LES AH017B8 O'OM FOV
sur ma tombe entr'ouverte ! — Adieu ! je m'en vais, et la première charrette que je rencontrerai m'écrasera la tète, puisque, grâce à toi, je ne puis pas même finir en homme d'honneur, comme j'ai vécu !
Et Marc-Henry, pâle et les traits affreusement bouleversés, s'élança vers la porte.
— Ah! c'est comme çà 1 cria Philidor à demi dégrisé, en arrêtant l'avocat. Ëh bien ! non, je ne suis pas un sans cœur I non, je ne suis pas un lâche ! attends-mqi ! De l'eau, Sémiramis, de l'eau!
Et le ténor, saisissant une cuvette pleine d'eau froide que lui présenta la jeune fille, y tivmpa deux fois son visage, qu'il essuya ensuite avec son mouchoir de poche.
— C'est fini ! poursuivit-il, je me connais, l'ivresse est morte! partons.
Marc-Henry lui serra silencieusement la main et tous d'eux s'enfoncèrent dans les ténébreuses spirales de l'escalier que nous connaissons.
Saint-Léger les suivit par derrière.
Il n'avait pas eu besoin, comme le ténor, de détruire les effets du vin, car le bischof n'avait eu nulle influence sur sa lourde et pesante nature.
Il était à. peu près six heures du matin, quand nos trois personnages descendirent l'abominable escalier de la maison de Sémiramis et se trouvèrent sur le pavé fangeux de la rue Gît-le-cœur.^
L'aube naissante commençait à blanchir d'une lueur faible et indécise les faîtes des maisons ; mais un brouillard épais et nauséabond, s'élevant de la Seine et des*
Cendant du ciel, arrêtait au passage la lumière incertaine et entourait tous les objets d'un voile blafard et cotonneux.
Il ne restait qu'une heure et demie environ à Marc- Henry pour gagner le bois de Vîncennes : c'était peu ; mais le hasard voulut qu'un fiacre matinal passât sur le quai juste au moment où l'avocat et les deux artistes nomades débouchaient de la rue Gît-le-Cœur.
' Marc-Henry mit dix francs dans la main du cocher, en i ui recommandant la plus grande vitesse, et l'automédon promit de crever au besoin ses deux maigres haridelles, si cela était nécessaire pour arriver à temps.
La lourde machine s'ébranla, et, grâce à des coups de fouet reitérés, prit une allure presque rapide.
 peine installé dans l'un des coins du véhicule, Saint- Léger s'était profondément endormi et ronflait de la façon la plus régulière et la plus monotone.
•Philidor, dont le grand air et les nombreux cahots du fiacre avaient à demi ranimé l'ivresse un moment combattue, fredonnait avec acharnement toutes sortes de cHnnsons à boire et de refrains d'opéra-comique, et de . à autre donnait la réplique à des interlocuteurs ?îres.
Marc-iienry, livré à une sombre rêverie , semblait au premier abord assoupi, mais ses yeux étaient ouverts et son regard eut effrayé par sa fixité sinistre.
Pendant tout le trajet son attitude ne varia point : on eut dit une immobilité cataleptique.
Tout-à-coup le fiacre s'arrêta.
^^înt-Léger se réveilla en sursaut.
^•hilidor s'interrompit au milieu d'une roulade à effet.
LES AMOtmS d'un F0t7. 55
Marc-Henry fit un mouvement.
Le cocher descendit de son siège et vint ouvrir la portière; on était arrivé à la grille du bois de Vincennes.
Nos trois personnages descendirent de voiture , et l'avocat promena son regard autour de lui avec Texpression tout à la fois distraite et préocupée d'un homme qui cherche à se rendre compte des lieux où il se trouve et des raisons qui l'y ont amené.
Non loin de la grille stationnait une voiture élégante.
C'était un briska attelé de deux chevaux anglais, sur lesquels on avait jeté des couvertures galonnées de rouge, et portant brodé à chaque coin un grand G surmonté d'une couronne de comte.
Marc-Henry regarda sa montre.
li était huit heures moins cinq minutes.
L'avocat fit un geste de satisfaction et donna un louis au cocher de fiacre, lequel bénit sa bonne étoile de lui avoir fait rencontrer au début de la journée une semblable pratique : puis il lui recommanda d'attendre, sans s'écarter de l'endroit où il était.
Gela fait, l'avocat fit quelques pas en avant pour fran-
chir la grille avec ses deux témoins.
A vingt-cinq pas à peu près, dans la grande' ai. ,> l>ois, on voyait, estompé par le brouillard, v^\ ç,^'; • <le quatre hommes enveloppés dans leurs manteaux et fumant des cigarres qui les entouraient d'un nuage de vapeur bleuâtre.
C'était le comte de Canillac , ses seconds et un chi* rurgien.
En ce moment on entendit sur la route le bruit de foues impétueuses et le galop précipité d'un chevi»' ^
56 LW AMOtlIB D'UV fou.
Un cabriolet s'arrêta près des deux autres Yoi^es. Un homme s*élança de ce cabriolet et courut à Marc- Henry^ qui ne put retenir une exdamation en le reconnaissant.
C'était le capitaine Laval.
— Vous ! s'écria l'avocat.
— Moi, répondit le capitaine ; moi qui hier ai refusé de vous servir de témoin, et qui, ne pouvant réâster à l'inquiétude qui me dévorait, viens aujourd'hui parce que j'espère arranger cette affaire.
Marc-Henry fit un mouvement d'impérieuse dénégation.
— Enfin, nous verrons, ajouta le capitaine.
Puis, après avoir salué Philidor et Saint-Léger dont la tournure lui parut bizarre, il demanda à demi-voix à l'avocat :
— Qm sont ces messieurs ? -
— Mes témoins...
— Sont-ils au fait de ces sortes d'affaires?...
— Fort peu, je crois...
~ Il est alors doublement heureux que je sois venu !
— Ces messieurs attendent.... dit l'avocat en désignant du geste le comte de Canîllac et ses trois compagnons.
— C'est juste , fit le capitaine , ne les disons pas attendre plus longtemps.
Nos personnages s'avancèrent donc jusqu'à quelques pas de l'autre groupe, et le capitaine Laval, s'approchant du comte de Ganillac , lui demanda la faveur d'un entretien de cinq minutes, faveur que le gentilhomme lui accorda aveè une parfaite courtoisie.
LES AMOUM d'un FOU. 57
— M(»isiettr le ccHnte , fit le capitaine» comme vous j'ai rhonneur d'appartenir à l'armée...
Et M. Laval déclina son nom et son grade.
Le comte s'inclina.
. — Je sais, reprit le capitaine, je sais à merveille à quoi vous obligent le nom que vous portoz et vos épauiettes d'officier; mais vous avez fait vos preuves, monsieur le comte, d'une façon assez éclatante pour n'avoir rien à craindre des méchantes interprétations du monde ' et je viens vous demander avec la franchise d'un soldat p vous prévenant toutefois et avant tout que je ne porte nullement la parolei au nom de mon ami Marc- Henry), je viens, dis-je, vous demander si vous ne voyez aucun moyen d'arranger d'une façon honorable la déplorable affaire qui vous amène aujourd'hui sur le terrain?
— Malheureusement non. quant à ce qui me concerne, répondit après une pause M. de Ganillac ; j'ai été insulté par votre ami d'une façon telle , et si publiquement, qu'il m'est tout-à-fait impossible de ne point pousser les choses plus avant. — Dieu m'est témoin , capi- ^ne, que c'est à mon corps défendant, que c'est avec un profond regret que je me vois ici les armes à la main ! — Une parole d'excuse, une seule de la part de mon adversaire, et je suis prêt à me déclarer complètement satisfeiit. — Mais, par malheur, je crois avoir des raisons d'être certain que cette parole ne sera point prononcée.
— Je le crois aussi, répondit le capitaine.
— Vous voyez vous-même alors, ajouta M. de Ganillac, (lue la situation est sans issue !
— Quelles ont été les armes choisies ? demanda M. La-
58 LES AMOURS d'UN FOU.
val, comprenant que toute tentative d^arrangement serait infructueuse et que sous le prétexte frivole d'une querelle au jeu devait se cacher quelque chose de bien grave et de bien terrible !
— Aucune, répondit le comte. Votre ami ne m'a point envoyé ses témoins, et les miens se sont présentés deux fois chez lui sans pouvoir le rencontrer.
— Ceci, Monsieur le comte, permettez-moi de vous le faire observer, est bien peu régulier.
— Je le sais, monsieur; mais je n'y pouvais rien.
— Enfin, ce qui est fait est fait ! Vous êtes l'ofiFensé, vous avez le choix des armes.
— J'abandonne de graod coaur et complètement ce faible avantage à mon adversaire.
— J'accepte pour lui et je vais savoir qu'elle sera sa décision.
Le capit^ÂP^ se rapprocha de Marc-Hi^ry^ qui paraissait plongé de nouveau, dans Si^ douloureuses eteombres préoccupation^.
Il lui toucha légèrement l'épaule.
Marc-Henry tressaiUit,
— Qu'y a-t-il ? Que voulez-vous ? dcmanda-t-il avec un demi-égarement.
— M. de Ga^iUac vo^s. laisse le choix des armes , lui dit le capitaine.
— Que m'importe !
— Il importe heavK^oup !...
Marc-Henry haussa les épaules et ne répondit pas. •— Peut-être maniez-vous le pistolet un peu moins mal que Tépée, poursuivit M. Laval.
— Je n*ai jamais touché ni la détente do l'un , ni la garde de Tautre.
-* Alors choisissez Tépée...
— Pourquoi ?
— Parce que vous voua donnez ainsi une ou deux chances un peu moins mauvaises*..
— Va pour Tépée 1
— Voue n'en avez point apporté^ sans doute?
— Non.
— Ni pistolets ?
— Ni épées ni pistolets, rien.
Le capitaine jeta sur Philidor et sur Saint-Loger un regard de dédain courroucé; —ignorant leur profession peu guerrière et leur complète incompétence en matière de duel, il les accusa tout has> dans son for intérieur, de la plus coupable et de la plus incompréhensible incurie...
Puis il se rapprocha d ' M. de GanUlac.
— Eh bien? fît à son tour ce dernier.
" Nous choisissons Tépée, répondit le capitaine.
— Fort bien, avez-vous vos armes ?
— Non, mais je suppose que vous avez les vôtres ?
— Oui, j*ai dans ma voiture des épées et dps pistolets de combat.
Et l'un des témoins de M. de Canillac s'en fut chercher les instruments de mort dont ce dernier venait de parler.
En ce moment tous les acteurs du drame qui n'allait point tarder à se jouer, prirent un sentier qui, coupant ^a grande avenue à gauche, s'enfonçait dans l 'intérieur 4u bois.
60 LB8 AlfOURS D'mi FOU.
«Ils s*aiTétèrent après avoir fait deux cents pas à peu près.
L'endroit où ils se trouvaient semblait disposé tout exprès pour un duel, et sans doute avait servi de lieu de rendez-vous pour bien des scènes de «e genr«.
Philidor , malgré son imperturbable assurance et sa demi-ivresse, était enchanté de voir assumer par un autre la grave et terrible responsabilité d'ordonnateur des préliminaires du combat.
Il avait assisté à plus d'un duel. . . au théâtre ; mais alors, différence essentielle, les pistolets n'étaient chargés qu'à poudre et les épées étaient de fer-blanc!
Saint-Léger, lui, ne disait rien, pensait peu, et prenait force tabac dans sa bofte de buis ronceux, pour préserver son cerveau contre les effets malfaisants du brouillard et de l'humidité du matin.
Le comte de Canillac ôta son manteau et mit bas sa redingote qu'il jeta sur le bras de l'un des témoins. -^ M|irc-Henry en fît autant de son cété, à l'instigation du capitaine.
On mesura les épées. — On en constata l'égale longueur et l'une d'elles fut immédiatement remise à chacun des combattants.
Marc-Henry et le comte de Canillac se placèrent en face " l'un de l'autre à la distance voulue. — La figure du gentilhomme exprimait le calme le plus profond. — L*avocat, lui aussi, était calme, mais très-pâle.
Le duel commença.
A peine les deux adversaires venaient-ils d'engager le fer depuis une demi-minute, que M. de Canillac baissa son épée et s'écria en s'adressant aux témoins :
— Messieurs, le combat ne peut pas continuer ainsi !
— Pourquoi ? demanda vivement le capitaine.
— Parce qu'il y aurait lâcheté de ma part à toucher un adversaire qui ne sait pas tenir une épée !
— Eh ! qu- importe y monsieur! qu'importe ! répondit Marc-Henry.
— • Allez toujours ! dit à son tour le capitaine , qui espéra que Fof&cier d'état; major ménagerait Tavocat en raison même de la complète inhabilité de ce dernier.
Le combat recommença donc.
Une seconde suffit à M. de Ganillac^pour faire sauter à dix pas l'arme de Marc-Henry.
— Vous voyez bien, maintenant, reprit-il en enfonçant dans la terre molle la pointe de son épée, vous voyez bien qu'avec des conditions semblables le combat est impossible!
— 11 nous reste les pistolets ! murmura Marc-Henry d'une voix sourde.
— Va pour les pistolets! répondit M. de Canillac, en cela comme en toute autre chose, je suis complètement aux ordres de Monsieur.
Les pistolets furent chargés.
C'étaient des armes admirables, à double détente, et sortant des ateliers de Devismes , le plus habile sans contredit de nos arquebusiers parisiens.
On compta trente-cinq pas entre les deux adversaires, et l'on eut soin de les placer diagonalément par rapport au carré long de la clairière, afin de rompre la ligne droite et d'écarter autant que possible les chances les plus fatales.
yarc^Henry se posait maladroitement de foce et offrait
62 LES AMOURS d'ON FOU.
Aute la Bur&ce de sa poitrine et de son corps, comme point de mire à son adversaire.
Le capitaine fut obligé de lui montrer comment il devait effacer les épaules et se présenter de profil, en garantissant la poitrine avec le bras droit, et la tête avec la crosse du pistolet.
On donna le signal.
Le comte de Ganillac tira le premier. -^ Sa balle sifOâ à trois pieds au moins au dessus de la tôte de Tavocat.
11 fut évident pour le capitaine que l'officier d'étatmajor avait tiré en Fair, mais sans ostentation ni forfanterie.
A son tour, 'Marc-Henry abaissa lentement son arme et parut viser avec un soin extrême.
Gela dura deux ou trois secondes.
— Tirez ! mais tirez donc ! s'écrièrent à la fois le capitaine et les témoins de M. de Ganillac.
En ce moment une. expression étrange passa comme un nuage sur la figure de Marc-Henry. On eut dit que l'étincelle d'une machine électrique venait dé toucha et de désorganiser son cerveau. — Ses yeux se voilèrent — Sa bouche s'entr'ouvrit et parut murmurer des paroles qu'on n'entendit point. — Il chancela comme un homme ivre et par deux fois battit l'air de ses bras, cherchant un point d'appui qu'il ne rencontra pas. — Enfin, tournant sur lui-même, il s'abattit la £aoe contre terre serrant dans sa chute la détente du pistolet qu'il tenait à la main.
Le coup partit et la balle, heureusement inoffoasive, laboura les feuilles mortes à trois pas de là.
Les témoins, croyant d'abord à une blessure grave
LB8 AM0D1I8 H'VfH FOU. 63
causée par le coup de feu de M. de GaniUac, s'empres^ rent autour de l'avocat évaiiôui.
Le chirurgien s'empressa de le TÎsiter, msàs il fût constaté presque aussitôt que Marc-Henry n^avait point été touché par la balle.
M. de Canillac offrit son l)riska, que le capitaine ne jugea point à propos d'accepter.
11 devinait qu'il serait pénible sans doute à son ami de devoir à l'officier d'état-major un service, si léger qu'il fût.
Avec l'aide de Philidor et de Saint-Léger , il transporta dans le fiacre qui les avait amenés le corps inerte et presque glacé de Marc-Henry. '
Le chirurgien, quittant M. de Canillac auquel il était désormais inutile, monta en voiture avec eux et il prirent silencieusement et au pas le chemin de Paris.
Philidor ne chantait plus.
Ce jour nième et à Fheure où ise ^salent au bois de Vincennes les érvèneiâents' que nous aivons racontés dans les pages précédentes, c'est^â-ctire un peu avant huit heures du matin, -Justine entrait sur la pointe du pied dans l'appartement de sa maîtresse, et s'agenouiUant sur le tapis auprès de la cheminée, s'occupait silencieusement à dispose!' l'édifice du feu, auquel une allumette attacha bientôt une flamme vive et pétillante, grâce aux pommes de pin et au menu bois entassés sous les bûches fondamentales.
La chambre de Pélagie (ainsi se nommait la femme dé
64 UB AMGDBS D'VH FOU.
Ifaro-Hcmy ) était le {dos frais et le plus déliciem petif boudiMr qu'il fût possible d'imaginer.
Le fiea allooié, la chambiière sortit.
Une demi-heuie se passa. — Eiifin, au moment où neuf heures sonnaient au timbre argentin d'une charmante pendule Pompadour, Pélagie fit un mouveoient.
La jeune femme s'était endormie dans une pose bizarre^ gracieuse.
Ses bras, ronds et blancs, ployés derrière sa tète, se noyaient dans les tresses opulentes de ses magnifiques cheveux noirs, dénoués pendant la nuit, et ruisselants sur l'oreiller autour d'elle.
L'un de ses genoux soulevé avait forcé la couverture à descendre, et la gorge à demi - nue de Pélagie semblait au milieu des dentelles d'Angleterre et des draps de toile de Hollande, im fragment merveilleux d'un divin marbre antique.
La jeune femme, nous l'avons dit, fit un mouvement.
Elle souleva quelque peu sa tête et dégagea noncba- * lementTun de ses bras.
Ses lèvres, aussi rouges qu'une grenade, s'entr'ouvnrent comme pour un demi-bâillement.
Les longs dis de ses paupières frémirent, se sépa* rèrent, et son regard, encore tout chargé de sommeil, coula de ses grands yeux comme un éclair voilé.
La première étincelle de ce regard illumina le plus gracieux, le plus frais, le plus coquet, le plus séduisant visage qu'il fût possible d'imaginer.
Pélagie était éveillée.
Elle regarda l'heure à la pendule, jeta loin d'elle sa couverture» se laissa couler jusqu'à terre, et passant i la
hâte ses petits pieds nus dans de mignonnes mules de velours noir brodées d'or, courut ju9qu*9uprè# de la cheminée, vêtue seulement de ses Ipngç cheveux et du brouillard transparent de sa chemise de batiste, qui dévoilait avec une indiscrétion ravissante toi^tes les perfections de ce beau corps.
Là, elle s'enveloppa précipitamment dans un peignoir de cachemire blanc et se jeta dans une chauffeuse, toute grelottante et se croyant glacée, quoiqu'eu réalité il fit chaud dans la chambre.
Pélagie avait vingt-sept ans, mais elle paraissait en avoir vingt-trois ou viujgt-quatre tout au plus.
La jeîipe femme, ^prés s'être réchauffée pendant quelques minutes, fît glisser sur ses jambes fines et polies des lias de soie d'un gris pâle; puis ayant noué au-dessus du genou les rubans de satin grenat qui lui servaient de jarretières, elle se leva, secoua d'un air nonchalant les longues tresses de sa chevelure, qui s'éparpillèrent sur ses épaules comme des nattes de velours, et sonna sa femme de chambre pour achever sa toilette.
— Monsieur est-il sorti ce matin ? demanda Pélagie à sa chambrière au moment où celle-ci achevait de la coiffer.
— Je ne sais pas. Madame.
— Inibrmez-vous auprès à4 Julien.
— Oui, Madame.
Et la femme de chaipbre sortit.
-^ Julien n'a pas vu monsieur ce matin, dit-elle en rentrant deux secondes après.
Et elle ajouta au bout d'un instant :
— Madame sait bien, d'ailleurs, que monsieur a dé-
BG LES AilOURS D*UN FOU.
fendu, une fois pour toutes, d'entrer chez lui le matin.
— C'est bon, fit Pélagie, je vais voir.
Elle s*achemina par un passage intérieur vers la porte de la chambre à coucher de Marc-Henry.
Cette porte était fermée en dedans.
Pélagie frappa doucement.
— Il dort, pensa-t-elle en voyant qu'on ne lui répondait pas ; il aura sans doute travaillé toute la nuit, j'entrerai par l'autre côté.
Elle fit effectivemeiït le tour par Tântichambre et s'introduisit dans le cabinet dé travail de son mari.
Arrivée là,' elle souleva la portière de damas qui séparait cette pièce de la chambre à coucher et vit, avec un vif sentiment de surprise, que le lit n'avait point été défait.
Elle revint dans le cabinet de travail, et sa siuprise augmenta quand elle s'aperçut que la lampe Carcel brûlait encore et que les bougies achevaient de se consumer dans les candélabres.
Pélagie s'approcha du bureau et, soudain, recula en poussant un cri.
Un papier posé bien en évidence venait de frapper ses regards et sur ce papier elle avait lu ces mots : *