‹ Les chemins de fer russes de 1857 à 1862Chapitre 81 sur 155 · INCENDIES. H · texte numérisé non relu

INCENDIES. H

en a conclu qu'elle ne |)ouvail se trouver que dans les parties basses des vallées dont les vcrsanls sont perméables. C'eslà celte quantité de vallées tourbeuses que Ton doit vraisemblablement allribuer le grand nombre de petites rivières qui ont reçu en Russie répilliète de noire : en russe tchernaïa, en larlare, karaçou.

Outre la carbonisation lente et constante des végétaux dans les fonds humides, il se produit parfois, dans les régions septentrionales, une combustion spontanée du sol qui s'étend sur d'énormes surfaces. Pendant l'été de 1858, de Pétersbourg à Pskoff, et de Pétersbourg à Tver, dans un rayon de 250 à 500 kilomètres, toute la campagne semblait brûler; de tous côtés on voyait s'élever des colonnes de fumée. Ce vaste incendie, outre les dommages causés aux forêts, amena des accidents très-graves. La petite ville de Louga prit feu et fut presque entièrement consumée. Les traverses du chemin de Moscou, des approvisionnements de bois pour !a ville de Pétersbourg, qui se trouvaient rassemblés le long de la ligne de Varsovie, furent carbonisés par l'action de la chaleur. C'est à cette combustion presque générale qu'il faut sans doute attribuer un cruel événement arrivé alors à Pétersbourg, l'explosion de la poudrière d'Okhta, qui fit périr plus de vingt personnes. Telle peut être la conséquence d'un été chaud dans le nord de la Russie. Les végétaux en décomposition donnent naissance à des gaz inflammables : on voit d'abord une petite fumée sortir des broussailles et de l'humus des forêts ; cette fumée s'éclaire çà et là de jets de flammes, et, si la pluie ne coupe pas court à ce commencement d'incendie, la combustion se propage en augmentant toujours d'intensité.

Lorsqu'on parcourt la Russie, on est frappé de la multitude de forêts qui ont souffert des incendies. Une partie de ces $inistres doit être attribuée ou à des imprudences, ou à la malveillance, ou enfin au besoin que l'on peut avoir ressenti de masquer les défrichements irréguliers. Car, en Russie, l'incendie s'applique en grand aux forêts, aux magasins, aux arsenaux, aux ministères ; c'est un moyen commode et fréquemment employé de régulariser une fausse situation, et de rediesser une comptabilité infidèle. Sans vouloir réduire l'étendue des ravages produits par les diverses causes que nons venons d'énumérer, il est juste de reconnaître que la combustion spontanée du sol, dans les étés secs, exerce srussi sur les forêts une action destructive, et que la population n'est pas assez nombreuse sur les points attaqués pour lutter contre ce fléau. Dans cette occasion, comme dans beaucoup d'autres, les Russes laissent faire : la fumée, disent-ils, purifie l'atmosphère en détruisant certains miasmes putrides, et d'ailleurs les premières neiges éteindront les feux de l'été.

114 LÈS FOliKTS.

g 4. — LES- FORÊTS.

On s'imagine volontiers dans rOccidenl que la Russie, pays que .quelques personnes croient encore neuf, doil receler des richesses foreslières comparables à celles que Pon trouve dans le nouveau monde. Il y a beaucoup à rabattre de cette opinion. Les forêts occupent une notable partie de la surface de la Russie, mais Texploilalion en a été presque partout conduite sans prévoyance, et en dehors de toute idée rationnelle. L'abondance du bois et le bas prix qui en résultait permettaient alors beaucoup d'extravagances auxquelles la rareté du bois ne tardera pas à mettre un terme ; la nécessité de songer à l'aménagement des bois sera reconnue prochainement en Russie, comme elle l'est depuis longtemps en France, par suite des dilapidations des siècles passés.

Les essences les plus répandues dans les bois de la Russie sont les arbres résineux et le bouleau. 11 ne faudrait pas juger de tous les sapins du nord de la Russie par les arbres de choix que l'on amène en France sous le nom de sapins de Riga *. Ceux qu'on trouve dans les forêts voisines de Pélersbourg sont peu élevés, et manquent à la fois de grâce et de vigueur. Le sapin et le bouleau croissent, il est vrai , jusqu'à des latitudes très-hautes ; mais la latitude de 60° ne contribue pas à leur donner plus de vitalité. Aussi éprouve-l-on toujours une agréable impression, lorsqu'on va de Pétersbourg vers la Prusse, en retrouvant, dans la Lithuanie et la Pologne, des forcis semblables à celles qui font Fornemcnt, un peu trop rare aujourd'hui, des contrées que nous habitons.

Le bouleau croît jusqu'à la latitude de 69'' ; le sapin ne dépasse pas 68°. Pour la Russie, les arbres résineux sont ceux qui offrent les plus grandes ressources. Ils donnenl les bois de construction, planches et grosses pièces de charpente; ils fournissent les traverses de chemins de fer ; ils donnent encore le bois de chauffage généralement adopté pour les poêles et pour les locomotives. Le bouleau a d'autres emplois. Sans valeur comme bois de construction, il est supérieur au sapin par ses propriétés chimiques. Pour le chauffage, c'est un bois de luxe, qui brûle vite et avec une belle flamme, sans projeter d'éclals. Aussi le bouleau est-il très-convenable pour le chautfage des cheminées. Son écorce, riches en matières empyreumatiques, flambe facilement ; la dis-

^ Les sapins de Riga sont en réalité des pins. Hais nous nous conformons àrusage, en attribuant un même nom au j^m (pinus) et Siu sapin (abies) ; en russe, sosna et iel.

Page 1