PONT SUR LA NEVA
sont en charpente; parmi ceux-ci, on remarque le |)ont de Novgorod sur le Volclioff et le pont couvert de Bronnils, deux ouvrages exécutés sous la direction du colonel Reicliel.
On doit aussi distinguer le pont de Narva, construit par le colonel Bullmering, et sur la chaussée de Saint-Pétersbourg à Dunabourg, le pont de la Jatchcra, le premier pont construit en Russie dans le système américain. Un aulre pont, sur la même chaussée, est digne d'attention. Nous voulons parler du double pont suspendu qui traverse à OstrolT la Vélikaia » au j>oint où une île partage en deux bras celte rivière. Chaque travée du pont a un débouché net de 93 mètres; elles offrent ensemble au cours d'eau 186 mètres de débouché. Cet ouvrage se distingue surtout par le fini du travail, et notamment par le degré de poli que l'on a donné aiL\ maçonneries de granit qui supportent les chaînes de suspension. Ostroff est une petite ville qui jirésente un certain intérêt historique. L'île li*aversée par la chaussée renferme les ruines d'une vieille enceinte fortifiée : Ostroff avait, en effet, quelque importance militaire au temps des anciennes guerres entre les Russes et les Polonais. Cette île a vraisemblablement fait donner le nom d'Ostroff à la ville ^ Le grand ouvrage qui la réunit à la terre ferme est dii au capitaine Krasnopolski.
Le système des ponts américains en charpente, essayé sur la Jatchcra, a été aussi appliqué à trois ponts de la chaussée de Moscou à Kharkoff, entre Moscou et Orel. Le pont de Podolsk, l'un de ces trois ouvrages, a une réputation méritée d'élégance. Mais le plus beau pont exécuté jusqu'à ces dernières années par les ingénieurs russes est, a coup sûr, le pont fixe de la Neva, qui réunit l'île de Vassili-Ostroff à la rive gauche de la grande rivière'.
Le projet de construction d'un pont fixe sur la Neva remonte à une époque assez ancienne. Les œuvres de Perronnet contiennent le dessin d'mi pont en pierre pour la ville deSaint-Pétersbourg\ Une travée mobile au milieu du fleuve était réservée
* Ostroff, île. — Kamennoi Ostroff, île des Pierres. — Yassiliefski'Ostroff ou Vassili-Ostroff, île do Basile.
* Les ingénieurs russes ont encore construit depuis un autre pont métallique fort remarquable, celui qui traverse la Vistule à Varsovie ; c'est le général Kerbedz (jui a dirigé ce beau travail.
' ]jR projet de Perronnet lui avait été demandé par le gouvernement iiisse; il porte la date de 1778. Ia? pont, sur le dessin, a mie largeur de i8'**,i9 entre les têtes, comprenant deux trottoirs de 5*", 90, et deux parapets de O^.QO d'épaisseur. La travée mobile a 19™, 49 de largeur et est formée de deux tabliers de ponts- Icvis ; puis viennent les arches en maçonnerie, au nombre de six, trois de cbuque côté de la travée centrale. Les ouvertures de ces arches sont : 55°», 08 pour les deux arches voisines du centre; 31", 18 pour les deux suivantes ; 27™,29 pour les deux arches voisines des culées. Les épaisseurs des piles, prises dans le même ordre, du centre vers les culées, sont : 9",75, 8'»,77, 7",80. Enfin, les culées ont une longueur de ô-^jOO. Ces dimensions sont mesurées au-dessus des retraites des fondations. L*intrados est à onze centres, comme la voûte du pont de Neuilly, avec cornes de vache sur les deux tètes. Les avant-becs ont la forme triangulaire.
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pour le passage des bateaux. Ce projet ue se recommande pas seulement par le nom de son auteur; il contient l'indication des avant-becs inclinés qui sont aujourd'hui universellement adoplés en Russie comme brise-glaces. Le haut prix des maçonneries de pierre de taille, et la réduction du débouché, qui résulte toujours de l'emploi des voûtes quand la clef n'en doit pas être forl élevée au-dessus dese^ux, n'auraient probablement pas permis d'exécuter sans modification le projet de Perronnel. En 1842 le problème élait encore à résoudre; on en chercha une solution pratique dans le système des ponts suspendus. Un projet de pont à deux pculées de 114'",60 chacune, séparées i)arun arc de triomphe en métal de 23'% 98 de large et de50",34 de hauteur, avecpont-levis pour le libre passage des navires, fut dressé à cette époque par un ingénieur dont le nom est depuis devenu célèbre dans les annales du génie russe, et qui est aujourd'hui le général Kerbedz. Quel que fût le mérite de ce projet, l'administration ne l'accueillit point sans réserve, et le major Kerbedz, encouragé par sa promotion à un nouveau grade, fut invité à en dresser un autre dans lequel le tablier du pont devait reposer sur des arcs en fonte retombant sur des appuis en maçonnerie. On commença par nommer une commission qui , composée de deux généraux et de trois colonels, et présidée par le général Destrem, devait diriger les travaux. Le major Kerbedz fut chargé de l'exécution proprement dite : huit ingénieurs-lieutenants lui furent adjoints pour toute la durée du travail; d'autres lui prêtèrent momentanément leur concours. C'est ce nombreux état-major qui doit se partager la gloire d'avoir exécuté le pont de la Neva, œuvre remarquable à plus d'un litre, sans cependant qu'on puisse admettre complètement avec M. Sokôlofskî que ce soit le plus bel ornement de la capitale.
Voici les principales dispositions de cet ouvrage. La travée mobile, pour le passage des bateaux, est reportée sur la rive droite et se compose d'un double pont tournant à treillis, renforcé par de grands boulons à la façon des poutres américaines. On ne manœuvre ces ponts tournants que pendant la nuit. Une élégante chapelle, dédiée à saint Alexandre Nevski, occupe le point où les deux ponts tournants se réunissent au pont fixe. La partie fixe se compose de sept arches en fonte, deux de 57",50, deux de 45'",50, deux de 50'",i0, et une de 55'",90, offrant un débouché total de 317"',10; le débouché correspondant à la travée mobile est d'environ 20 mè-
avec arête anlcriciiro inclinée à 45° à rhorizon. — Prony, dans son Eloge de Perronnel, lu à rAcadémic des sciences le 2i avril 1829, raconte qu'un aventurier se présenta un jour chez PeiTonnct, au nom de Timpératricc Catherine II, et lui vola son projet. — Un projet de pont suspendu pour la Neva, dressé vers IM5, par un inspecteur des ponts et chaussùes, M. Defontaine, se trouve décrit dans le Journal de la direction générale des voies de communication, n<> 2, 1846, ainsi que le premier projet du général Kerbedz (article sans nom d'auteur, dédié à Stanislas Valerianovitch Kerbedz.)
1res; ce qui fait en toul 337 mètres pour la rivière. Le pont fixe i)orle une chaussée |)avée ; les piles sont en granit et sont munies de brise-glaces *.
L'ouvrage entier a été livré à la circulation le 21 novembre 1850, et a reçu le nom (le pont de l'Annonciation {Blugoveditclieîiskoï*); depuis l'avènement de l'empereur Alexandre ce nom a été remplacé par celui de pmt Nicolas.
Ce changement de nom inspire à M. Sokolôfski la réflexion suivante dont nous ne gamnlissons pas la justesse :
c< Il n'est pas superflu, dit-il, d'observer ici que le règne de l'empereur Nicolas correspond dans l'histoire des arts en Russie au règne d'Auguste dans l'histoire de" l'empire romain. Pour le démontrer, il suffit de comparer *leS anciens édifices à ceux qui datent du dernier règne, et de se rappeler la longue liste des constructions monumentales créées sous l'empereur Nicolas dans différentes parties de l'empire. Beaucoup de ces constructions, le pont fixe- de la Neva, le pont suspendu de Kief, le chemin de fer de Saint-Pétersbourg à Moscou ont, à bon droit, reçu le nom de leur auguste fondateur, qui a laissé tant de signes durables de son amour pour les arts et des encouragements qu'il savait leur donner. »
ê 4. — LES CHEMINS DE FER.
Le premier chemin de fer constmit en Russie est celui qui réunit Saint-Pétersbourç à la résidence impériale deTsarskoe-Celo, et qui se prolonge jusqu'à Pavlovsk. Il a été achevé en 1837 et n'a que 25 verstes de longueur. Il est exploité par une compagnie particulière et est principalement fréquenté en été par les promeneurs, attirés au vauxhall de Pavlovsk par l'orchestre de Strauss. Laissant de côté ce petit chemin d'un intérêt tout local, nous rencontrons en 1842 le premier effort de l'administration russe pour créer les voies ferrées dans l'empire. C'est de cette année que date le commencement des travaux du chemin de fer de Saint-Pétei'sbourç à Moscou, qui se trouve ainsi contemporain des premières dispositions législatives prises en France pour assurer l'exécution d'un grand réseau. La longueur totale du
' Largeur du ront entre garde-corps : 25",80. — Largeur de la voie charretière entre trottoirs : 17",10. — Pont tournant : largeur entre garde-corps : 8 mètres. — Volée, du centre de roulement à l'extrémité de la portée : 28"*,t)0. — Longueur de la culasse : 12 mètres. — Rayon du cercle de roulement : 10 mètres. — Hauteur de la poutre : au pivot, 2 mètres ; à rextrémtté de la portée, 1 mèlrc.
* Du nom d'une église située dans Taxe du pont.