprobablement la plus pauvre parmi celles qui occupent l'ancien continent ; du moins, c'est celle qui a eu pour spécialité jusqu'ici de détruire ce que les autres races ont créé. 11 n'en est que plus curieux de voir les produits des industries modernes exposés aux regards des hommes les plus arriérés de l'univers.

On trouve à Nijni les produits industriels des gouvernemenls voisins et parliculièrement la coulellerie du village de Pavlovo, et les ustensiles de cuivre jaune de Toula. La foire comprend un marché pour les céréales, et des magasins de fruits du Midi; la ville de Kief y envoie ses confitures.^ Le marché des fourrures présente toutes les pelleteries de la Sibérie , et de plus les peaux de moutons |)fl^-)i^5, que l'on nomme en France Astrakhan. Comme objets de curiosité, l'Oural expédie à Nijni ses pierres dures taillées à la jK)ussière de diamant ; les Persans amènent avec eux leurs tapis brodés, leurs étoffes, leurs armes, et réservent soignefusement jusqu'à la fin de la foire leurs talismans et leurs turquoises : négociants rusés avec lesquels il est difficile de mener jusqu'au bout une opération commerciale, et qui soupçonnent tout acheteur d'être aussi trompeur qu'eux-mêmes.

Tout au bout de la foire, nous trouvons, le long du Volga, dans des baraques soigneusement garanties contre les intempéries, le dépôt des thés de la Chine,

* La langue russe a emprunté au lartare plusieurs mois, tels que : saraïy remise; tcherdak, grenier; karaotd, corps de garde ; mais ce sont là des importations étrangères. Le russe est une langue de la même famille que le latin, le grec et l'allemand, et se rapproche plus du sanskrit que les autres langues européennes^

LE THÉ. Iiî3

Tune (les plus imporlanles branches du commerce des Russes avec l'Asie. Le thé est.apporté à Nijni par les Sibériens qui Font acheté des Chinois. L'échange du Ihé sur la frontière de Chine se fait presque exclusivement contre des mélaux précieux. Les Russes n'ont pas pu éluder, comme l'ordonnait le Isar Alexis, l'emploi du numéraire dans leur commerce avec les Asiatiques. Autrefois du moins, ils fournissaient aux Chinois les fourmres de la Sibérie ; mais ce commerce a cessé depuis les premières années de ce siècle, et c'est en argent que se soldent aujourd'hui les acquisitions de la Russie dans l'extrême Orient*. On peut se demander où les acheteui'S trouvent l'argent qu'ils emploient dans ce commerce.

L'usage du thé s'est introduit en Russie vers la fm du dix-septième siècle'; on a commencé, là comme en France, par regarder celle nouvelle infusion comme une préparation pharmaceulique. Rientôt on la rechercha pour son goût autant que pour ses effets, et elle est aujourd'hui d'un usage universel. Le thé que l'on trouve en Russie est généralement supérieur à celui qui vient directement de Chine en France ou en Angleterre; il provient cependant du même arbre, mais plusieurs circonstances contribuent à lui donner un parfum plus distingué. Celui qui vient j)ar mer dans l'Europe occidentale est tiré de Canton, et est recueilli dans le midi de la Chine ; le thé de caravane, qui pénètre en Russie, est au contraire tiré du Nord; les époques où l'on cueille l'arbuste ne sont pas les mêmes dans ces divers lieux de production; et un climat plus doux peut suffire d'ailleurs pour développer

quelques principes acres particuliers dans le thé le plus méridional. Enfin le thé de caravane, qu'on emballe dans des caisses vernies doublées de lames de plomb et enveloppées de peaux, passe deux ou trois ans soustrait à toute influence atmosphérique pendant l'immense voyage à petites journées qu'il fait avant d'atteindre Nijni-Novgorod, et, surtout dans les qualités supérieures, il s'améliore en vieillissant. Le thé qu'on embarque à Canton est moins soigneusement emballé, et passe plusieurs mois exposé aux exhalaisons d'une cale de navire, qui le détériorent plus encore que ne peuvent le faire les va|}eurs de l'Océan.

Un thé très-fin et des fourrures de prix forment une grande partie du luxe du marchand russe. 11 faut y ajouter des pièces d'ai^enterie ou de cuivre : les métaux, quels qu'ils soient, sont très-estimés du peuple russe', et, neuf fois sur dix, forment le sujet de ses conversations.

*■ Tegoborski, Forces productives, t. IV, p. 585.

*.Eii 1674, d'après OrloiT, Genre de vie des Russes depuis 1 594 jim/M'en 1689, recueil des Conteurs Russes, Paris, Gosselin, 1833. Cet article renferme un tableau de la civilisation msse au dix-septième siècle.

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