BRISE-GLACES
à tracer Iiorizontalemenl les joints continus sur les faces du dièdre formant couteau. Pour que la maçonnerie n'ait rien à redouter du frottement des glaçons qui prennent à rebours toutes les pointes aiguës des pierres ainsi placées, il est nécessaire de garnir Tarête et les faces du dièdre d'armatures en fer, pièces d'un entretien difficile, et qui exercent une fâcheuse influence sur la durée des constructions en pierre.
Les grands ponts métalliques de la ligne de Varsovie qui reposent sur des piles tubulaires devaient être munis de brise-glaces: dans l'absence du toute obsenation, de tout essai concluant, on a étudié longtemps le système qu'il convenait d'adopter pour ces appareils .
On a d'abord songé à des brise-glaces en charpente; mais il était facile de prévoir, ce que l'expérience ne tarda pas à démontrer, que les brise-glaces en charpente ne peuvent être considérés comme des ouvrages définitifs, si ce n'est pour les petits cours d'eau.
Le projet qu'on étudia ensuite consistait à entourer d'une pile en maçonnerie les deux tubes constituant la pile métallique; l'emploi du système tubulaire n'aurait été qu'un moyen de parvenir plus vite à mettre le pont en place, et de donner du temps pour établir autour la maçonnerie protectrice et le brise-glaces, comme on établit en dernier lieu la risberme destinée à protéger le pied d'un ouvrage à la mer.
L'inconvénient de ce projet était la dépense à laquelle il donnait lieu; l'emploi de la maçonnerie était regretlable surtout dans un pays où les matériaux d'échantillon , les seuls qu'on puisse admettre pour les brise-glaces , sont extrêmement rares et d'un prix très-élevé. Notons cependant que le système suivi par le gouvernement russe pour le pont de la Vistule à Varsovie rappelle le projet de la combinaison des brise-glaces en maçonnerie avec les fondations tubulaires. Ixs fondations à air comprimé ont été adoptées à Varsovie, mais les tubes s'arrêtent au niveau de l'étiage de la rivière et soutiennent une plate-forme sur laquelle s'élève une pile entièrement en maçonnerie.
Il n'aurait pas été plus coûteux de consei*ver les tubes dans toute la hauteur delà pile; on y aurait gagné du moins la faculté de poser plus tôt le tablier métallique du pont.
Le troisième projet étudié pour les brise-glaces était un projet de brise-glaces en tôle, dessinant de même un dièdre droit, dont l'extrémité s'appuyait sur un tube enfoncé dans le sol et coupé un peu au-dessous de l'étiage. Les dispositions générales de ce projet ont été conservées dans le projet définitif mis à exécution, mais on renonça à la tôle , parce que les glaces en mouvement ont la propriété de la cou-
EN FOXTE. 85
per. On cite eu eiîel des bateaux en fer qui onl été ainsi entamés par le frottement des glaçons; on avait d'abord songé à la tôle , j)arce qu'elle subit sans se rompre les chocs auxquels la fonte résiste mal; mais le défaut de résistance aux chocs disparaît dans la fonte loi'squ' on augmente suffisamment les épaisseurs , et le jioids même qui résulte de ce surcroît de dimensions est une garantie de plus pour la stabilité d'une construction exposée à de gi-ands efforts de renversement. On s'arrêta donc au projet de brise-glaces en fonle , et l'administration publique y donna son approbation.
Le type dont nous donnons ici le dessin' a été dressé pour le pont de Niémen à Grodno. Les débâcles ne sont pas très-énergiques en ce point , |)arce que le fleuve n'a pas encojre acquis tout son volume. Aussi l'arête du dièdre est inclinée à 45 degrés , elle re|X)se sur un seul tube en amont des tubes de la pile. A Kovno et Dunabourg , Tarête a sur l'horizon une inclinaison de 2 de base sur i de hauteur dans toute la partie exposée aux débâcles , et se prolonge en avant sous une plus forte inclinaison ; le brise-glaces a plus de longueur, et il est porté en amont de la pile par deux tubes au lieu d'un.
Les tubes du brise-glaces sont réunis au tube d^amont de la pile par deux |)outres latérales, etixirune poutre intermédiaire sur laquelle des jambes de force soutenant à l'arête reportent les pressions qui s'y exercent par-dessus. Les faces sont nourries intérieurement de nervures tiès- massives; elles sont de plus entretoisées par des pièces eu fonte dont la coupe présente la forme d'une croix, et par des boulons enfer, enfilés sur des manchons de fonte dans la région en dehors des eaux ordinaires. Ces pièces s'opiK)sent au rapprochement comme à la disjonction des panneaux boulonnés qui constituent l'appareil. Les fontes du brise-glaces sont enfin rattachées par une série de boulons aux panneaux en fonte du cylindre d'amont de la pile.
A partir du tube qui soutient le bout du brise-glaces jusqu'au tube d'amont de la pile , deux files de pieux jointifs , arasés au niveau de l'éliage , dessinent de chaque côté les tangentes communes extérieures à ces deux cercles. On forme ainsi un coffrage que l'on remplit d'enrochements. Sans celte précaution , il serait possible que la masse d'eau qui remplit cet intervalle exerçât sur le brise-glaces en se congelant une pression de bas en haut capable de le soulever ou au moins de fatiguer les assemblages. Les enrochements donnent à cette masse une densité qm ne permet plus à ces sous-pressions de se produire.
Ce système est appliqué en grand à cinq ponts des lignes de la Grande Société; et Texpérience n'y a encore révélé aucun défaut*.
• V. pi. XXXVI.
» V. la note V(.