‹ Les chevaliers de la mouche a mielChapitre 2 sur 5 · I. -. Il · texte numérisé non relu

I. -. Il

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— Madame la duchesse, avait dit le baron de Staal, le plus ancien de la députation, avec la solennité officielle et le flegme tudesque, il se passe ici quelque chose d'étrange... à moins que ce ne soit tout naturel. Votre Altesse sérénissime attend-elle ce soir une troupe de masques?

— Non certes, mais qu'ils soient les bien venus, répondit la princesse, qui n'attendait jamais que l'imprévu, et n'aspirait jamais qu'à l'impossible. J'adore les surprises, et celle-là s'annonce bien, puisque vous êtes intrigué, vous qui ne vous étonnez de rien.

— J'ai craint qu'à cette heure avancée de la nuit...

— Il n'est jamais trop tard pour se divertir. - — ... Votre Altesse ne fût un peu fatiguée...

— Rien ne délasse comme le nouveau. Rien ne fatigue comme le repos.

— ... Et ne préférât dormir...

— Dormir! dormir! est-ce qu'on dort? riposta la

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petite fée Salpétria, dont le vif-argent commençait à s'impatienter, et qui ne comprenait pas que Ton pût dormir alors qu'elle ne dormait pas.

— Enfin, — continua le tenace et imperturbable Grison, qui ne cédait le terrain que pied à pied, au risque d'une rebuffade, — j'ai craint que Votre Altesse ne me sût mauvais gré d'avoir introduit près d'elle une aussi singulière compagnie...

— Staal! vos phrases ont des lieues. Vous me faites bouillir. Ne sortirez-vous point de vos si^ de vos car^ de vos mais? Certes je rends justice, mon cher baron, à vos bonnes intentions. Mais l'enfer en est pavé. Achevez donc, ou, tandis que vous reprendrez haleine en vos circonlocutions, j'irai droit au fait, moi, et je crierai à ces hôtes, quels qu'ils soient, que vous laissez se morfondre derrière la porte : Entrez!

Staal, qui avait l'habitude de ces rabrouages, ne bougea pas plus qu'un terme; et reprenant sa consciencieuse exposition au point où il avait été interrompu :

— Votre Altesse est incapable de faire une chose qui ne serait pas convenable, et de brusquer une présentation. Je disais donc que nous avons cru devoir prendre les ordres de Votre Altesse, parce que l'allure des survenants, leur accoutrement, leur mystère, ont quelque chose de suspect, et fait pour justifier l'hésitation des officiers qui ont l'honneur d'être comnjis à la sûreté de Votre Altesse, et qui en répondent à Dieu et au roi.

— - Staal, que rte vous bornez-vous à me garder de l'ennui? Je vous tiendrais quitte du reste. Mais au l'ait,

VOUS n'avez pas mission de m'amiiser. Je vous écoute jusqu'au bout. Ce sera plus tôt fait.

Et la princesse se mit à agiter fébrilement son éventail, tout en mordillant le mouchoir brodé sous le bâillon duquel elle venait d'étouffer un témoignage très-significalif de son impatience.

M. de Malézieux,tout étonné d'assister de loin aune conférence dont il n'avait pas la primeur, se rapprocha imperceptiblement du groupe, l'œil au guet, le nez au vent, l'oreille en trompette, prêt à intervenir dans le dialogue au premier signal donné à sa curiosité.

Le baron de Staal, auquel on laissait la bride sur le cou, prit l'amble tranquillement, et distilla goutte à goutte son récit de Théramène, tandis que ses deux acolytes s'arc-boutaient sur leur canne, et conformaient à celui de la princesse leur silence résigné.

— Madame, continua Staal, qui croyait être bref parce qu'il parlait seul, les inconnus que Votre Altesse veut bien accepter pour hôtes sont arrivés ici dans un carrosse de louage, et ont demandé à être immédiatement introduits auprès de Votre Altesse, sans carte de passe ni mot d'ordre, et en fondant uniquement cette prétention sur ce qu'ils avaient le plus grand désir et le plus grand besoin de la voir.

Ils sont au nombre de six, tous le visage couvert d'un masque épais, et le corps enveloppé de vastes manteaux.

En entrant dans l'antichambre, du pas incertain et de l'air ébloui d'oiseaux de nuit surpris par la lumière et par la joie, ils ont, d'un même mouvement, entr'ouvert leurs manteaux, pour témoigner qu'ils

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