‹ Les Chenilles Venimeuses Et les Accidents éruciquesChapitre 23 sur 65 · PROPRIÉTÉS IRRITANTES DU SANG ET DÉS. EXCRETA | DES CHENILLES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS IRRITANTES DU SANG ET DÉS. EXCRETA | DES CHENILLES

La présence d’un acide dans les déjections des des était connue bien avant Fabre: en 1783, Chaussier communiquait un mémoire à l'Académie de Dijon sur un acide particulier qu’il appelle acide bombicin, découvert chez le ver. à soie ; il ajoute que l’abbé Boissier de Sauvages ÿ avait déjà fait allusion avant té, Amoreux, en 1789, écrit qu'il a éprouvé de la rougeur au poignet pour avoir écrasé une chenille du chou. La même année, Dorthes émettait l’avis que l’effet urticant tient toutes les parties de l’insecte. En

1850, Seguin présentait à l’Académie des Sciences une note

dans laquelle il montrait que les déjections dont les papillons se débarrassent avant l’accouplement coñtiennent une matière solide, très riche en acide urique et üh liquide complexe

d'où on peut isoler ‘un acide indéterminé; le même que

Chaussier avait’ appelé acide bombicin et qui figure aussi dans les dictionnaires sous le nom d’acide bombycique ou bombique.

Enfin, vers l'époque où écrivait Fabre, ou un peu avant,. Gorup (in Laudon) décelait, comme il a été dit, de l'acide formique dans l’organisme des chenilles.

On pourrait critiquer certaines des expériences de Fabre; c'est ainsi qu’en plaçant des déjections de processionnaires dans l’éther, il y met également des poils du miroir, extrémement nombreux dans les vieux nids; l’éther sulfurique qu’il emploie n’est pas toujours sans effet sur l’épiderme; surtout s’il n’est pas rigoureusement neutre, nous avons quelquefois constaté l’acidité de l’éther des laboratoires à l’aide du papier de tournesol (1). < \

(1) Florentin, de la Faculté des Sciences de Nancy, a repris les

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Marie Phisalix estime que le pouvoir irritant des excréments du ver à soie est assez faible et Fabre semble en effet avoir un peu exagéré la venimosité du sang et des excréments des chenilles, en particulier du ver à soie: nous invoquerons à l'appui de notre opinion cette phrase de Gouin (1).

« Les déjections du ver à soie sont faciement consommées

par les chevaux, pour lesquels cependant il ne faudrait pas

dépasser une quantité journalière de 600 à 700 grammes. »

Gervais et Van Beneden signalent des ingestions accidentelles de chenilles vivant dans les cuisines ou chez les marchands de comestibles (Aglossa, etc.), qui n’ont donné lieu à aucun accident.

— Mais la théorie de Fabre paraît surtout critiquable sur

d’autres points:

L'élaboration d’un poison par un organisme animal, souvent localisée dans des glandes spécifiques en rapport avec un appareil vulnérant, n’est pas nécessairement comme le pense cet auteur un produit de déchet ; le sang de beaucoup

d'animaux, réputés venimeux ou non, contient des quantités .

notables de substances toxiques et on admet que ces produits jouent un rôle dans les échanges nutritifs de l’individu (Phisalix, Desgrez). En tout cas l'existence d’un poison dans le sang des Arthropodes n’est nullement une preuve que les glandes du miroir des Cnethocampa ne sont pas venénifiques. D'autre part, il est des chenilles urticantés qui ne vivent pas dans des bourses remplies d’excréments, tels

recherches de Fabre avec le ver à soie et avec divers séricigènes exotiques. (Voir thèse de médecine de Neveu, Nancy, 1902-1003.)

(1) Les aliments du bétail et les intoxications alimentaires. (Encyclopédie Agricole, Wery, p. 240) et Vie Agricole (8 juillet 1922, AA)

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sont le Bombyx Rubi, le B. Quercus, les Lithosia et même parmi les processionnaires, le Cn. pinivora. ie

Ces déjections sont du reste à l’état de grenaille sèche, incapable d’enduire la toison, et l'examen au microscope montre que les poils du miroir ne sont pas souillés ; Zubert a même constaté, comme il a été dit plus haut, qu’ils reprennent leur virulence après avoir été lavés. Par contre, le ver à soie des magnaneries vit au milieu des excréments et cependant Fabre reconnait qu’il ne présente pas de « virosité superficielle ».

La venimosité des poils n'est donc pas due au contact des excréments et on peut s'étonner qu’un naturaliste de pareil renom ait émis, sans justification sérieuse, l'hypothèse que le miroir des processionnaires est un appareli météorologique destiné à les prévenir de la venue prochaine de la pluie quand elles sont en procession: « La processionnaire se fend l’échine d'une série de bouches qui baillent pour humer l'air de temps en temps et avertir de la bourrasque. » Cette affirmation

l’anatomie constate la parité de structure interne dans la chenille urticante et dans la chenille bénigne » paraît bien osée, surtout en ce qui concerne les processionnaires, et ne s'explique que par l'ignorance dans laquelle se trouvait l’auteur en ce qui concerne la constitution histologique du miroir. La question des cellules à venin des chenilles était peu étudiée à cette époque, en France surtout ; Fabre n'avait sans doute pas eu connaissance des travaux publiés à l'étranger sur cette question et il lui manquait pour observer par luimême le matériel onéreux des laboratoires « arsenal coûteux auquel je ne peux songer, écrit-il, affligé que je suis d’un mal terrible: limpécuniosité, lot habituel des chercheurs ».

La théorie de Fabre à été résumée dans un rapport pré-

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fx senté à l’Académie de médecine en 1900 par le Médecin- Inspecteur Vallin. Celui-ci, après avoir dit que Fabre n’a trouvé aucune trace de glandule à venin dans la peau de la

processionnaire, se demande même si le principe actif des

cantharides n’est pas cette même matière urticante que Fabre a mis en évidence chez tous les insectes et qui, chez les Meloïdes, s'accumulerait dans le: sang des insectes: parfaits ét il ne faut pas s'étonner dès lors que des médecins, non versés dans cette question, aient pensé, en constatant des accidents éruciques, qu'ils étaient dûs au contact des déjections des chenilles.

Mal des Bassines. — Le Médecin-Inspecteur Vallin, dans le rapport qui vient d’être cité, établit un rapprochement entre l'existence d’un poison ou tout au moins d’une subs-

tance irritante dans les viscères des chenilles et le « Mal

des Bassines », étudié autrefois par Potton. Fabre a bien écrit que le virus du Bombyx Mori est connu des « Magnanarelles », femmes chargées de l’éducation des vers à soie, qui se plaignent de démangeaisons aux paupières et d’exfoliations sur l’avant-bras, mais il semble avoir ignoré l’affection spéciale des dévideuses de cocons.

Nous rappellerons succinctement que les ouvrières qui plongent les cocons dans les bassines d’eau bouillante, afin de pouvoir les dévider, contractent, quand elles débutent dans cette profession, une dermatose des mains se manifestant d’abord par de l’érythème et, plus tard, par des gerçures douloureuses, des excoriations, des vésicules et des pustules donnant une secrétion abondante. Il s'ensuit des ulcérations et le tissu sous-cutané peut être envahi ; l’œdème gagne quelquefois l’avant-bras et le bras; on a vu des phlegmons se

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produire. À la longue, il y a accoutumance, mais il reste une déformation des doigts. na

Layet attribue cette dermatose à la continuelle immersion

des mains dans une eau chaude qui ne tarde pas à se charger

de substances organiques.

On a noté que l'affection n'existait pas dans les usines où

l'en emploié des cocons nouveaux, étouffés depuis peu, or c’est

chez ceux-ci que le principe irritant de Fabre doit exister. surtout s’il s’agit de l’acide formique, qui est très volatil. L’affection sévit spécialement chez les ouvrières qui dévident des cocons exotiques déjà anciens. De plus, Decollard men tionne de véritables épidémies de panaris chez les ouvrières d’une filature de soie de Villeneuve-les-Avignon. Il faut donc tenir compte des divers facteurs cités par Layet et aussi quelquefois des infections secondaires, favorisées par la malpropreté de l’eau des bassines, mais il n’apparaît pas que le venin des chenilles puisse être la cause principale du mal des bassines, sauf peut-être lorsque les cocons dévidés appartiennent à certaines espèces étrangères dont le venin n’a pas été étudié.

$ 4. — RÉCHERCHES ET CONCLUSIONS RELATIVES AU VENIN DES CHENILLES À POILS URTICANTS

En plaçant les poils de plusieurs miroirs sur un bout de papier bleu du tournesol, humecté avec un peu d’eau distillée, on constate, au bout de quelques heures, que ce papier passe du violet à une teinte de plus en plus rougeâtre, sans qu'on obtienne jamais le rouge franc donné par un acide fort.

Nous avons répété les expériences de Lalesque et-Mader en faisant réagir le nitrate d'argent avec des poils urticants brisés. Nous avons aussi obtenu un précipité blanc insoluble

dans l’acide chlorhydrique en mettant quelques gouttes d’une É j solution saturée de bichlorure de mercure en contact avec les poils du miroir Enfin le bisulfite de soude prend dans les mêmes conditions une teinte jaune qui fonce à l'ébullition, - mais nous n'avons pu obtenir la. disparition de cette teinte en prolongeant l’action de la température, ce qui. permet de

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suspecter l’action des matières organiques au cours de. la

réaction. | | ji Den list | :

Il serait peut-être osé de déduire de ces diverses réactions Dr. que le produit contenu dans les spinules est de l'acide formique, mais on peut tout au moins conclure à la présence d’un composé réducteur probablement du groupe des aldépie On sait que l'acide formique doit être considéré

comme une aldéhyde, sa formule peut s’écrire HO — ire O

et c'est à ce fait, d'après Wurtz, que lon peut attribuer ses

4 propriétés réductrices. ?

î La nature exacte du venin inclus dans les Do ‘des che-

4 nilles paraît bien difficile à établir d’une façon certaine en

raison de la faible quantité du produit, mais il est bien pro-

bable que ce venin est le même que celui trouvé par Gorup

dans le corps de la chenille. Nous aurions voulu répéter cette expérience de distillation et caractériser l'acide obtenu par la méthode de Duclaux, que Stumper a utilisée avec succès pour étudier le venin des fourmis (1), mais nous ne disposions pas d’une quantité de larves suffisante.

Nous avons essayé d’écraser quelques processionnaires du pin dans une peu d’eau distillée, de filtrer et de doser l’acidité du liquide obtenu; celui-ci rougit à peine le papier de

(1) Stumper. C. R. Acad. Sciences, 1922, p. 66.

tournesol et il suffit de o c/m' 15 de liqueur'de soude décinormale pour neutraliser l’extrait donné par trente chenilles ; le fait s'explique par la présence de liquides alcalins dans l'organisme de la larve. Lorsqu'uné chenille est inquiétée, elle émet par la bouché un produit de régurgitation jaunâtre, très abondant chez la Pityocampa et qui bleuit fortement le papier de tournesol; il y a: dône neutralisation presque: complète des excreta acides par le liquide contenu dans la partie antérieure du tube digestif. : |

.. Il serait intéressant, croyons-nous, de rechercher, par distillation et sur un grand nombre de larves, la quantité d'acide formique contenue dans les processionnaires du pin récoltées

dans des forêts situées les unes en terrain calcaire, lés autres :

en terrain siliceux. On est en effet frappé de ce fait que les accidents causés par les Cn. Pityocampa et pinivora, dont on trouve la relation concernent surtout des régions siliceuses (landes de Gascogne, Roussillon, Allemagne du Nord), alors que les recherches bibliographiques ne permettent de trouver la relation d’aucune affection de ce genre dans les régions calcaires telles que la Provence ou le Languedoc.

Nous conclurons que’ lhypothèse de la présence de ‘cantharidine dans les chenilles n’est plus admise; on n’a jamais pu isoler ce produit chez les Lépidoptères. Lalesque a fait observer que la cantharidine est insoluble dans l'eau tandis que le produit du poil urticant se mélange avec celle-ci pour disparaître sans laisser de traces et que les accidents éruciques n’occasionnent jamais d'rritation des Organes urinaires. L’exanthème produit est surtout papuleux et non bulleux ; les douleurs de la région atteinte (Obs. XV) rappellent bien les accidents qui surviennent après un contact plus ou moins prolongé avec de l'acide formique ou des solu-

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tions formolées. D'ailleurs, les réactions de l'acide formique ont été obtenues comme il a été dit ci-dessus.

| L'existence de produits toxiques de nature colloïdale n’est pas non plus admissible puisque les spinules sont remplies

d'acide formique, qui détruirait vraisemblablement ces toxi-

nes, Un pareil produit ne pourrait donc exister que dans les poils des bourrelets, mais ils paraissent à peu près inoffensifs, ou dans ceux d’autres espèces de chenilles, or les poils des Bombyx produisent sur la peau exactement la même lésion que les piqüres d’ortie.

Nous avons montré plus haut qu’il n'existe pas de venin à l’état de dépôt sur les spinules; le poison est à l’intérieur des poils mais, si bien fermée que soit cette petite ampoule à paroi chitineuse, il est bien improbable qu’elle contienne encore de l’acide formique plusieurs années après s'être détachée du miroir.

Or les petits poils conservent très longtemps leur pouvoir urticant : « Les nids les plus dangereux, dit Bois-Duval, sont ceux qui sont abandonnés, et ceux dont les Bombyx sont éclos, parce que leurs dépouilles, étant desséchées, se brisent avec une grande facilité et se réduisent en une poussière fine qui s'attache à la peau. »

Trousseau (Voir IV® partie) rapporte avoir vu, chez un médecin, un bocal contenant des morceaux d’un nid de processionnaire qui, après dix ans, provoquait encore des éruptions. Cependant, Boïis-Duval parle d’un nid datant d’une année dont l'effet fut très faible. Au bout d’un certain temps, l’action mécanique doit seule subsister.

Les poils du Bombyx Quercus (Jenkyns, Long), de lOrgya dubia (Graslin) et des Liparis (Anderson) conservent leur propriété lorsqu'ils sont mêlés à la soie du cocon ; Balding

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rapporte avoir subi, malgré les précautions prises, les effets des restes d’un cocon de Liparis chrysorrhæa qui se trouvait depuis longtemps enfermé dans une boîte (Obs. XXIV).

En résumé, l’action des processionnaires est dûe au double effet de l'implantation simultanée, dans la peau ou les muqueuses, d’un grand nombre de petits poils barbelés et de l'acide formique mis en liberté par rupture de ces petits tubes chitineux, peut-être aussi par osmose. Suivant les cas, l’un ou l’autre de ces facteurs a la prépondérance sur l'autre (Voir II partie, Ch. III). |

Quant aux poils des autres chenilles, beaucoup plus grands, ne paraissant pas fermés à la base, ils conservent moins longtemps leur propriété urticante et leur effet mécanique paraît moindre, sauf lorsqu'il s’agit de tissus particulièrement délicats, mais ce mode d'action entre néanmoins en jeu comme l’établissent les exemples qui viennent d’être cités.

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