L'octen Pacifique
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et leurs lances, pendant que de jeunes Indiens effilaient des flèches en bois durci au feu, avec une ardeur qui prouvait combien ils eussent été heureux de pouvoir s'en servir dans le sentier de la guerre. Les sanguinaires pensées qui remplissaïent leur esprit faisaient étinceler leurs yeux noirs et donmaient à leurs mouvements une activité flévreuse.
Après avoir mis leurs armes en état, les guerriers se peignirent en guerre; c'est-à-dire ornèrent leur corps de dessins bizarres indiquant clairement leurs intentions.
Tous les Indiens ont cette coutume de se peindre selon l'acte qu'ils vont accomplir; ainsi, ils ont des dessins pour la guerre et d’autres pour la chasse et les cérémonies religieuses, de sorte qu’un seul coup d'oeil suffit à un habitant des prairies pour définir les intentions belliqueuses ou pacifiques d'un Peau-Rouge. Ces dessins sont généralement blancs où mélangés d’ocre jaune; mais lorsqu'il s'agit de l'état de guerre, le noir y mêle sa note sinistre en des lignes où la mort est symboisée de différentes manières et dont l'aspect général est absolument terrifiant.
Au coucher du soleil, tout était prêt pour le départ. Les guerriers prirent leur repas avec ce silence qui caractérise les Peaux-Rouges dans les grandes occasions puis ils allèrent s'étendre sous leurs tentes, sur des feuilles sèches recouvertes de peaux de bisons, et bientôt tout dormit dans le camp, à Pexception des sentinelles chargées de veiller à la sécurité de le tribu.
Le grand silence de la prairie n'était troublé que par le murmure de la rivière, auquel venait parfois se mêler un rugissement lointain ou le hurlement d'un loup en quête d'une
roie.
PF Quatié Biaux étaient diséiint itour du camp, debouts et immobiles, l'œil et l'oreille au guet, appuyés sur leur lance. Par instants, une des sentinelles se penchait, écoutant avec la plus grande attention et fairant le vent à la façon des fauves, mais sans provoquer le moindre bruit.
Peu à peu, la nuit repli son manteau ténébreux, les étoiles pâlirent, et le bleu profond du firmament prit une teinte plus claire, tandis que l'aurore irisait In plaine et mettait des diamants à la pointe des hautes herbes humides de rosée.
En quelques minutes, le camp fut en rumeur; chaeun allait et venait, bruyant et affairé : les femmes préparaient le repas du matin, composé de venaison froide; les enfants regardaient avec admiration les guerriers ajustant leur équipement de combat, puis Lous rentrèrent sous les Lentes pour expédier le frugal déjeuner.
Une heure après, soixante Peaux-Rouges montaient à cheval, sous la conduite d’un chef nommé le Corbeau, à cause de sa facilité d'élocution qui n’excluait pas une grande habileté dans ses discours. C'était le Sioux le plus fourbe et le plus cruel que l'on pât voir, et en lui confiant le commandement de l'expédition, le chef avait la certitude que tout serait mis en oeuvre pour que ses guerriers fissent des Blancs un véritable massacre.
La troupe se mit en marche en poussant son eri de guerre, et s'élança à travers la plaine au galop des chevaux à demi sauvages.
Le soir, les Sioux enmpèrent sur le sommet d'une colline, qui leur permettait d'embrasser du regard une immense étendue; de la sorte, ils n'avaient rien à redouter des tribus qui pouvaient parcourir la prairie, seul danger qui pût les meniacer, car leur guide leur avait assuré que les Visages-Pâles se trouvaient plus à l’ouest et ne songenient qu’à exploiter le placer où Dugal les avait conduits; pourtant, selon leur habitude, ils placèrent plusieurs sentinelles autour du camp, afin de prévenir toute surprise.
Les précautions prises par les Sioux n'étaient pas inutiles, car outre qu'ils étaient toujours en guerre ouverte avec les Pieds-Noirs, tribu très belliqueuse, ils avaient à redouter d'être attaqués par les Coeur d’Alène, peuplade sanguinaire,
habitant le sud-ouest, qui faisait parfois des excursions fort lointaines, soit pour chasser, soit pour piller les caravanes.
La nuit se passa pourtant sans incident, et dès que l'aube parut, les sauvages se remirent en marche.
Vers midi, au moment où ils allaient faire halte pour le repas, le Serpent, qui, en sa qualité de guide, marchait en éclaireur, accourut au galop, annonçant qu'une troupe de Pieds-Noirs était campée dans un petit bois situé à peu de distance. À
—Sont-ils nombreux? demanda vivement le Corbeau dès qu'il apprit cette nouvelle.
—Chaque chien Pied-Noir pourrait être scalpé par deux guerriers Sioux.
L'oeil du chef brilla de férocité; mais, en songeant au but de l'expédition, il réprima le désir sanguinaire qui avait fait bouillir son sang, en disant, avec l’admirable sagacité qui dirige les actions des Indiens, qu'il était préférable de ne pas courir les chances d'un combat, dont le résultat est toujours aléatoire, quelle que soit la supériorité numérique; de plus, il espérait vaguement décider les Pieds-Noirs à lui prêter leur aide, quitte à les massacrer ensuite.
11 assembla donc les plus vieux de ses guerriers, et lorsqu'ils furent réunis en cercle autour de lui, il leur tint ce langage :
—Les chiens de Pieds-Noirs sont campés dans notre voisinage: nos tomahwaks pourraient les envoyer chasser pour toujours dans les prairies bienheureuses où la prévoyance du Grand Esprit met du gibier en abondance devant les flèches de ses enfants rouges, mais nous n’en ferons rien, car nous devons d'abard venger nos frères tombés sous les balles des Visages-Pâles. Mes frères sont-ils de mon avis?
—La sagesse parle par la bouche du Corbeau, dit un des guerriers; qu'il nous explique son plan, et ses paroles ne seront pas perdues : si l'une d'elle tombe à terre, nous la ra masserons, et celles qui s'envoleront nous seront rapportées par la brise.
—Mon frère a bien parlé, reprit le Corbeau, flatté de la réponse du guerrier: mais écoutez-moi, car le temps presse. jgne de tête des Indiens lui fit comprendre qu'ils allait leur dire.
ns quitté notre village, dit gravement le chef, en promeltant à nos frères de leur rapporter les chevelures des Faces-Pâles, aussi ne devons-nous rien négliger pour tenir notre promesse. Quoique les Sioux soient des guerriers éprouvés et inaccessibles à la peur, ils ne doivent pas oublier que leurs ennemis sont armés de fusils qui envoient la mort de très loin. Voici done ce que je propose: j'irai trouver les Pieds-Noirs et leur ferai entendre des paroles de paix, afin de les décider à marcher avec leurs frères rouges contre les Visages-Pâles; s'ils acceptent, les deux tribus n'en formeront plus qu'une tant que la hache de guerre sera déterrée contre les voleurs blancs. Une fois cette affaire terminée, le Corbeau prendra conseil des guerriers ses frères. J'ai dit.
Un sourire cruel et significatif souligna cette dernière partie du discours, donnant raison à l'axiome: in cauda venenum.
Cette proposition était trop conforme aux habitudes de duplicité des Sioux, pour ne pas être acceptée avec empressement.
Le Corbeau se dépouilla alors de tout son attirail guerrier, et, après avoir recommandé à sa troupe la plus grande circonspection, il se dirigea du côté des Pieds-Noirs.
On s'étonnera peut-être de voir un homme aussi rusé que le Corbeau, abandonner ses armes pour aller rendre site à des ennemis; mais cette manière d'agir était d'une merveilleuse adresse; en effet, les Pieds-Noirs jouissaient d’une réputation de loyauté indiscutable, et il était inadmissible qu’un guerrier désarmé, se présentant à eux, eût à redouter le moindre désagrément. Le chef Sioux savait parfaitement à quoi s’en tenir à ect égard, et ce qui aurait pu être pour d'autres une imprudence impardonnable, était au contraire une preuve de duplicité raffinée, en ce qu’elle escomptait la
loyauté bien connue de ses ennemis. Si les Pieds-Noirs l'eussent rencontré inopinément et armé de toutes pièces, sa chevelure n’eût pas tardé à oer la ceinture de l’un d'eux, mais jamais ils n'eussent voulu se déshonorer en se portant à des extrémités fâcheuses envers un homme qui leur donnait une marque de confiance qui ne pouvait que les fatter.
Le Corbeau fut bientôt en vue du campement des Pieds- Noirs, et, apercevant un guerrier en faction contre un arbre, il s'arrêta et leva le bras droit, la main ouverte et la paume en avant,
A ce signe de paix, le guerrier avança de quelques pas et dit d'une voix où perçait une certaine méfiance.
—Mon frère se trompe : ses guerriers ne sont pas ici.
—Le Corbeau le sait bien, puisqu'il vient de les quitter.
—Mon frère aurait-il faim et désirerait-il que les Pieds- Noirs lui donnassent un quartier de venaison?.… en ce cas, qu'il soit le bienvenu.
—Les Sioux ont leurs flèches pour les nourrir et elles abattent assez de bisons pour que leurs huttes en soient pleines.
—Alors, que veut mon frère?
—Le Corbeau est un grand chef et il ne peut conférer qu'avec un égal.
Le Pied-Noir fi aussitôt retentir une appellation qui fut entendue de tous ses compagnons.
—Hugh! eria-t-il.
Plusieurs Indiens accoururent, et le plus âgé demanda au Sioux.
—Que désire mon frère?
—Parler à un chef.
—Que mon frère me suive, répondit gravement le Pied- Noir, après s'être assuré d’un regard rapide que le nouveau venu était sans armes.
Le Corbeau suivit aussitôt les guerriers dans le bois, où il fut conduit devant un feu qu'entouraient quatre Pieds-
Noirs dont les cheveux grisonnants indiquaient le rang que, par leur âge, ils devaient occuper.
L'un d'eux ft un signe, et le Sioux s'accroupit au milieu des guerriers.
On lui présenta une longue pipe qu'il fuma en silence après en avoir allumé le tabac avec un tison.
Les chefs Pieds-Noirs attendaient gravement que leur hôte voulût bien expliquer le motif d’une visite à laquelle ils étaient loin de s'attendre, étant donné l'état de guerre permanent dans lequel les deux tribus vivaient depuis de longues années.
Le Sioux fumait toujours, préparant avec soin le discours astucieux qu'il allait prononcer.
Lorsque le tabac de son calumet fut entièrement consumé, il en secoua les cendres dans le foyer; puis, se levant lentement et prenant l'air le plus imposant qu'il put, il commença d'une voix gutturale :
—Le corbeau est un chef et la neige de cinquante hivers a blanchi une partie de ses cheveux. 11 a souvent Inncé son tomahawk contre les Pieds-Noirs, mais aujourd'hui, il vient leur faire entendre des paroles de paix.
—Puisqu’il en est ainsi, dit le plus vieux des guerriers, que mon frère parle; ses paroles seront pour nous plus douces que le miel de l'abeille, qui butine dans les buissons fleuris.
—Le Grand Esprit, en créant ses fils rouges, leur & donné des rivières pleines de poissons, des forêts où courent les ours et les buffles, et un air libre dans lequel volent des oiseaux dont les plumes ornent nos touffes de guerre; il a alors dit à ses enfants : “Tous ces biens, je vous les donne à profusion pour que vous viviez heureux et dans l'abondance : le gibier vous nourrira; les fleurs vous charmeront par leur par- Lum; l'herbe vous fournira un lit moelleux; les arbres vous abriteront, et les rivières apaiseront votre soif” Voilà ce qu'a dit le Grand Esprit et cela a été tant que les Faces-Pâ-
les sont restées de l'autre côté de l'eau salée; mais un jour est venu où les Indiens ont été en partie dépouillés de ce que le Grand Esprit leur avait donné, et si nous les laissons faire, nous finirons par être refoulés vers l’ouest, au point d'être précipités dans les eaux.
—Pourquoi mon frère nous parle-t-il ainsi? dit un guerrier.
—Parce que des Faces-Pâles sont en ce moment à portée de nos tomahwaks; et je viens vous demander d'oublier nos querelles pour les empêcher de nous dépouiller des dons que nous tenons de la libéralité du Grand Esprit.
—Si mes oreilles ne sont point fermées, j'ai compris que mon frère nous demande de lui prêter le concours de nos lances contre des Visages-Pâles dont il convoite les chevelures.
—Oui, et les guerriers Pieds-Noirs sont trop braves pour ne pas s'unir aux Sioux dans cette circonstance.
Les Pieds-Noirs parurent réfléchir profondément. Ils n'ignoraient pas que les Faces-Pâles dont avait parlé Sioux étaient Dugal et ses compagnons qu'ils avaient rencontrés quelques jours avant, à l'endroit où se trouvait le placer. Les deux troupes avaient même échangé des paroles amicales et s'étaient unies dans un repas commun, car les Pieds-Noirs faisaient un commerce d'échange avec les Canadiens, et le chasseur était depuis longtemps leur ami, ainsi que le Père Joseph, dont la bonté avait depuis de longues années touché leur coeur; aussi leurs réflexions n’avaient-elles point pour objet la proposition du Sioux, mais bien le moyen de prévenir ses projets sanguinaires, en avertissant Dugal du danger qui menaçait sa troupe.
Quoique rien ne pât changer leur résolution, ils n'étaient pas sans une certaine inquiétude, car le nombre des Sioux leur était connu, et un combet ne pouvait que leur être défavorable malgré tout leur courage. Il s'agissait donc d'agir avec finesse et de mettre en pratique toutes les ruses oratoires usitées en pareil cas. Mais comment s'y prendre
pour endormir la défiance du Corbeau, dont ils connaissaient bien la fourberie et l'astuce?
Après un long silence, un des chefs se leva enfin, et, donnant à son visage un masque d'impassibilité impénétrable, il commença en ces termes.
—Le Corbeau a bien parlé, et ses frères les Pieds-Noirs nt eu les oreilles charmées par ses paroles; leur coeur en a été réjoui, car ils espèrent que maintenant la hache de guerre est enterrée assez profondément pour que de longtemps elle ne puisse revoir le jour. Mais je ne vois pas en quoi le secours de mes frères peut lui être utile... Les Sioux sont des guerriers redoutables, et s'il y a, dans les environs, des Faces- Pâles, ce que j'ignore, leurs chevelures iront certainement sécher dans les huttes de mes frères rouges. Si le secours des Pieds-Noirs pouvait être de quelque utilité au Corbeau, ils courraient dans la direction de ses ennemis avec l'agilité du bison lorsqu'il est traqué par l'Indien et que les flèches siffient autour de lui; mais je ne erois pas que leurs lances soient indispensables pour anéantir les Visages-Päles… à moins, ajouta-t-il lentement, que les Sioux ne craignent de les attaquer seuls; dans ce cas, les Pieds-Noirs sont prêts. Si cela est, que mon frère le dise.
Et l’Indien s'assit attendant le résultat de sa dernière phrase.
L'effet fut celui qu'il avait prévu : le Corbeau se leva, les yeux étincelants et tremblants de colère.
—Les Faces-Pâles sont des chiens! s'écria-t-l, et leurs aboiements seront étouffés par le eri de guerre des Sioux. Avant que le soleil ait disparu trois fois derrière les collines de l'Occident, leurs chevelures seront attachées à nos ceintures; les Sioux prouveront aux Pieds Noirs qu'ils ne sont pas des femmes peureuses et que leurs mocassins ne craignent pas de marquer leur piste dans le sentier de la geurr Ils feront seuls ce que leurs frères refusent d'entreprendre avec eux.
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Sans ajouter un mot, il s'éloigna majestueusement, mais d'un pes saceadé qui indiquait son courroux.
seux brillaïent d’un éclat féroce, et il lui fallut une force &e volonté incroyable pour ne pas lancer immédiatemin :23 guerriers sur les Pieds-Noirs, dont le refus constitail à ses yeux une infime trahison, Plusieurs fois cette pensée l'agila, mais le désir de se venger des Blancs fut plus fort que sa raneunes et il résolut de remettre à plus tard le châtiment qu'il voulait infiger aux Pieds-Noirs, dont Ia réponse ambiguë ne l'avait point trompé et prouvait suffisamment que les Visages-Pâles avaient toutes leurs sympathies. Pourtant, il se demandait si ceux-ei n'avaient pas été vus par les Pieds-Noirs, auquel cas, ces derniers, connaissant l'endroit où ils étaient campés, pourraient bien le suivre et tomber sur ses guerriers au moment où avec Dugal I prit aussitôt ses dispositions en conséquence faisant lever le camp, il emmena sa troupe, en passant ostensiblement devant les Pieds-Noirs, mais deux Sioux restèrent en arrière pour épier tous les faits et gestes de leurs enne avee mission de prévenir le Corbeau s'ils suivaient sa piste.
Lorsque le Sioux avait quitté les chefs Pieds-Noirs, s'étaient empressés de tenir conseil, afin de venir en aide à leur ami Dugal. Leur première pensée fut de lever le camp et de le rejoindre, mais ils n’y donnèrent pas suite, certains qu'ils seraient épiés; et, les Sioux étant à cheval et armés en guerre, leur défaite serait inévitable. Ils s’arrêtèrent donc au parti le plus simple, mais le plus pratique.
Un jeune guerrier, nommé Cerf-Agile, fut aussitôt mandé, et on lui confia la mission périlleuse de se rendre au camp des Visages-Pâles, pour les avertir que les Sioux, au nombre de soixante, étaient en route pour les attaquer.
Fier de In confiance dont il était l'objet, Cerf-Agile prit son are et son tomahwak, et s'élança à travers le bois aver la vitesse de l'animal dont il portait le nom.
Les Pieds-Noirs levèrent alors tranquillement le camp,
4 Les CHERCHEURS D'OR DES ROCHEUSRS
et se dirigèrent dans la direction de leur village, suivis, ainsi qu'ils le supposaient, par les deux Sioux chargés de surveiller leurs mouvements.
Pendant qu'ils regagnaient paisiblement leurs wigwams, les Sioux filaient comme le vent, leurs chevaux disparaissaient jusqu’au poitrail dans les hautes herbes. Cette course avait quelque chose de véritablement fantastique : les longues plumes qui ornaient la tête des sauvages flottaient en tout sens; les coursiers, sans aucun harnais et guidés seulement par la pression des genoux de leurs cavaliers, bondissaient, le cou allongé et les yeux flamboyants, avec toute Pardeur qui caractérise ces superbes animaux à demi-domptés, dont les jembes fines et nerveuses franchissent d'incroyables distances avec une rapidité qui tient du prodige.
Au bout d'une heure de galop, les Sioux durent descendre de cheval, car ils avaient à traverser une épaisse forêt où des cavaliers n'auraient pu avancer que très difficilement sous les branches touffues qui entravaient le passage. Ces obstacles leur firent perdre plusieurs heures, en ce que leur marche se trouvait forcément ralentie, ce qui leur arrachait par instants des cris de fureur.
Lorsqu'ils furent enfin sortis de ces épais fourrés, ils remontèrent à cheval et reprirent leur course échevelée, tourmant quelques petits bois qu'ils pouvaient se dispenser de traverser, et, au moment où le soleil se couchait, ls arrivaient sur le sommet d'une petite colline et apercevaient avec une ioie féroce le eamp de leurs ennemis, installé au milieu d’une vaste clairière qu’entouraient, à une certaine distance, des bouquets de sapins, trop clairsemés pour qu'ils pussent y prendre position, mais suffisants pour harceler les aventuriers.
Comme le terrain ne leur permettait pas de dissimuler leur présence, et que, d'un autre côté, ils n'avaient pas à craindre d'être attaqués, ils allumèrent aussitôt des feux pour préparer leur repas.
Pendant que les guerriers se livraient à leurs occupations culinaires, les principaux chefs se réunissaient autour d’un feu, pour délibérer et arrêter leur plan d'attaque.
Quoique le Corbeau fût investi du commandement suprême, il était trop rusé pour assumer complètement les responsabilités qu’allaient entraîner les hostilités. 11 n'ignorait point que les Faces-Pâles se défendraient avec énergie; de plus, ces derniers étaient armés de carabines et de pistolets qui ne pouvaient manquer d'éclaireir les rangs de ses guerriers; aussi, tenaît-il à prendre l'avis des chefs sous ses ordres, quitte à faire prévaloir les siens avec la souplesse oratoire dont il était doué.
Le Conseil dura longtemps. Lorsqu'il prit fin, la nuit était venue, et l'on ne distingunit plus au loin que le feu des chercheurs d'or, éclairant faiblement les contours du camp.