LES CANAUX. A
l'empire russe*, le lac Blanc, qui verse ses eaux dans la Cheksna, l'affluent du Volga dont nous avons cité le nom.
On reconnaît ainsi trois solutions possibles du problème de la communication du Volga à la Neva. Toutes trois sont réalisées et constituent les trois systèmes de imviyatioîi.
Premier système ou système de Vichnei-Yolotchok . — 11 comprend la Neva, le canal Ladoga, le Volchoff, le canal Sivers, la Msta,le canal Mstino, le canal à point de partage de Vichnei-Volotchok, la Tvertsa et le Volga.
De Pétersbourg à Nijni-Novgorod ce système présente une longueur de 1,309 verstes, dont 1,192 en rivière et 117 en canal.
Le canal de Vichnei-Volotchok, point de partage de cette ligne navigable, comprend (Ml réalité deux canaux, celui de la Tsna, construit de 1719 à 1722, i-econsli'uit depuis à plusieurs reprises, et achevé seulement en 1854, et celui de la Tvertsa, commencé en 1702, retouché en 1722, et terminé seulement de nos jours. A ce. canal appartiennent les premiers travaux exécutés en Russie dans l'intérêt de la navigation. Un particulier, Michel Serdoukoff, imagina de créer des retenues dans les rivières de Tsna et de Schlissa, pour leur assurer en temps utile une alimentation suffisante (1712- 1719); c'est lui qui construisit le canal de la Tsna, et en récom|)ense de ses services il obtint du gouvernement la concession d'un péage sur les bateaux qui adopteraient
^ Rurick et ses deux frères, reconnus souverains du peuple russe, s'établirent primitivement au bord de trois lacs, à Isborsk sur le lac de Pskoff, à Novgorod sur le lac Umen, et à Belocelo sur le lac Blanc. Les chroniques russes prétendent que le 'varègue Rurick, d*abord battu par les ancêtres des Russes, fut ensuite rappelé par ses vainqueurs qui en firent leur Grand-Prince. 11 est plus probable que les Scandinaves de Rurick ont pris pied petit à petit sur les terres du peuple russe, et n*ont pas réussi immédiatement ù imposer leur domination sans rencontrer de résistance. Le choix des résidences des trois premiers Grands-Ducs sur les limites des régions occupées par le peuple que Rurick allait gouverner , semble prouver que les envahisseurs ne jouissaient pas encore à ce moment d*une |K)ssession solidement établie, et tenaient à se ménager des moyens de retraite. Plus tard ils prirent Kief pour capitale. I^ fondation de IVmpire russe en 862 serait ainsi une véritable conquête ; et ce qui ajoute à la probabilité de celte hypothèse, c'est que ce grand événement est contemporain des invasions normandes dans Toccident de TEurope, signe certain de l'agitation qui dut régner alors dans les pays Scandinaves, et qui sans doute a jeté sur la Russie comme sur l'empire des descendants de Charlemagne une armée de conquérants.
Une théorie historique récente présente Rurick et les Varègues comme des lithuaniens et non des Scandinaves. La nationalité du fondateur de Tempire a été Tobjet, à Pétersbourg, en 1860, d'une discussion publique qui n'a pas eu de résultats. L'opinion ancienne qui fait de Rurick un Scandinave, parait plus admissible que l'opinion contraire. Celle-ci est peut-être inspirée par un sentiment de vanité patriotique, certains Russes aimant mieux avoir été conquis par des Lithuaniens, leurs parents éloignés, que par des Scandinaves, qui ne sont pas leurs parents du tout. Une tentative analogue a eu lieu au dix-septième siècle pour l'histoire de France : des historiens, Chantereaii-Lefèvre, Lacarri, reprenant une idée émise au siècle précédent par Jean Rodin, ont prétendu démontrer que les Francs étaient des Gaulois.
Quant à la parenté des Russes et des Lithuaniens, il est certain que ceux-ci forment avec les populations primitives des bords de la Daltique, Lettes, Rorussiens ou Prussiens, Pommérans, Vendes, une branche de la famille Slave. Deux dialectes principaux de leur langue, lelette et le semi-gall subsistent encore sur le territoire russe et s'étendent un peu au delà jusqu'aux environs de Hemel. Plus loin, l'allemand a remplacé complètement la langue indigène.
42 ÏES TROIS SYSTÈMES
celle voie : seshériliers en jouirent jusqu'en 1775, époque à laquelle le privilège concédé à Serdoukoff fut racheté par le gouvernement.
Le canal Sivers contourne le lac Ilinen entre le Volchoff et la Msla : il a une lonîîueur de 9 versles et a été construit de 1797 à 1804.
Les lacs des systèmes navigables sont ainsi doublés généralement d'un canal latéral qui reçoit la presque totalité de la navigation. I^ difficulté du lialage dans les lacs, où une profondeur suffisîinte ne se trouve qu'à une assez grande distance de la rive, et aussi la fréquence et l'intensité des temj)étes démontrent l'utilité de cette addition.
Le plus grand canal de ce genre est le canal ({ui, contournant le lac I^doga, réunit la Neva au Volchoff. 11 a 104 verstesde longueur. Les travaux, commencés en 1719, ont permis de le mettre enfictivité vers 1730. Mais il restait alors- de nombreux parachèvements à y exécuter, et nous voyons notamment que, sous le règne de Nicolas V\ des écluses à sas, les unes en briques, les autres en granit, ont été construites aux extrémités du canal parle général Bazaine.
Le système de navigation de Viclmei-Volotchok, premier en date, est aussi le premier en importance. 11 présente de notables imperfections : entre autres l'insuffisance du tirant d'eau dans le bief de partage, et l'existence de cataractes dans la Msta, à Borovitch. Ce dernier obstacle n'em'^u'che pas les bateaux de suivre le premier système dans le sens qui va du Volga à la Neva, mais il s'oppose d'une manière absolue au mouvement en sens inverse, (lomme les systèmes de navigation ont principalement pour but l'approvisionnement de Pétersbourg, cette grave imperfection n'est pas un inconvénient radical, et le système de Vichnei-Volotchok n'est pas abandonné *.
Le canal Ladoga, qui sert de tète commune aux trois systèmes, était encore, malgré les améliorations qui y ont été apportées sous le dernier règne, d'une viabilité assez défectueuse pour qu'on ait trouvé utile de commencer un second canal latéral au premier, d'une section plus grande et sans écluse. Le projet est depuis quelques années en cours d'exécution.
Second systèmkou système de Tichime. — 11 comprend la Neva, leciinal Ladoga, le canal du Siass, le Siass, la Tichvinka, le lac Kroupino, le ciinal de Tichvine, la Voltchina, le lac Ssomino, la rivière Ssoniina, le lac Vojène, les rivières Goroane, Tschagadocha , Mologa, enfin le Volga.
* Parmi les perfectionnements de détails introduits dans la navigation des rivières, on doit citer particulièrement les zaplify quais flottants en charpente, qui montent et descendent avec le plan d*eau, guidés dans ses mouvements par des pieux battus en rivière. Ils ont pour objet de diriger les bateaux vers les passes les plus commodes. L'invention en est due au colonel Kornitski. Elle a été appliquée pour la première fois dans les coudes brusques de la Hsta.
DE XAVIGATION. 45
De Pélersbouig à Nijni-Novgorod, il a une longueur de 847 vei^sles, dont 120 canalisées.
Le canal deTichvine, qui occupe le point de partage, a été, dès 1710, Fobjet d'études dirigées par un Anglais nommé PeriT. Ce premier projet resta sans suite, comme un autre projet présenté en 1753. Les travaux réels ne commçncèrent qu'en 1802, et durèrent jusqu'en 1811 . Le canal a 6 veilles de longueur ; il n'a jamais été navigable en entier. On a dû y introduire après coup des barrages à |)outrelles, par suite de l'insuffisance du nombre des écluses, résultat d'une erreur de nivellement. Malgré le remplacement de ces pertuis par des sas .en charpente, le canal de Tichvine demanderait encore de nombreuses améliorations, et le système dont il fait partie, quoiqu'il ait une moindre longueur que chacun des deux autres, est le moins fréquenté des
trois.
Troisième systkmk ou système Mane. — C'est le plus moderne et en même temps le plus perfectionné des trois systèmes. 11 comprend la Neva, le canal Ladoga, le canal du Siass, le canal du Svire, le Svire, le canal Onega, la Vitegra, le canal Marie, la Rovja, le canal du lacBlanc,el la Cheksna qui se rend dans le Volga. Sur 1,054 verstes <lc longueur entre Pétersboui'get Nijni-Xovgorod, il offre 282 verstes de canal.
Ce système est mieux disposé que les deux autres, il est moins long que le premier, enfin il est navigable dans un sens et dans l'autre ; cependant il est beaucoup moins fréquenté que le système de Vichnei-Yolotchok, parce qu'il traverse des régions beaucoup plus septentrionales, où l'hiver dure très-longtemps, et qui, presque désertes, n'offrent aucune ressource aux mariniers *. Le système Marie n'est fréquenté que par le petit nombre de bateaux qui ne sont pas déchirés en arrivant à Pétersbourg.
1^ tableau suivant résume la composition de ces trois systèmes.
' Le système Marie atteint le 61® latitude nord dans rintérieur des terres. Le premier système ne dépasse pts le 60®, plm près du golfe de Finlande.
LtS CANAIX.