‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 120 sur 155 · LE FER · texte numérisé non relu

LE FER

C'est dans Tîle de l'Oka que se lient le marché des fers ; on y voit en général des fers bruts, des fers en barre, des feuilles de tôle, quelques cornières, mais rarement des fers plus compliqués, tels que des fers à T ; on y trouve aussi du cuivre brut, et c'est à peu près lout. Les quantités sont parfois considérables, mais il y a peu de variété dans les produits.

Nijni -Novgorod n'est pas seulement un lieu oii s'échangent les produits russes et européens avec les produits asiatiques; c'est encore pour l'empire russe Tentrepôl de Tinduslrie du fer, principalement de celle qui a son siège dans l'Oural.

L'Oural produit presque tout le fer que l'on emploie en Russie : les établissements métallurgiques n'y sont pas très-anciens.

Les premières tentatives d'exploitation des richesses métalliques recelées dans cette grande chaîne de montagnes remontent seulement au commencement du dixseptième siècle; elles n'ont pendant un siècle donné aucun résultat. En 1628, eut lieu la découverte d'une mine de fer sur les bords de la rivière Nitsa, à Test de l'Oural. On y fonda une usine qui fut en activité jusqu'en 1637, et qui tomba alors pour ne plus se relever. Tel fut le sort de la plupart des établissements créés dans le dix-septième siècle, soit dans l'Oural, soit dans le centre de la Russie ; ce n'est que sous le règne de Pierre le Grand que commença i>our les usines une exploitation réellement productive. On peut faire dater l'ère de la métallurgie russe de l'année 1702, où un forgeron dont le nom est aujourd'hui célèbre, Nikita Demidoff, prit la direction d'une usine que l'Etat lui avait vendue.

Ce Nikita Demidoff était fils d'un paysan, Démide, fils de Grégoire, Ântoufief, qui avait quitté son village vers 1650 et s'était établi à Toula. Le père et le fils travaillaient dans la fabrique d'armes du gouvernement. En 1696, le tsar Pierre 1^*^, passant par Toula pour aller de Moscou à Yoronèje, remarqua le forgeron Nikita pour son apparence de force et sa belle taille, et manifesta l'intention bien arrêtée de l'enrôler dans son. régiment de Préobrajensk. A ce moment, le vieux Démide était mort, et Nikita, une fois devenu soldat,' eût laissé sa mère sans ressources. Pierre ne se laissait guère attendrir par des considérations de cette nature, et tout ce que Nikita put obtenir du tsar, ce fut un délai d'un mois, au bout duquel il serait enrôlé s'il ne parvenait à fabriquer pendant ce temps trois cents hallebardes sur • un modèle étranger qui lui fut remis, et que les forgerons du pays déclaraient impossible à imiter. Les efforts de Nikita produisirent dans ce mois trois cents hallebardes d'une fabrication encore supérieure à celle du modèle qu'il était seulement tenu de reproduire. Nikita ne devint pas soldat, et la faveur du tsar lui fut acquise de ce moment. A son retour de Yoronèje, Pierre alla le voir chez lui, et lui

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dans FOiiral rexploilalion des mines de enivre et des mines d'argent. Le 21 septembre 1720, le gonvernement lui conféra le lilre de gentilhomme,, que Nikita ne voulut jamais porter. 11 mourut en 1725, laissant trois fils qui, l'année suivante, reçurent la noblesse; deux d'entre eux avaient hérité de la simplicité de leur père, et l'aîné seul fil usage des litres que le gouvernement leur avait accordés à tous trois.

Telle est l'origine de cette famille, pour laquelle la faveur du souverain a complété largement l'œuvre accomplie par l'intelligence et l'activité de son fondateur. « Les « droits concédés aux Demidoff par l'empereur Pierre étaient sans doute un hom- « mage rendu au travail ; mais en les leur accordant, on consacrait un autre principe, a savoir, que l'empereur est Va source d'où doivent découler les récomixînses des « ouvriers habiles et intelligents \ » Erreur économique fréquente dans les pays de gouvernement absolu, et dont les conséquences n'ont pas tardé à se manifester en Russie.

L'industrie du fer s'y trouve en effet dans une infériorité manifeste à l'égard de l'industrie étrangère. Malgré une exploitation déjà vieille de cent soixante ans, il y a encore presque tout à créer dans l'Oural. Les mines n'ont pas encore de bons chemins pour amener le minerai ou pour aller chercher le combustible. Le gaspillage des forêts a réduit des ressources que l'on croyait inépuisables. Enfin toutes les exploitations de l'Oural ont reposé jusqu'ici sur des privilèges tyranniques pesant lourdement sur les ouvriers. Quelles améliorations peut-on espérer dans des conditions semblables? L'art métallurgique dans l'Oural a été condamné dès le premier jour à végéter dans la routine, ou à ne recevoir qu'à la longue les perfectionnements réalisés ailleurs.

Quelques usines de Sibérie sont dans une position particulièrement défavorable : elles ne trouvent plus aujourd'hui de combustible qu'à 100 verstes de dislance. L'emploi du bouleau, autrefois négligé pour les usages métallurgiques, a pourtant sensiblement augmenté depuis une trentaine d'années les ressources forestières de l'Oural.

Jusqu'ici la main-d'œuvre, si el)e n'est pas très-productive, n'a pas été très-chère. Voici du reste comment, d'après Tegoborski *, s'établissait à Nijni-Taguilsk, à l'usine des Demidoff, le prix de revient du pond de fonte brute : il s'agit du groupe d'usines qui se trouvent placées dans les meilleures conditions d'exploitation, pour le minerai comme pour le combustible :

' Tylor, Rapport sur l'exposition universelle de Paris en i855 (anglais). " Forces productives f t. III, p. 192.

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