TRACÉS, RENSEIGNEMENTS DIVERS
g I". — LIGNE DE SAINT-PÉTERSBOURG A VARSOVIE.
Les premières éludes pour la construction de la ligne de Saint-Pétersbourg à Varsovie remontent à Tannée 4852; elles furent entreprises par l'Administration des voies de communication, qui attaqua également les travaux vers celte époque. Le projet du gouvernement devint en 1857 obligatoire pour la Société concessionnaire, sauf les modificatians qui pourraient être ultérieurement autorisées par le gouvernement j sur la proposition de la Compagnie (Acte de concession, I, l""). Les travaux exécutés par la Couronne furent repris par la Société moyennant un forfait de dix-huit millions de roubles argent, qui restèrent à l'étal de créance de la Couronne sur la Société.
I^ Compagnie, usant du droit qui venait de lui être concédé, étudia de nouveaux tracés, dès Tannée 4857, en tous les points où les travaux légués par Tan*
2 LIGNE DE SAiNT-PÉTERSBOURG
cienne adminislralion ne faisaient pas prélérer la conservation de l'ancien projet ; à part le passage de la Vélikaia, à Ostroff, où les culées du pont étaient presque terminées, et le passage de la Dvina occidentale à Dunabourg, où le tracé était soumis à des sujétions militaires, le tracé de la ligne de Varsovie a été entièrement modilié entre Pskoff et Byalistock, sur une longueur de 630 verstes. La ligne entière ainsi remaniée a une longueur de 1048 verstes (1118 kilomètres).
De Pétersbourg à Varsovie, de la Neva à la Vistule, la ligne de Varsovie coui)e divers cours d'eau tous tributaires de la mer Baltique, J/étude de ces cours d'eau va nous révéler les principaux traits de cette vaste étendue de terrain,
La mer Baltique, dans cet intervalle, offre à vrai dire trois vallées particulières : le golfe de Finlande, le golfe de Riga, enfin la mer Baltique proprement dite. Parmi les cours d'eau que la ligne de Varsovie traverse, il y en a trois principaux qui correspondent chacun ix ces grandes dépressions du sol.
Le premier, en partant du nord, est la Vélikaia ou (pwide rivière^ qui par le lac de Pskoff, s'écoule dans la Narva, et de là dans le golfe de Finlande. Le cours d'eau suivant est la Dvina occidentale, tributaire du golfe de Riga ; le troisième est le Niémen, qui va se jeter dans la Baltique, ou plutôt dans le Curhche-Uaff; on appelle ainsi un vaste bassin triangulaire de 90 kilomètres de hauteur sur 20 de largeur moyenne, séparé par une llèclie peu épaisse de la mer, avec laquelle il communique, à Memel, par un goulet resserré. Cette singulière conliguration de la côte se répète en plusieurs iK)ints de la mer Baltique ; le port de Kœnigsberg, sur la rivière Pregel, est de même au fond du Frische-Haff^ (jui n'a d'issue vers la mer que par le goulet de Pillau, sauf l'issue indirecte que lui dmme la communication avec la Vistule*. L'embouchure de l'Oder, au-dessous du port de Stettin, présente une configuration analogue. Mais ici, la flèche qui sépare le Ilaff de la mer n'est pas rattachée au continent, et elle est percée au milieu de sa longueur par une ouverture au bord de laquelle est bâti le petit port de Swinenuinde.
La ligne de Varsovie passe du bassin de la Neva dans le bassin de la Vélikaia, tributaire du golfe de Finlande; de celui-ci dans le bassin de la Dvina, tiibulaire du golfe de Riga ; puis, dans le bassin du Niémen, tributaire du Curische-llalf ; enfin, dans le bassin de la Vistule, tributaire du Frische llaff et de la Baltique ; elle a donc à franchir quatre faîtes princij)aux.
* Celte dernière grande rivière, que nous trouvons à Vai-sovie, se partage en deux bras dans sa partie basse : Tun, le bras de Marienbourg, appelé le Nogarlb , se rend dans le Frische-Halï ; Tautre, celui de Dirscbau, le plus grand des deux, se subdivise plus bas en deux cours d'eau, dont l'un rejoint encore le Frisclic-IIaff, et l'autre, subdivise de nouveau, se rend à la mer par une double emboucbure.
Elle renconlrc, en outre, des faîtes secondaires; la vallée de h Louga, par exemple, tributaire de la Narva, se présente à moitié chemin à i)eu près de la Neva à la Vélikaia. Entre la Dvina et le Niémen, on coupe la vallée de la Vilia, affluent du Niémen. Enfin, avant d'arriver à Varsovie, la ligne traverse la vallée du Boug, affluent volumineux de la Vistule, après avoir franchi la vallée du Narew, affluent du Boug.
Pour l'étude de détail du tracé, nous décomposerons la ligne en quatre tronçons, terminés aux lignes de faîtes principales.
Le premier s'étend de Pélcrsbourg au faîte qui sépare les vei*sanls tributaires du golfe de Finlande de ceux qui envoient leurs eaux dans le golfe de Riga. Ce point est située à 400 verstes de Pétersboui^, entre Korsovka et Réjitza. Le premier tronçon rencontre donc la Louga et la Vélikaia.
Le second part de ce point, traverse la vallée de la Dvina, puis se termine vers la verste 556, dans un pays à peu près indifférent, occupé par des lacs et des marais, au delà duquel le tracé entre dans la vallée de la Jeimiana, tributaire de la Vilia et du Niémen. Longueur, 436 verstes.
Le troisième appartient tout entier au bassin du Niémen; il coupe la Vilia, la Vileika, la Meretchenka, l'Ula, et s'étend jusqu'au faîte qui sépare les affluents du Niémen de ceux de la Vistule (verste 843). Longueur, 307 verstes.
Le quatrième comprend le versant de rive droite de la Vistule, jusqu'à Varsovie; il a une longueur de 205 verstes.
PREMIER TRONÇON* Baiiiii do golfe de Fiiilaiide
(400 TERSTES)
Pélersbourg est situé dans une plaine appartenant au terrain dévonien, qui s'abaisse en pente douce du sud au nord jusqu'à la rive gauche de la Neva. Au midi, cette plaine se termine par l'escarpement du terrain silurien sur le terrain dévonien. C'est sur l'un des contre-forts de cet escarpement qu'est bâti l'observatoire de Poulkova. Le chemin de fer, en quittant les bords du canal d'enceinte
» Planches II, III, I^^ V, et VI.
de Pélersbourg, s'élève par une rampe à peu près coulinue el dépasse ainsi la station de Tsarskoé-Célo ; parti à la cole 2"%55, on le retrouve (versle 28) à la cote 45,52, hauteur où il se maintient en moyenne jusqu'à la verste 85. Il franchit dans cet intei'valle un des faîtes s(!fcondaires, puis il redescend dans la vallée de la Louga, qu'il franchit (verste 116), à la cote 22,488 \
De là à la verste 170, il remonte à la cote 45, pour redescendre ensuite à la cote 26,676, et couper la Ploussa, affluent de la Louga,
Il remonte à Novocélié, cote 74,118, versle 213, el redescend par un versant tributaire du lac de Pskoff. Près de cette ville, verste 256, il est revenu à la cole 22,630. A })artir de ce point, il s'élève graduellement sur le versant droit de la Vélikaia, qu'il franchit à Ostroff, à la cote 28,336.
D'Ostroff à la limite du premier tronçon, il suit la vallée d'un affluent de la Vélikaia , l'Oulroya, qu'il coui)e trois fois dans l'espace de 60 verstes. Enfin, à la verste 400, le tracé remonte à la œte 72,785, et atteint la[ limite extrême du bassin du golfe de Finlande.
En plan, ces 400 premières verstes doivent être décomposées en deux parties ; sur les 256 premières, où le tracé de la Couronne n'a pas été modifié, on voit prédominer les alignements droits ; deux courbes se dessinent seules : la première a pour objet de mettre la résidence impériale de Tsarskoé-Célo en communication avec le chemin de fer; l'autre forme un demi-cercle presque complet pour rapprocher la gare de la ville de Pskoff. De la verste 45 à la verste 250, on peut dire que la ligne est en plan un alignement droit peu rigoureux. Tous les accidents de tenain, dans ce système de tracé, accentuent vigoureusement le profil en long.
De la verste 256 à la verste 400, le tracé est le résultat des études de la Grande Société, et l'on reconnaît sur-le-champ qu'une discussion plus rationnelle des formes du terrain a dirigé les ingénieurs; la ligne suit les versants des vallées au lieu do les rencontrer toutes transversalement . Les courbes sont cei)endant peu prononcées, mais les terrassement sont moindres et le profil du chemin de fer est loin d'être aussi tourmenté.
' Le pont sur la Louga est un fort beau pont mélallique h treillis double, avec voie en haut des fermes ; il a deux travées. C*cst l'œuvre du général Kerbedz. On trouvera une notice sur J ce i)OMt dans le Journal de la Direction générale des voies de communication, année 4860, 6^^ livraison, article Ao M. Rerberg.
IV TRONÇON' BaiiiB da golfe de Riga
(136 VERSTES
Nous faisons commencer le second tronçon à la verste 400, à partir de Pélersbourg, et nous le faisons aboutir à la versle 536 ; dans l'intervalle, il coupe la Dvina, à la verste 499, à la cote 46,477. Ainsi 99 verstes appartiennent au versant de rive droite, et les 37 verstes restantes au versant de rive gauche.
La cote du point culminant du tracé, dans cette région, n'est pas la cote du point de partage entre les bassins de la Vélikaia et de la Dvina ; elle appartient à un faîte secondaire.
Après avoir coupé la Réjitza près de la verste 416, et la Malta, à la versle 434, le tracé remonte (verste 448)à la cote 85,241 • De là à la Dvina , il redescend par une pente générale, franchissant (verste 454) le lac Zolva, et (verste 476) la rivière Dubna : tout ce versant, de la verste 400 à la Dvina, est parsemé de lacs et de marécages. A la verste 496, la ligne passe près de la ville de Dunabourg, puis gagne la Dvina, qu'elle traverse dans Tenceinte même de la forteresse assise sur ses deux rives'. Le pont a trois travées indé[)endantes de 275 pieds anglais chacune (83",82).
Sur la rive gauche de la Dvina, le chemin de fer coupe la plaine submersible du fleuve jusqu'au delà de la verste 502. Sur la rive droite comme sur la rive gauche, le terrain naturel est fort au-dessous des crues de la Dvina ; mais la ville de Dunabourg, est défendue, en amont, par un contre-fort naturel, et, le long du fleuve, par une levée insubmersible que suit la chaussée de Pétersbourg à Varsovie. Toutes les eaux de la Dvina , quand elle est en crue , sont donc rejetées sur la rive gauche, jusqu'au pied des hauteurs de Kalkuhnen. La chaussée de Vareovie, qui va directement de Dunabourg à Kovno, coui)e aussi ce champ d'inondation. Le
*Y. Planches VI, MI, et Vni.
* C'est, dit-on, rexistence de celle forteresse, qui a décidé le gouvernement russe à préférer la ligne dePélershourg à Varsovie à celle de Moscou à Varsovie.
Si la Compagnie avait eu toute liberté pour le passage de h Dvina, le pont eut été reporté en amont de l'emplacement qu'il occupe; au lieu de se jeter dans les terrains marécageux oii s'élèvent les ou>Tages militaires, le tracé eût suivi le flanc du contre-fort qui domine Dunabourg, et eût pris sur la rive même de la Dvina, la direction de Vilna qu'il regagne sur la rive gauche a l'aide d'une courbe. Le volume des terrassements eût été énormément réduit.
chemin de fer se développe le long de la chaussée à la sortie du pont , puis une courbe l'en écarte pour lui donner la direction de Vilna.
Le reste du second tronçon offre peu de contre-pentes. En plan, le tracé serpente entre des lacs et des marais, à peu près comme sur le versant de rive droite. Il atteint le faîte séparatif du Niémen, à la verste 536 et à la cote 81,62.
Le massif qui sépare la Dvina du Niémen, et qui appartient en majeure partie aux anciennes provinces lithuaniennes, est une des régions les plus tourmentées de la Russie. On peut juger des accidents du terrain en suivant la route qui mène de Dunabourg à Kovno : elle offre, surtout entre Kovno et la Vilia, des déclivités extrêmement roides. Le terrain est un peu moins difficile de Dunabourgà Yilna; une vallée, celle de la Jeimiana, s'ouvre dans cette direction*.
IIP TRONÇON»
Baiiiii do Niémeii
(307 TERSTES)
De la verste 536 à la verste 580, le tracé appartient encore au faîte indiflerent, signalé par des lacs et des marais, dont nous l'avons vu tout à l'heure gravir l'autre versant.
Il entre, à la verste 580, dans la vallée de la Jeimiana, qui prend sa source dans un de ces lacs. Il suit la rive droite de ce cours d'eau, en coupant tous ses affluents, jusqu'au point (verste 620) où la Jeimiana se jette dans la Vilia ; le tracé sur les rives de la Vilia est redescendu à la cote 55,75.
La Vilia prend sa source dans les plateaux marécageux de Minsk, non loin des sources des affluents du Dniepr. Au point où elle reçoit la Jeimiana, elle se détourne à angle droit pour prolonger en ligne droite la vallée de son affluent, puis fait plu-
^ Ou a un moment licsité cnlrc le tracé par Vilna, Grodno, Byalistock, et le tracé plus direct de Dunabourg à Kovno, et de Kotuo à Varsovie, en suivant la chaussée qui joint Varsovie à Pélersbourg. Ce tracé aurait eu l'inconvénient de négliger Timportante ville de Vilna, et d'exiger de plus grands travaux pour la traversée de la Lithuanie. Mais il eût été préférable à l'autre, à cause des populations groupées sur le parcours du chemin ; car on trouve dans cette direction les villes de Vilkomir, de Kovno, de Mariampol, de Calvarya, de Suwalki, de Lomza, dePultusk, tandis qu'à part Vilna et Grodno, la ligne exécutée traverse des régions où la population a une très-faible densité.
« Planches VIII, IX, X, XI et XII.
sieurs détours avanl d'arriver à Vilna, où elle reçoit un autre affluent, la Yileika ; grossie de ces deux affluents, elle se dirige vers Kovno, où elle tombe dans le Niémen.
Le chemin de fer, après avoir suivi sur 9 verstes environ la rive gauche de la Vilia, la laisse courir à droite et franchit le faîte très-déprimé qui la sépare de la Yileika; il coupe cette dernière rivière à la cote 61 ,21 , verste 650; à la versle 656, il atteint la ville de Vilna.
Sur les 17 verstes qui séparent la station de Vilna du point auquel Tembranchement de la frontière de Prusse se détache de la ligne de Saint-Pétersbourg à Varsovie, les versants de la Vilia sont profondément ravinés; le tracé perce, par un tunnel * de 200 sagènes (verste 665), un contre-fort qui sépare la vallée de la Vilia de celle de la Vacca, l'un de ses afduents. La ligne suit d'abord le versant de ce cours d'eau, puis elle le franchit (verste 669) et remonte au point où se bifurquent la ligne principale et l'embranchement, à 674 verstes de Pétersbourg (cole 76,32). La rampe se prolonge encore sur une verste, et atteint la cole 78,12. A partir de là le tracé redescend par une pente générale jusqu'au Niémen, en traversant un leriain très-raviné. Il fmnchit plusieurs petits affluents d'une rivière, la Méretchanka, qu'il coupe à la verste 716. Cette rivière se jette dans le Niémen en suivant une direction parallèle au tracé. Son affluent le plus volumineux, l'Cla, est rencontré par le tracé à la verste 746.
Au delà, le terrain, moins tourmenté, ne présente plus d'autres obstacles que quelques ruisseaux, des lacs généralement étroits, et des marécages. Le chemin de fer traverse notamment, entre les verstes 777 et 782, le giand marais de Ribnilsa. «Enfin, il atteint Grodno, coupe par une profonde tranchée le contre-fort sur lequel s'étend la ville, et aboutit au Niémen, à 270 verstes de l'origine du troisième tronçon.
11 traverse le Niémen à la cote 57,74, sur un pont Irès-élevé, de trois travées, présentant un débouché total de 85 sagènes (181 mètres).
55 verstes au delà, le faîte qui limite à gauche le bassin du Niémen est fi-anchi ; la ligne est parallèle, dans cette dernière partie, à un petit affluent du Niémen, la Lossosna, et le troisième tronçon se termine à la cote 78,52, à 845 verstes de Pétersbourg.
* Tunnel de Ponari.