- OBSERVATION XXIII
e* Médecin-major A. Oriou (Arch. de médecine ne et de pharmacie militaire, t. 37, 1901)
“0 Le soldat G.. se présente à la visite le 1° juillet 1900 avec une éruption généralisée au cou, à l’aisselle gauche, au tronc, à il la ceinture et aux cuisses. Elle a débuté la veille, c’est-à-dire le
oe
samedi 30 juin dans la matinée. Au api il A changé de chemise. Un quart d'heure après, il éprouve de la cuisson et des.
démangeaisons au cou. Jl':e0. cherche la cause et constate déjà
l'existence de petits boutons rouges tout autour du cou. En Teve-
nant de l'exercice, vers 10 heures, il remarque, en enlevant ses
vêtements, que l’éruption s’est étendue à fout le tronc. Les déman-
geaisons sont intolérables. Papules de la grosseur d'une tête
d’'épingle, confluentes autour du cou, où elles forment une sorte
de collier. Elles sont plus discrètes au thorax et au dos.
Dans la nuit du 30 juin au 1° juillet, vives démangeaisons qui empêchent le sommeil.
Le 1° juillet, l’éruption s'est étendue à tout le côté gauche, suivant la ligne axillaire, Dans l’aisselle gauche, les papules par leur confluence, semblent simuler des traînées de lymphangite. Au cou l'éruption pâlit. Sur la hanche, à l’hypocondre gauche.
large placard rouge, grand comme la paume de la main. Au centre
les papules se touchent, formant une rougeur intense uniforme ; à la périphérie, elles sont plus espacées. Beaucoup sont décapitées par le grattage. Pas de température, état général bon.
2 juillet. — Même état que la veille; vives démangeaisons dans la nuit. L'’éruption s’est étendue à la racine de la cuisse gauche.
3 juillet, — Atténuation de tous les symptômes locaux.
5 juillet. — Teinte bistrée de la peau sur toutes les régions
où la rougeur était la plus intense.
Soldat L.…, éruption datant du samedi 30 juin, survenue après le changement de chemise. Est localisée au-dessous de l’omoplate gauche en arrière. Elle ne dépasse pas la ceinture en
bas, ni la colonne vertébrale en dedans. Quelques papules existent aux plis du coude. Cuisson et démangeaison la nuit. L’érup-
tion dure deux jours.
— Soldat Ru… L'éruption date du vendredi 29 juillet. A éprouvé des démangeaisons un quart d'heure après avoir changé de chemise. L’éruption est localisée au membre supérieur gauche, surtout dans le pli du coude et entre les omoplates. Vives déman-
geaisons la nuit empêchant le sommeil. Durée de l’éruption, deux jours.
— Caporal Des… Eruption papuleuse très confluente sur
l'épaule gauche, en arrière et à l’hypocondre gauche, survenue le samedi 30 juin, à la suite du changement de chemise. Le
1° juillet lésions de grattage. Malgré l'intensité. de l'étuption let l'acuité des démangeaisons, la température ne dépasse pas 36°,6.
Améfioration à la suite de lotions phéniquées chaudes au cen-
tième et d'application de pommade boriquée.
— Soldat P.…. L'éruption s’est montrée cinq heures après le changement de linge, qui s’est fait le samedi 30 juin, au réveil. Vives démangeaisons, troublant le sommeil. SEA
— Caporal T.. À été vu le 2 juillet. Présente une éruption
nettement localisée au pli du coude gauche. Les papules sont ici très grosses. Le placard éruptif du pli du: coude présente une
“ coloration jaunâtre au centre, et rose‘sur les bords. Début de
l'éruption le samedi 30 juin, par le pli du coude. Le 2 juillet, des
papules discrètes existent également au pli du coude droit. Le 3,
diminution de la rougeur, effacement des papules. La localisation de l’éruption aux bras est expliquée par le port d’une chemise de flanelle sans manches que le malade n'a pas quittée depuis une dizaine de jours. On trouve une chenille dans la chemise propre qui a été mise samedi. &
— Soldat Ch. Eruption dont les caractères sont identiques à toutes celles observées précédemment. Au coude du membre supérieur gauche l’éruption est confluente. Au tronc, quelques papules discrètes au-dessous du mamelon gauche. Cet homme a changé de chemise le samedi matin au réveil et c'est à 2 heures de l’aprèsmidi qu’il ressent de la cuisson et des démangeaisons.
Soldat L.…. Eruption datant du samedi 1° juillet. Plus marquée à la ceinture. Rien aux hanches ni au cou.
Etiologie (résumé). — Les plaques d’érythème étant limitées au tronc et aux membres supérieurs, on pensa d’abord à des plaques de rubéole ou de rougeole (variété boutonneuse), d'autant
plus que cette affection régnait au régiment (à Guingamp); maïs
RE
sur les cinquante soldats qui nn atteints, plusieurs avaient #
remarqué la coïncidence du début: de l'éruption avec le chan-
pement de linge du samedi matin. Un médecin fit une enquête
auprès de l’entrepreneur du blanchissage à Saint- Brieux. Il cons-
tata que le séchage du linge était fait sur des haies d’épines |
fourmillant de grosses chenilles brunes ; on avait d’ailleurs trouvé des chenilles mortes dans les chemises et. caleçons rapportés du blanchissage. Le mode de séchage fut modifié, la dermatose dis-
parut. L'année suivante de nouveaux cas apparurent, J'ancien
mode de séchage ayant été repris; un rappel à l’ordre au préposé. au blanchissage supprima tout nouveau cas d’érythème.
Le professeur Paul Marchal, chef de la sation d'Entomologie de l’Institut national Agronomique consulté, déclara que les chenilles envoyées étaient celles du Liparis (Porthesia) chrysorrhœa L., vulgairement Bombyx Cul-brun.
OBSERVATION XXIV BazpiNG (The entomologist, 1884, p. 256)
J'ai constaté, par une expérience très cuisante, que l'élevage du Liparis chrysorrhæa n’est pas une opération plaisante. Cependant je n'ai éprouvé aucun accident du fait de la larve elle-même, je ne peux pas en dire autant des cocons; une minute ou deux après les avoir touchés, ma figure et mon cou ont été couverts d’éruptions tout à fait semblables à des piqüres d’ortie, avec des démangeaisons intolérables ; pendant quelque temps je restai sans comprendre que ces cocons étaient la cause de mon mal. Un jour, comme je venais de nettoyer quelques cocons vides, ma douleur fut telle que je m'en allai en courant, dans une sorte d'état d’affolement, chez un médecin, qui m'assura que ce n'était qu'une éruption ortiée et me soigna en conséquence. |
Tout dernièrement j'ai pris une petite boîte en fer-blanc, dans laquelle se trouvaient les restes d’un cocon et, sachant quel serait le' résultat si je la vidais imprudemment, je pris ce que je crus