DE L'ÉMANCIPATION
Les exemples nombreux de la généreuse sollicitude des propriétaires pour le bien-être des paysans et de la reconnaissance de ceux-ci pour la sollicitude bienfaisante de leurs seigneurs, Nous donnent Fespoir qu'une entente mutuelle réglera la plupart des complicalions parfois inévitables dans Tapplication partielle de règles générales aux diverses conditions dans lesquelles se trouvent des propriétés isolées ; que de cette manière'sera facilitée la transUion deTancien ordre de choses au nouveau, et que l'avenir affermira délinitivement la con6ance mutuelle, la bonne entente et Timpulsion unanime vers l'utilité publique.
' « Pour mettre d'autant plus facilement à exécution les transactions de gré à gré entre le propriétaire et les paysans, en vertu desquelles ces derniers pourront acquérir en toute propriété leurs enclos et le terrain dont ils ont la jouissance, des secours seront accordés par le gouvernement, d'après un Pièglement spécial, moyennant des prêts on bien un transfert des dettes qui grèvent les propriétés.
« Nous Nous reposons ainsi avec confiance sur le sens droit de la nation.
« Quand la première nouvelle de la grande réforme méditée par le gouvernement ^int à se répandre parmi les populations de la campagne qui y étaient peu préparées, cette nouvelle a pu, dans certains cas, donner lieu à des malentendus parmi quelques individus plus préoccupés de la liberté que soucieux des devoirs qu'elle impose. Mais, en général, le bon sens du pays n'a pas failli. Il n'a méconnu ni les inspirations delà raison naturelle, qui dit que tout homme qui accepte librement les bienfaits de la société lui doit, en retour, l'accomplissement de certaines obligations positives, ni les enseignements de la loi chrétienne, qui enjoint à tmii le monde d'être soumis aux Puissances supérieures (saint i*aul aux Romains, XIll, I) et rf^ rendre à chacun ce qui lui est dû, et surtout, à qui il appartient, le tribut, les impôts, la crainte et l'honneur. (Ibid., 1.) Il a compris que les propriétaires ne sauraient être privés de droits légalement acquis que moyennant une indemnité suffisante et convenable, ou i)ar suite d'une concession volontaire de leur |iart; qu'il serait contraire à toute équité d'accepter en jouissance des terres concédées par les propriétaires, sans accepter aussi envers eux des charges équivalentes.
« Et maintenantNous espérons avec confianceque les serfs libérés, en présence du nouvel avenir qui s'ouvre devant eux, sauront apprécier et reconnaître les sacrifices considérables que la noblesse s'est imposés en leur faveur. « Ils sauront comprendre que le bieufait d'une existence appuyée sur uise base de propriété mieux garantie, ainsi que d'une liberté plus grande dans la gestion de leurs biens, leur impose, avec de nouveaux devoirs envers la société et envers eux-mêmes, l'obligation de justifier les intentions tutélaires de la loi par un usage judicieux et et loyal des droits qui viennent de leur être accordés. Car si les hommes ne travaillent pas eux-mêmes à assurer leur propre bien-être sous la protection des lois, la meilleure de ces lois ne saurait le leur garantir. Ce n'est que par un travail assidu, un emploi rationnel de leurs forces et de leuis ressources, une économie sévère, et surtout par une vie honnête et constamment inspirée de la ci-ointe de Dieu, qu'on parvient au bien-être et qu'on en assure le développement.
« Les autorités chargées du soin de préparer par des mesures préliminaires la mise en œuvre de l'organisation nouvelle et de présider à son inauguration auront à veiller à ce que cette œuvre s'accompli^^e avec calme et régularité, en tenant compte des exigences des saisons, afin que la sollicitude du cultivateur ne soit pas distraite de ses travaux agricoles. Qu'il s'applique avec zèle à ses travaux, afin de pouvoir tirer d'un grenier abondant la semence qu'il doit confier à la terre qui lui sera concédée en jouissance permanente ou à celle qu'il aura su acquérir en toute propriété.
« Et maintenant, peuple pieux et fidèle, fais sur ton front le signé sacré de la croix, et joins tes prières aux Nôtres pour appeler la béné<liction du Très-Haut sur ton premier travail libre, gage assuré de ton bien-être personnel ainsi que de la prospérité publique.
« Donné à Saint-Pétersbourg, le dix-neuvième jour de février de l'an de grâce mil huit cent soixante et un et
de Notre règne le septième.
« Signé : ALEXANDRE. »
Les journaux russes ont publié en même temps que le Manifeste le Communiqué suivant :
« Le 19 février dernier, S. M. l'Empereur a daigné signer le Manifeste impérial qui confère aux paysans des terres seigneuriales les droits de cultivateurs libres et sanctionne les règlements et dispositions relatifs à cette question. Ces documents déterminent l'ordre dans lequel ces paysans doivent acquérir progressivement les droits qui leur sont octroyés, et définissent leurs rapports envers les seigneurs en tant que propriétaires des terres sur lesquelles ils sont établis.
i II a plu à S. M. Impériale d'ordonner que le Manifeste et les Règlements sanctionnés le 19 février fussent
promulguas dans Tordre accoutumé, et qu'ils fussent de plus envoyés aux propriétaires de biens seigneuriaux ainsi qu à toutes les communes rurales établies sur leurs terres.
« Par suite de l'étendue de ces Règlements et du nombre énorme d'exemplaires nécessaires pour cette distribution, rimpression en exigera probablement plusieurs semaines, nonobstant toutes les mesures prises ])our l'accélérer.
« En attendant, S. M. l'Empereur désirant que son Manifeste impérial, qui accorde aux paysans attachés à la glèbe les droits de cultivateurs libres, soit prté aussi promptement que pos ible à la connaissance de la nation, a daigné ordonner de le promulguer d'abord à Saint-Pétersbourg et à Moscou le dimanche 5 mars.
tt Cette promulgation a eu lieu hier. Dans toutes les églises de la capitale il a été donné lecture du Manifeste au peuple, à Tissue du service divin. Cette lecture a été suivie dans toutes les églises d'actions de grâces solennelles et de prières pour la conservation de la santé et la prolongation des jours de S. M. l'Empereur Alexandre Nicolaïévitch. Des exemplaires du Manifeste ont été envoyés dans toutes les maisons. De plus, des exemplaires du Règlement spécial sur les gens de la domesticité ont été distribués à ceux-ci par la police, afin de les mettre à même de se familiariser avec tous les détails de la mesure d'après laquelle ils sont tenus de demeurer encore deux ans dans la dépendance de leurs seigneurs.
« Voulant également que le manifeste soit aussi promptement que possible connu a l'intérieur, et ayant expédié, dans les gouvernements où il existe des paysans attachés à la glèbe, plusieurs généraux de sa suite et de ses aides de camp pour assister les gouverneurs dans la mise en vigueur des nouveaux Règlements, Sa Majesté a dai^mé ordonner de charger ces envoyés de porter aux chefs des gouvernements des exemplaires du Manifeste, afin que ces derniers fassent les dispositions nécessaires \)Out sa promulgation.
« Ensuite les Règlements sur les paysans affranchis de la glèbe, sanctionnés par S. M. l'Empereur le 19 février 1861, seront expédiés par des exprès à tous les chefs des gouvernements, dans le plus bref délai possible, pour être envoyés à tous les propriétaires de biens seigneuriaux et à toutes les communes de paysans étabhs sur leurs teiTes.
En même temps, par ordre de S. M. l'Empereur, des exemplaires sont mis en vente à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Cette vente a commencé aujourd'hui 6 mars, à neuf heures du matin, dans tous les niagasins de librairie et aux commissariats de police de tous les quartiers {Ichasly) de la capitale. Le prix d'un exemplaire complet est d'un rouble. Afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de prendre connaissance des Règlements et dispositions, il est défendu, pendant les premiei-s jours, d'en vendre plus d'un exemplaire à chaque acheteur. Plus tard, lorsqu'il en aura été imprimé davantage, il sera loisible à chacun d'acheter à la fois le nombre d'exemplaires qu'il voudra. »
Sur la tendance latérale des fleuves.
La tendance latérale due au mouvement de rotation de la terre est commune à tous les corps qui se meuvent â la surface du globe avec une vitesse un peu considérable. Pour les cours d'eau, cette tendance est équilibrée par la résistance de l'une des rives, et lorsque le fleuve a un grand volume, lorsque le terrain dans lequel il coule a une faible cohésion, la rive peut être corrodée.
Ces conditions se trouvent satisfaites pour certains fleuves de la Russie, particulièrement pour le Volga. Les crues annuelles en font une mer de plusieurs verstes de largeur, et les terrains généralement sablonneux qu'il parcourt dans la plus grande partie de son développement n*onl pas une solidité qui les mette à l'abri de la corrosion.
Nous avons déjà observé que la plupart des fleuves de la Russie ont une rive escarpée, et une rive basse. La rive escarpée, attaquée par les eaux, recule d'année en année devant lé fleuve qui la repousse. Cet effet est surtout
très-sensible sur les grands fleures qui se jettent dans la mer Caspienne, l'Oural et le Volga, qui tous deux exercent sur leurs rivages, de Test à l'ouest, une action lente comparable à celle d'un rabot qui dresserait progressivement la surface d'un^ madrier.
Il résulte de là que les villes bâties sur les rives du Volga sont généralement placées sur la rive droite, qui est la rive corrodée ; car la rive opposée étant basse, est envahie au loin chaque année par les crues. On trouve cependant quelques villes sur la rive gauche du Volga, mais la présence de ces villes suffît pour indiquer aux alentours un accident topographique particulier qui motive Texception à la règle générale.
Nous avions essayé, dans le § III du chapitre III de notre première édition, d'évaluer numériquement l'action corrosive d'un cours d'eau, due à la rotation de la terre. Depuis, nous avons reconnu que ce problème est beaucoup plus compliqué qu'on ne Tadmçt communément, et nous avons supprimé ce paragraphe, qui exigerait de trop longs développements analytiques. Pour la description des phénomènes observés en Russie, nous renvoyons à un article de la Reloue des Deux Mondes, année 186i , la Méditerranée Caspienne, de M. Elisée Reclus.
Sur la durée du jour.
Si l'on appelle :
T, la durée du jour, exprimée en heures, à une certaine époque de l'année et en un certain lieu de la terre ; D, la déclinaison du soleil, à cette époque de l'année, positive, si elle est boréale, négative si elle est australe ; >, la latitude du lieu ;
Et ç> Pangle que forme après son coucher le soleil avec le plan de l'horizon du lieu, au moment où ses rayons réfractés cessent d'atteindre ce lieu; On aura entre ces quantités la relation :
Le premier terme du second membre correspond à la durée du jour astronomique ; le second terme, à l'augmentation due à la réfraction.
On admet, en général, que ^= iS^. En appliquant la formule à cette hypothèse, et en faisant > = 60**, latitude de Pétersbourg, on trouve successivement :
E5 TSXAXT COMPTE