INDUSTRIE DU FER
progrès à réaliser en Russie esl le perl'eclioniiemeiit des voies de comniunicaliou ;. un chemin de fer entre les usines et la Tchoussovaïa ne serait peut-être pas difûcile à conslruire, et il rendrait d'immenses services*. Jusqu'à ce qu'on ait créé ce chemin de fer, les usines d'Alapaïef auront à expédier chaque année leurs produits pendant l'hiver sur des tranieaux à un cheval, portant chacun 600 à 650 kilogrammes au plus, environ le poids de trois rails. On juge quel nombre de chevaux doit occuper Texpédilion de la moindre fourniture. Celte lacune comblée, il y aurait encore à améliorer la navigation de la Tchoussovaïa, puis enfin à abréger la durée des voyages. On pressent, d'après ces délails, que le prix des fers fabriqués dans TOural, si petit qu'il soit à la sortie de l'usine, peut devenir énorme à Moscou ou à Pétersbourg.
Parmi les principaux produits des usines de Russie, on remarque en première ligne les feuilles de lôle destinées à couvrir les édifices du pays. Les fers des usines des»Jakovlcf, fort estimés pour leur ténacité, sont exportés jusqu'aux Etals-Unis, où ils servent à la fabrication de divers outils, notamment de harpons pour la pêche de la baleine. D'autres usines préparent un fer particulièrement propre à la fabrication de l'acier, et exporté de Russie en Angleterre. C'est aux environs d'Ekalerinebourg qu'on trouve les deux gisements d'oxyde de fer les plus renommés pour celle préparation. On altribue du reste en parlie la supériorité de l'acier qui a cette provenance aux quanlilés de charbon de bois qu'on emploie pour le traitement du minerai. On admet en général, que les mines d'Alapaïef, qui fournissent les meilleures tôles, ne donnent pas de fer propre à recevoir l'aciération, et qu'au contraire, on trouve ce fer particulier dans les mines plus voisines du faîle de FOui-al.
La produclion des usines russes se borne donc à des objets peu variés ; pour les usages communs, on ne trouve point d'avantage, dans les parties les plus industrielles de la Russie, à préférer le fer russe au fer étranger. Malgré un droit d'entrée qui varie, suivant les objets, de 50 kopeks à \ rouble le pond*, le fer anglais revient à Pélersbourg à un prix moindre que le fer russe. Le moindre prix du fer étranger existe encore, pour les objets qui payent un petit droit, à Moscou et à Nijni-Novgorod. Mais le prix n'est pas la seule considération à faire entrer en ligne de compte en faveur des produits étrangers. Le trajet de l'Oural à Pétersbourg dure deux étés, et les bateaux doivent perdre un hiver dans les glaces ; quelquefois môme le transport est encore plus long, et l'industriel de Pétersbourg, qui ne peut attendre indéfiniment ses commandes, est forcé de s'adresser à FAngle-
La construction de ce chemin de fer paraît aujourd'liui décid45o en principe.
^ De i2 à 24 centimes le kilogramme.
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de la ligne de Varsovie, et comme il ne comprenait pas certains frais, notamment les frais d'échafaudages, on voit que le tarif douanier de 1 rouble par pond, ou de 250 francs par tonne, aurait à peine suffi pour faire préférer Tindustrie nationale à l'industrie étrangère ^
Les progrès des voies de communication en Europe ont frappé de décadence plusieurs foires autrefois très-fréquentées, et l'on se demande si la foire de Nijni doit subir cette même loi, et si son avenir est déjà compromis. Il est permis du moins de penser qu'elle se maintiendra longtemps encore, à la faveur d'une position toute particulière, sur les confins de pays qui diffèrent du tout au tout des nôtres. Sans doute, l'ouverture des chemins de fer a déjà considérablement simpnfié l'accès de Nijni-Novgorod du côté de l'Europe, et, s'il s'agissait d'un grand centre de production, il n'en faudrait pas davantage pour ouvrir en tout temps un débouché facile aux produits et par suite pour supprimer la foire. Mais Nijni est seulement un entrepôt, à l'est duquel les communications doivent longtemps rester dans l'étal de simplicité naturelle; la foire se perpétuera par conséquent, les causes qui l'ont produite jusqu'ici devant se maintenir pendant une longue période. Ce n'est pas une création arbitraire et sur laquelle on puisse influer. L'époque annuelle de la foire est fixée d'une manière à peu près nécessaire. De l'Oural et de la Pcùse à Nijni, les transports s'effectuent seulement par eau. Il faut donc attendre la débâcle des fleuves et la fin des grandes crues pour commencer les expéditions; la durée des transports retarde ensuite le moment de l'ouverture. La date du 1/13 août, jour où la foire s'ouvre, n'est devancée que par un petit nombre de marchands. La durée Jégale de la foire est d'un mois ; mais elle se prolonge toujours jusqu'au milieu de septembre. En partant à cette époque, les marchands ont le temps de regagner leur pays, ou d'atteindre un nouvel entrepôt, avant le retour de la gelée et l'interruption des transports par rivière. Au mois d'octobre ou de novembre, les Sibériens et les Boukharcs se retrouvent à la foire d'Irbit, à l'est de l'Oural. Là, se fait un nouvel échange qui, pour plusieurs sortes de marchandises, va se répéter encore au fond de la Sibérie sur la frontière de Chine; la distance de Moscou à Pékin est ainsi fractionnée par des étapes principales dont la première est Nijni-Novgorod. Aussi est-il bien probable que la foire de Nijni
* Supposons que le droit d'entrée des fers ait été plus élevé, et que la Grande Société ait commandé aux usines russes tous ses ponts métalliques: que serait-il résulté de cette prétendue protection du travail national? — Que toute l'industrie du pays aurait eu à subir les conséquences du renchérissement des fers.
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ne périra point, puisqu'elle résulte en grande partie d'une cause toute asiatique, et qu'on ne peut présumer de notables modifications à l'état social et au régime économique des contrées lointaines qui l'ont alimentée jusqu'ici.
Nous n'essayerons pas de donner une description plus complète de la foire de Nijni- Novgorod. Il nous suffira d'en avoir indiqué les principaux caraclères et d'avoir signalé, dans un ouvrage dont la Russie est Fobjet, Fun des points les plus curieux de Tempire. Les chemins de fer russes nous y ont conduit : Nijni-Novgorod est jusqu'à présent l'extrémité la plus orientale du réseau européen *, et nous nous arrêtons à cette limite.
* SaratofT remplacera Nijni-Novgorod à cet égard lorsque le chemin de fer de Saratoff sera terminé (long. E. de Nijni, 42« — de Saratoff, U^).