‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 80 sur 155 · SONDAGE · texte numérisé non relu

SONDAGE

On commença les sondages en trois points : 1 un, à Péréchlchépino, dans le gouvernement d'Ekalerinoslaf, sur la rive gauche de la rivière Orel, à 150 versles de Kharkoff, et à 15 versles du tracé de la ligne de Théodosie; le second, à Nicolaevka, sur la Bérislovaïa, gouvernement de Poltava, à 20 versles au nord du premier; le troisième, enfin, à Petrovka, à 20 versles plus haulsur la même rivière.

Le retrait de la concession de la ligne du Sud vint interrompre ces recherches lorsque le succès devenait prohable; le lorage a été, en effet, poussé assez profondément à Péréchlchépino pour rencontrer ^ sinon la houille, du moins le terrain carbonifère.

Les instruments employés pour le forage onlélé ceux de MiM. Degousée el Ch. Laurent. On voulait atteindre les profondeurs de 300 mètres. Sur celte hauteur, pensaiton, on pourrait réserver une notable partie du trou de sonde sans le revêtir de tubes; cet espoir fit adopter un diamètre de 0'",30 pour la large colonne. Mais la masse de sable traversée exigeait impérieusement un soutien, et on ne larda pas à reconnaître la nécessité de tuber le trou de sonde à peu près dans toute son étendue. Du diamètre de O^jSO, les tubes employés passçnt bientôt au diamètre 0'",26, puis au diamètre 0'",21, enfin au diamètre de.0"',17, qui est le dernier employé, elqui aurait peut-être été insuffisant si l'on avait continué l'opération beaucoup plus loin.

mèlres.

A Péréchtchépino, le sdndage a été interrompu à la profondeur de 239,45

A Nicolaevka. . .' 71,50

EtàPélrovka ; :I32,49

Les avancements moyens par jour effectif de travail sont :

niillimètrc!*.

A i^éréchlchépino 591

A Nicolaevka - 720

A Petrovka 440

Un accident interrompit le sondage de Nicolaevka; el força de le transporter à Lébiajé, village voisin sur la rivière Béristovaia ; le travail fut mené, pour ce nouveau trou de sonde, beaucoup plus rapidement que pour les Irois premiers ; car Tavancemcnt moyen s'élève à l'",160 par jour de travail. La profondeur atteinte à Lébiajé est 94" ,50.

L'accident de Nicolaevka se rattache à la principale difficulté rencontrée dans cette entreprise. La sonde a eu à percer une couche de 20 à 30 mèlres de puissance, composée d'un sable blanc gris siliceux ; le forage de celle couche a duré quatre mois à Péréchlchépino, et neuf mois à Petrovka, où elle se rencontre à une plus grande

DE PERECriTCHEPIXO. il|

profondeur. La surface supérieure est recouverte d'un lit de concrétions identiques à la Samarode du Koursk (coprolilhes); au-dessous est un lit de galets noirs. Celte cotiche de sable donne en abondance une eau beaucoup plus pure que celle des ri. vière de ces localités. A Nicolaevka, l'eau fournie par la couche jaillissait avec tant de force, que la colonne fut brisée, et qu'il fallut abandonner le travail. A Lébiajé, on a retrouvé la même couche par 80 mètres de profondeur, mais on ne Ta pas traversée de part en part, Tordre de suspendre les travaux étant venu alors interrompre les travaux de forage. Celle couche de sable appartient vraisemblablement à l'étage des grès verts, dans le terrain fcrétacé. La sonde avait pénétré dans le terrain jurassique, caractérisé par les fossiles de POxford-Clay.

Jusqu^au niveau inférieur des couches jurassiques, la slralificalion des couches traversées par le sondage est horizontale. Les couches que Ton rencontre ensuite ont, au contraire, une inclinaison sur Thorizon qui varie de 24** à 45\ Le sondage de Péréchlchépino, le seul qui ail pénétré dans ce nouveau terrain, a été arrêté à une roche dure que l'on n'a entamée que de 3 centimètres, et dont on n'a pu, par conséquent, reconnaître entièrement la nature. Mais diverses considérations prouvent que la sonde était là entrée dans le terrain houiller. Qu'on se reporte à la description sommaire que nous avons donnée de la géologie de la Russie ; on y verra le terrain houiller recouvert immédiatement, en beaucoup de points, par le terrain jurassique. Au Donelz, les premières couches du Icri^ain carbonifère sont des grès schisteux, oii se rencontrent des lits de fossiles v^élaux eu stratification discordante avec les dépôts jurassiques supérieure. C'est au-dessous de ces grès qu'on trouve la houille. L'analogie des couches traversées à Péréchlchépino avec les grès schisteux du Donelz, la discordance constatée des stratifications, la disparition complète des fossiles jurassiques dont l'abondance, quelques mètres plus haut, était si caractéristique, enfin la présence des empreintes végétales, montrent que le sondage a effectivement enlamé le terrain carbonifère, et font présumer, que la houille eût été rencontrée si Ton avait pu pousser le travail à la profondeur qu'on s'était proposé d'atteindre.

Les recherches ont donc été interrompues au moment où Ton touchait probablement à un résultat pour un des trous de sonde , celui de Péréchlchépino , et où toutes les difficultés étaient surmontées pour un autre, celui de Pétrovka. Ainsi tronquées, elles ne présentent plus qu'un intérêt géologique, en mettant en évidence la distribution des terrains dans la profondeur, et en indiquant avec certitude les prolongements de coupes géologiques déterminées d'après l'observation de la surface du sol.

112 SONDAGE DE PÉRÉCIITCIIÉPINO.

Les résultais géologiques de ce travail ont été confirmés par une autorité très-compétente, M, le général Helmersen, du corps impérial des mines de Russie, Nous citerons ici la lettre écrile })ar le général à l'ingénieur chargé des travaux de Péréchtchépino, en réponse à la communication, faite à Tlnstitut des mines, à Saint-Pétersbourg, d'échanlillons retirés des trous de sonde.

« Sainl-Pélersbourg, 16/28 décembre 1861.

« Monsieur, j'ai examiné les échantillons de roches et de fossiles fournis par le sondage que vous avez exécuté dans le gouvernement d'Ekaterinoslaf, près du village de Péréchtchépino, et j'en ai pu conclure, presque sans doute, qu'à la profondeur de 195 ",43 au-dessous de la surface du sol, le sondage a touché le terrain carbonifère, et que la sonde s'est enfoncée de iG mètres environ dans les couches de ce terrain.

« Le but du sondage serait donc atteint.

« Voici le résultat de l'examen des échantillons :

i( 1^ Les couches de terre noire, d'argile et de sable perforées jusqu'à la profondeur de 12", 71 appartiennent au terrain tertiaire.

« 2" En partant de cette profondeur, jusqu'à colle de 126*", 60, toutes les assises paraissent faire partie du terrain crétacé. Cette conclusion est fondée sur deux données :

(( a Sur la présence de la craie-tuf feau blanche ;

<( h Sur la présence d'un grès à ciment composé de phosphate de chaux.

n Ce gi'ès , comme on le sait, ne se trouve en Russie que dans l'étage inférieur du terrain crétacé. 11 est connu sous le nom de Samarodeon Ilogatsch.

u o** La présence des couches jurassiques dans le sondage de Péréchtchépino est parfaitement constatée par les échantillons de Gnjphxa âilatata, espèce très-en ractéristique pour Pépoque jurassique dans la Russie.

u Les couches de ce terrain vont jusqu'à la profondeur d'environ 192 mètres.

« Toutes les assises de ces trois différents terrains paraissent avoir conservé leur horizontalité primitive, sans avoir subi le moindre dérangement.

¥ Mais il n'en est pas de même des grès et des argiles atteints par la sonde à une profondeur de 185 mètres. Les couches de ces grès sont fortement incUnées (i5"); il y a donc stratification discordante entre ces grès et les couches des terrains crétacés et jurassiques qui les recouvrent. D'ailleurs ces grès ressemblent, à s*y méprendre, aux échantillons de certains grès du terrain carbonifère du district de Lougane, et contiennent même des bandes de houille.

« Diins ce même terrain vous avez trouvé des géodes de sphérosidérite argileux, minerai très-commun dans le terrain carbonifère de Lougane.

« Ces trois caractères pris ensemble paraissent suffisamment prouver que le sondage de Péréchtchépino a été arrêté dans le ten^ain carbonifère. C'est surtout le caractère des grès et leur forte inclinaison qui soutiennent mon opinion. £n effet, toutes les couches carbonifères du sud de la Russie sont plus ou moins redressées et repliées, tandis que les terrains jurassiques et crétacés, même dans le voisinage du terrain carbonifère, sont rarement altérés, et toujours sur un espace très-restreint.

(( Agréez a G. de Helmersen.»

Avant de quitter les charbons naturels, nous devons dire un mot de la tourbe, que Ton rencontre en Russie, comme dans presque tous les pays pauvres. Le di^ainage naturel du pays est trcs-insuffisant, et l'agriculture, concentrée toute entière sur les terrains les plus fertiles et les plus secs, n'a pas encore cherché à disputer les fonds de vallée au travail de décomposition que la nature y opère sans cesse. La tourbe se forme ordinairement dans les fonds que les crues ne nettoient pas chaque année. On

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