‹ Les Chenilles Venimeuses Et les Accidents éruciquesChapitre 28 sur 65 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

miroir), lorsqu'ils faisaient un mouvement, elles se répan-

daient dans l'air et venaient se déposer sur les personnes voisines ». EU Lt

En 1880, écrit Calas, les gardes des aboitfedie du bassin de la Têt (Pyrénées- -Orientales), par suite du mode d’échenillage employé, furent obligés, en raison des inflammations et des indispositions qu’elles amenèrent, de cesser tout ser-

vice pendant plusieurs jours. Il s'agissait du Cn. Pityo-

campa.

Les ouvriers, forestiers sont souvent victimes de pareils désagréments, même sans être occupés à la destruction des chenilles ; tel est le cas des résiniers des Landes de Gascogne « soit que sans y prendre garde ils piétinent la procession de chenilles en courant pieds nus d’un pin à l’autre, soit qu'en grimpant à l'arbre pour l’entailler, ils appuient leurs pieds sur la procession qui descend du tronc ». (Lalesque,

Les bücherons sont fréquemment atteints au cours de l’abatage des arbres ou du façonnage des bois de rames; le transport des tronces auxquelles des fragments de nids sont restés adhérents est quelquefois la cause d’accidents qui se manifestent loin de la forêt.

Les Liparides occasionnent, comme les Processionnaires, des éruptions chez les ouvriers forestiers. Gervais et Van Beneden en citent un exemple:

€ En 1820, les chenilles du Liparis auriflua avaient envahi les petits bois des environs de Montpellier et elles leur avaient Ôté presque toutes leurs feuilles, laissant dans le branchage des toiles remplies des débris de leurs diverses mues. Les gens qui coupaient ces bois, pour l’usage des boulangers, ou qui en transportaient dés fagots, furent tous

ANA pE SR

er

TS 7 LOVE FOTTT

dar

atteints d’une éruption urticante dont on ne comprit pas tout d’abord la cause: elle était due aux poils laissés par les chenilles et se développait surtout aux mains et sur la nuque, ce qui tenait au maniement du bois infesté, ainsi qu’à l’habitude, fréquente chez ces travailleurs, de porter les fagots sur le cou et sans avoir la précaution de le protéger avec un sac. Dès que la cause du mal fut reconnue, on ne tarda pas, à l’aide de quelques précautions, à empêcher presque

. complètement le mal de se produire. »

Fabre mentionne un fait analogue au sujet d’une chenille de l’arbousier, espèce voisine du Liparis auriflua, qu'il n’a pas déterminée :

« C'est, paraît-il, mauvaise besogne que d’abattre, au fort de la chaleur du jour, l’arbuste peuplé de chenilles, et de secouer, sous les coups de la cognée, cette espèce de mancenillier qui verse du poison dans son ombre. »

Les poils des Processionnaires, emportés par le vent, atfeignent aussi les travailleurs occupés au voisinage de la forêt :

Jourd’heuil rapporte qu'en 1860, dans les forêts de l’Aube,

tous les chênes ont été entièrement dépouillés par les che-

nilles du Bombyx processionea. « J'ai remarqué, dit-il, des arbres, envahis par des bandes d’affamées de plus de 1 mètre de large sur 4 ou 5 mètres de hauteur ; lés troncs sont littéralement couverts des dépouilles de toutes ces chenilles, ce qui fait de la circulation dans ces forêts un véritable supplice. Le vent, pendant tout l'été, avait répandu sur toute la prairie environnante cette poussière, véritable fléau pour les faucheurs, et surtout pour les faucheuses. J'en ai vu plusieurs forcées de renoncer à leur travail. Mon courage n’a pas été supérieur au leur et, après avoir affronté deux jours de suite le danger, force a été de m'arrêter. »

ECTS, ©

Re

Mentionnons encore ei cité à l'Observation IX, d’un ouvrier terrassier contaminé alors qu'il travaillait danune campagne ombragée, et le cas des artilleurs campés dans la forêt de Fontainebleau, relaté par Rohr (Obs. XHT).

2° Accidents survenant aux promeneurs. — On comprend facilement que les passants, et surtout les personnes qui se

reposent en forêt ou dans les jardins plantés d'arbres, puis-

sent être atteints par les poils des chenilles (Obs. IIT à VIT X, XI et XIV à à XVII).

Il n'est pas toujours nécessaire de sortir des agglomérations; les habitants d'Arcachon et surtout les étrangers qui viennent y passer quelque temps, sont M nr atteints ‘en

ville même.

Landon rapporte que la station balnéaire de Kalberg, près d’Elbing, au nord de Dantzig, installée près d’une forêt de pin sylvestre, autrefois fort prospère, dut être abandonnée à cause d’une invasion de processionnaire (Cn. pinivora).

Clifford dit que, pendant plusieurs années, les passants circulant sur la vieille route de Douvres, entre Gravesend et Chalk, furent, durant les mois d’été, victimes des poils enlevés par le vent aux nids de Porthesia chrysorrhæea qui garnissaient les haies bordant le chemin. « Il était curieux, ajoute-t-il, d'entendre les différentes conjectures qui étaient faites sur la cause de l’irritation que l’on n’attribuait jamais aux insectes de la haie. »

Une invasion importante de cette espèce a eu lieu dans le centre de la France durant ces dernières années, en 1921

surtout. Des forêts entières ont été envahies, des vergers

dépouillés et de-nombreux nids couvraient les haies ; il n’est pas douteux que de multiples accidents se soient produits,

w. | ét cependant aucun ne paraît avoir été relaté par les périodiques médicaux et sans doute, beaucoup de ceux qui les ont éprouvés, n’en ont pas connu la cause exacte.

3° Accidents paradoxaux. — Nous appelons ainsi des affections éruciques apparaissant soit sur des personnes qui n'ont pas séjourné dans une région infestée par les chenilles, soit sur des sujets précédemment atteints et qui sont frappés à nouveau d’une sorte de récidive plus ou moins longtemps

après avoir quitté le pays où sévissaient les chenilles. On peut.

même rester indemne pendant qu’on habite une localité à processionnaires et ne présenter les accidents que longtemps après avoir changé de résidence. À | Ces faits avaient été remarqués par Berge, Borowsky et Herbst; Laudon les a bien expliqués. Cet auteur a constaté un certain nombre de ces accidents chez des femmes qui se vêtissaient à nouveau de robes qu'elles avaient portées pendant la saison précédente dans le pays infesté; l’éruption se produisait surtout à la nuque ou au cou; des poils de miroir étaient restés attachés à ces vêtements délaissés depuis plusieurs mois et, au contact de la peau plus où moins moite, ces poils avaient produit leur effet ordinaire. Ou bien encore des personnes revenues de la campagne portaient du linge, ou utilisaient des serviettes, qui avaient été séchées au soleil à l'extérieur, à proximité des bois habités par les chenilles.

D’après Seitz, les récidives auraient lieu dans un délai de deux à neuf semaines; c’est trop préciser, nous savons que les poils existant dans les vieux nids conservent leur virulence pendant des années.

Les mêmes faits peuvent se produire avec les Liparides ; les soldats de la garnison de Guingamp, dont parle le méde-

dE En

Ps

cin-major Oriou (Obs. XXIIT) étaient infectés. par le linge È séché sur des haies des environs de Saint- Brieuc, couvertes de Culs-bruns.

Il existe nécessairement une corrélation entre l'espèce qui cause l'accident, le pays où il se produit et la saison où on le constate. L'âge et le sexe exposent plus ou moins aux atteintes des chenilles.

Région. — Nous avons indiqué précédemment l'aire de chacune des espèces venimeuses ; il en résulte que les affections dues aux processionnaires se constateront : 1° Pour le Cn. Processionea, le plus souvent dans ‘Le forêts de chènes de la région de Paris et du tie de la France, mais aussi jusqu'en Belgique, dans l'est de la France et en Suisse. : |

2° Pour le Cn. Pityocampa, dans les forêts de pins, surtout de la région méditerranéenne, du sud-ouest, et aussi au cours de certaines années plus au nord, puisque des inva: sions ont été signalées jusque dans la Côte-d'Or et la Sarthe.

3° Pour le Cn. Pinirora, dans les grandes forèts résineuses du nord de l’Allemagne, exceptionnellement en France (région de Rouen).

Les acidents causés: par les Liparis sont beaucoup moins localisés ; ils peuvent se produire dans toute la France et dans beaucoup d’autres pays et étre le fait de différentes espèces dans une même région.

Saison. — Il a été exposé que la processionnaire du chêne se développe en été, celle du pin en hiver et au printemps. C'est à la fin de cette période larvaire et surtout après la

Page 1