‹ Les Chevaliers du Lansquenet (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · PSYCHE · texte numérisé non relu

PSYCHE

■41 éétattttice.

Si ee^livre avait un autre titre, s'il $*appelait| par exen^ : Marg^Henry^ cette particularité, insignifiante en apparence, nous mettrait singulièrement à l'aise, l^otre cadre |j|RKrgirait tout d'un coup, nous aurions le droit d'exploiter les moindres particularités de la vie de notre héros, et nul d^ ses actes n'échapperait à nos investigations patientes et minutieuses. Études de cœur, analyses de sensations, physiologie, psychologie, philologie, philosophie, descriptions, narrations, nous nous en donnerions à cœur Joie, et nous tâcherions de prouver qu'en dépit du vieil axiome, tous le$ genres sorU Jfons, MÊMB le genre ennuyewp-

Mais, hélas! ces quatre mots fatals : Les Amours d'un

Fou, nous retiennent forcément dans un cercle restreint.

Nos charmantes lectrices ( les lectrices ^e nos romans

sont toujours charmantes... quand même! ) ont le droit

d'exiger de nous les tendres récits qu^ promet AOtre

titre. Nous allons leur tenir parole après avoi ^uel-

258 LES AMOURS d'UN FOU.

ques pages rs^ides, exposé très-succinctement la nouvelle position de Marc-Hénry.

A l'époque du triste dénouement de son premier amour, le fils d'Ësther atteignait sa dix-septièmo année.

Grâce à la force de son tempérament, il put résister à la maladie terrible qui suivit la catastrophe que nous avons racontée. Au bout de trois mois, sa guérison physique était complète.

11 n'en fut pas de même au moral.

Outre une disposition d'esprit singulièrement mélancolique et sombre, on put remarquer en Marc-Henry de fréquentes absences. Pendant des heures entières il s'absorbait dans une préoccupation douloureuse ; il semblait alors perdre la conscience de ce qui se faisait autour do lui et de ce qu'il faisait lui-même, et l'on ne pouvait en obtenir ni un regard ni une réponse.

Durant ces crises, il pleurait silencieusement, ou bien il semblait sous le poids de quelque elFrayante vision, et sa terreur se manifestait par son attitude étrange et par seâ gestes égarés. La crise finie, il ne se souvenait de rien.

Sur ces entrefaites, le baron de Ghâlans s'éteignit. La paralysie foudroyante qui, à la nouvelle de la moit de sa fille, avait fait du pauvre vieillard un cadavre vivant en lui enlevant à la fois la parole et l'intelligence, ne laissa se rallumer le flambeau de sa pensée qu'à la demièi-e seconde de son agonie.

En cet instant suprême, il leva les deux mains vers le ciel. Il murmura ces mots ; .

LES AMOURS d'UN FOU. 259

— Esther!... Marie! Enfin...

Puis il retomba sur sa couche funèbre, le sourire aux lèvres et Tespérance dans ]e regard. Il était mort.

On procéda judiciairement à la pose des scellés. Quand le moment fut venu de les lever, en présence des héritiers collatéraux, on trouva deux enveloppes cachetées dans le secrétaire de la chambre à coucher du baron.

L'une de ces enveloppes portait cette suscription :

A Monsieur Olaus David, Notaire à Besançon,

Avec prière de conserver ce dépôt et de le remettre à Marc-Henry , mon fils d'adoption, quand il aura atteint sa vingt et unième année.

La seconde enveloppe renfermait un testament olographe, écrit par M. de Ghâlans huit jours avant les événements sinistres qui devaient lui tuer son enfant. Ce testament instituait Marie légataire universelle et donnait à Marc-Henry une somme de cinquante mille francs , placée chez M. Olaiis David le notaire, somme qui devait être remise aux mains du jeune homme à l'époque de sa majorité, en même temps que le premier dépôt. Jusqu'à ce jour , les intérêts des cinquante mille francs lui seraient servis tous les ans.

La mort de mademoiselle de GliAlans annulait les principales dispositions du testament. Les collatéraux furent donc mis en jouissance de tous les immeubles; on nomma un tuteur à Marc-Henry pour l'administration de sa petite fortune, et on l'envoya à Besançon achever ses études.

Le jeune homme', envisageant le travail comme un moyen à peu près sûr de s'arracher à lui-métide et à ses

260 LES AMOURS d'un FOU.

pensées, se tourna vers la science avec toute la fougueuse impétuosité de son caractère. Seç succès pe pouvaient point être douteux. Par son ardeur et par son aptitude, il effraya ses rivaux et il étonna ses maîtres.

Après deux années de classiques labeurs, années de retraite et de solitude ppesque absolues, il subit d'une façon brillante les examens qui conduisent au baccalauréat, et, immédiatement après, il partit pour Dijon avec rintention de commencer son droit à la faculté de cette ville. Une voix intérieure poussait Marc-Henry vers la carrière du barreau.

C'est donc à Dijon que nous allons le retrouver , en 1 823, et un an environ après son arrivée dans la vieille ciité des ducs de Bourgogne.

Marc-Henry jouissait alors de vingt ans et dç deux mille cinq cents livres de rente.

II avait encore grandi, et ses formes , nettement accusées, annonçaient la vigueur et la santé.

Son regard, tout en conservant sa douceur primitive, était devenu plus fier ; une légère moustache noire ombrageait maintenant sa lèvre supérieure. En deux mots, l'enfant impétueux et passionné que nous connaissons, s'était transformé en un charmant jeune homme. H réunissait donc toutes les conditions nécessaires pour être déçlaf é le roi des étudiants. Et, ce titre, il l'obtenait sans conteste. Voici comment.

Marc-Henry, lors de son arrivée à Dijon, s*était trouvé, malgré lui, lancé dans une vie absolument diff^r^tede sa vip précédente. •

LE» ÀMOURâ D*tm FOU. 261

11 s'était cependant promië de cotiseî^ver h Técole de rt)ît toutes ses habitudes de travail et d'isolement. Mais 'était impossible, il s'en aperçut bien Vite. Sespretnîers ompagnons étaient des écoliers , ses collègues de k faulté étaient des étudiants. Pour ceux qui sont àu fait de a vie des écoles, ces deux tùoiè éxplictuent tout.

Les écoliers, en effet, n'ont ensemble que de courtes ït légères relations. Une foiâ leurs classes achevées, ils >e dispersent et deviennent, eelui*çi soldat , celui-là marin , cet autre employé dans une maison de banque ,

Les étudiants, an contraire, nouetit des rektiôns de chaque jour que le temps ne doit jfnoint .disjoindre. D'abord Ils sont tentis, pendant trds ans de suite , d'user ensemble les bancs de l'école, en face d'une chaire de médecine ou de droit. Ensuite, ils se trouvent réunis par les liens d'une carrière commune, et il est plus que probable que certains points de contact, certaines Occasions de rapprochement, subsisteront entre eux à l'avenir , surtout quand ils appartiennent à une môme province, ou à deux provinces voisines.

Les étudiants, d'ailleurs, pratiquent réellement les uns envers les autres cette fraternité dont les républiques parlent tant, mais qu'elles donnent si peu Celui d'entre eux qui voudrait vivre complètement à l'écart (exception faite, bien entendu, pour la faculté de Paris), serait mis au ban de l'école entière , et ses collègues s'arrangeraient de manière à lui rendre cette existence insoutenable.

Voilà ce que Marc-Henry comprit , car il se décida presque aussitôt à vivre de la vie commune.

262 LES AMOUBS D'uN FOU.

Dans les premiers temps, il eut bien quelque peine à 6*accoutumer au complet laisser-aller d'habitudes , de mœurs et de langage qu*il remarqua chez ses compaguons. Lui, sauvage enfant des montagnes, nourri par des paysans, élevé par un vieux prêtre, à demi tué jadis par un seul et terrible amour, il s*effrayait des prodigalités folles, de l'élégante impiété , et surtout des £aiciles galanteries de ceux qui l'entouraient.

Uela dura peu. L'initiation fiit prompte et complète. On se moqua de lui, et, par amour-propre, il affecta les dehors de tous les vices qu'il n'avait pas encore.

Le cœur de l'homme est d'ailleurs ainsi fait : 0 n'est point de blessures morales que le temps ne guérisse , il n'est point de désespoir qui résiste au contact d'autres idées , il n'est point d'amour étemel, surtout d'amour peur une tombe. Aussi le souvenir de Marie s'effaçait-ii peu à peu dans l'âme de notre héros.

Cependant, par instants, ce souvenir se réveillait , sinistre et douloureux, et Marc-Henry ne suivait ses amis qu'à regret dans la voie des lestes intrigues et des passions de hasard.

Il faisait peu de cas des jolies grisettes dijonnaises.

Prodiguer le saint nom d'amour dans ces liaisons piu^ement sensuelles, lui semblait une pro&nation coupable.

Enfin, quand après une orgie on l'entratnait dans quelqu'une de ces ignobles maisons où le plaisir est tarifé, il n'ofifrait ses lèvres qu'avec répugnance aux baisers des filles de joie, et il sortait du lupanar le cœur rempli de dégoût, et, disons-le à sa louange, le visage rouge de honte.

LES AMOURS D'UN FOU 2d3

Eh bien ! malgré les quelques excentricités que nous venons de signaler, Marc-Henry, grâce à sa force , à sa beauté, à son intelligence, grâce aussi à ses cent louis de rente (véritable opulence pour un étudiant de province en 1823) ; Marc-Henry, disons-nous, jouissait parmi ses condisciples d'une' grande suprématie morale. . Il était entouré, consulté, adulé, il avait des courtisans et des flatteurs. On ne lui reprochait qu'une seule chose, la rigidité presque absolue de ses mœurs.

Le jour où il se fut décidé à prendre une maîtresse en titre, il eut été complet. Ses partisans les plus dévoués le sondaient souvent à cet endroit.

Il leur répondait avec un sourire:

— Je ne veux point de ces créatures qui passent de main en main, comme un exemplaire des Institutes ou du Code civil et qui, appartenant à tout le monde, n'appartiennent à personne. Le jour où je rencontrerai une femme qui vous aura refusés tous... eh bien! ce jour-là, j'essaierai...

Au centre de la ville de Dijon se trouve une place d'aspect pittoresque, faisant face aux magnifiques bâtiments dits : le Logis du roi. Cette place se nomme la pliice d* Armes.

Le rez-de-Chaussée et le premier étage de l'une des maisons qui la bordent étaient occupés, en 1823 (et sans doute le sont encore aujourd'hui), par un grand estaminet baptisé du nom pompeux de Café des mille colonnes.

A l'époque où se passent les événements de cette bis-

264 LES A1I0UK6 d'oh vou.

toire véridique, Festaininet en question jouissait d'une dame de comptoir jeune, jolies eCydisait-on, peucrudle ; la meilleure Inère de Lyon et de Strasbourg y moussait dans des cruchons bruns et dans de larges caneites de grès ; les liqueurs étaient d'un excellent cbi^x, et l'hôte se montrait facile sur l'importante question du crédit. On ne s'étonnera donc point que le Café des mUle colonnes eût été adopté par la majorité des étudiants.

Quelques comédiens du théâtre de IHjon , viTant de pair à compagnon avec messieurs les i^'^fe^, hantaient, de leur côté, fort assidûment l'étabUssement susdit, au grand désespoir du propriétaire, car, s'ils eonsommaîent beaucoup, en revanche ils payaient fort peu. Cependant, comme ils étaient protégés parles étudiants, à qui ils facilitaient des accointances avec la partie féminine de la troupe, on n'osait point les prier de ne plus revenir.

Un matin, c'était vers le milieu du mois de février, Marc-Henry confortablement installé près du poêle du Café des miUe colonnes, jouait aux dominos avec ud sous-lieutenant de la garnison, tandis que sept ou huit jeunes gens, debout et la pipe à la bouche, suivaient d'un œil attentif les péripéties de la partie engagée.

La porte s'ouvrit, et un adc^escent doué d'une apparenoe fort originale, fit une entrée bruyante.

Ce nouveau venu n'avait guère que dix-neuf ou vingt ans, mais il paraissait plus ftgé tant on lisait de précoce fatigue sur scm visage juvénile.

Il était de taille moyenne, et si prodigieusement mince qu'on le soupçonnait véhémentement de porter un corset. Ses cheveux, im peu longs, se bouclaient à outrance et trahissaient par leurs tons luisants l'usage ou plutôt

LBS AMOURS D'tm FOU. 265

l*abus des huiles et des cosmétiques. Son costume enfin, quoique fripé et montrant la corde par places, affectait une coupe particulière et une élégance théâtrale.

Pour achever ce portrait, disons tout de suite qu'il y a^ait dans la physionomie de cet adolescent un mélange singulier de fatuité outrecuidante et de bonhomie spirituelle.

— Bonjour, Messieurs ! s'écria*t*'il en entrant, ça va bien ? Allons, tant mieux! Moi aussi, merci ! Je suis votre serviteur de tout mon cœur 1

— Tiens! dit un étudiant en tournant la tôte ; tiens, c'est PhiUdor !

— En personne ! reprit le nouveau venu. Qui donc serait-ce, si ce n'était lui ?

Philidor &isait partie des pensionnaires du thé&tre. Il jouait avec succès les amoureux et lès FrorUins de Topéra-comique.

— Quelqu'un m'offre-t-il à déjeuner ? poursuivit le comédien : j'accepterais un consommé et trois côtelettes, et j'en ai besoin, car je viens de passer une nuit diablement fatigante !

— Encore une bonne fortune ? demanda Marc-Henry en riant.

^Toujours ! répondit l'artiste. Parole d*honnetir ! mes amis, c'est comme dans la nouvelle Otnphalet.. Et il se mit à fredonner :

Je n'ai point trouvé de cruelles, Et je n'en trouverai jamais I L'amour, en me prêtant ses ailet, M'a laissé dérober ses traits!

Dès que je parais,

Je trouble les belles.

266 LÉS AMOURS d'un FOU.

La prude rougit,

La sage pâlit,

La jeune sourit,

Bt chacun me dit :

Tu n'as pas trouvé de cruelles.

Et tu n'en trouveras jamais 1

— Une fois, deux fois, trois fois, continua t^hilidor, m*inyite-t-on ? Personne ne répond... adjugé... Je vais me traiter moi-même. Oh! hé! garçon! un bouillon, trois côtelettes, et une demie de beaune première .

— Monsieur Philidor, dit alors la dame de comptoir, écoutez donc im peu par ici...

— Qu'y a-t-il, cher ange?

— Il y a que votre compte grossit tous les jours et qup Monsieur m*a bien recommandé de vous demander de Fargent.

— De l'argent!!!

— Mon Dieu, oui.

— Je n'en ai pas... pour l'instant... mais j'ai mieux a vous offrir.

— Quoi donc ?

— Devinez.

-De l'or?

— Ce serait vulgaire.

— Mais enfin ?

— Mon, cœur! ! ! rien que ça ! 1 ! et comme on chante dans Cendrillon :

A quoi bon la richesse, ^ A quoi bon la grandeur,

Si l'on n'était sans cesse £n paix avec son cœur?

S'aimer et se le dire, Deviner un sourire,

LES AMOURS d'un FOU. 267

Est-il un plus grand bien, môme au sein de la cour? n n'est point de bonheur, de plaisir, sans Tamour !

— • Voilà qui est joli ; mais des chansons ne sont pas des raisons ! répliqua la dame de comptoir.

— Quoi ! vous n*êtes pas convaincue?

— Pas le moins du monde.

— Mamzelle Irma , ne m'aimeriez- vous donc plus???

— Je vous aime beaucoup, monsieur Philidor; mais...

— Mais vous voulez que je vous paie... -— Dame ! Fun n'empêche pas Tautre.

^ Hélas! s*écria le comédien.

Et il se mit à chanter d*un air comiquement lamentable :

0 sexe aimable, mais trompeur 1 Tu rends mon infortune extrême.

Faut-il renoncer au bonheur De n'ôtre aimé que pour moi-même ?

—•Enfin, ne vous fâchez pas, mamzelle Irma, je vous donnerai de la monnaie la semaine prochaine... Mes appointements du mois y passeront, mais tant pis !

— (Vest bon, on prendra patience jusque-là ; mais en attendant, Monsieur a défendu qu'on vous serve la moindre chose avant que vous n'ayez soldé l'ancienne note...

— Oh ! la moindre chose ! vous exagérez, mamzelle lima.

— Pas du tout, monsieur Philidor... d'ailleurs les garçons ont reçu leur consigne.

— Vous croyez ?

— Gomment, si je le crois ? J'en suis sûre.

— Erreur, cher ange ! Yoyes plutôt.

268 L0 AHôtM otm FOU.

Et le comédien cfia d'une voix retentissante :

— Garçon, un verre d*eau, sans sucre !

~ Voilà, Monâeur, voilà, répondit ie garçon en déposant une carafe et un verre devant ^hilidof , tpû se tourna d'un air triomphant vers là dame de c<M&ptoir en lui demandant :

— Hein? qu'en dites- vous?

— Je dis que c'est un maigre déjeuner, répondit mademoiselle Irma en souriant.

— Je suis de votre avis, mài«, soyez tranquille, j'en aurai un autre.

Et l'artiste retourna ver« les étudiants en chantant comme Alidor dans l'opéra de GendrUlon :

Ayez pitié de ma misère; Transi de froid, mourant de faim, Je demande un morceau de pain Soyez sensible à ma prière; La charité, s'il vous plaît...

— > Avec des côtelettes et du bêanH4 première, ajouta-t-il en prose, et si vot» m'invitez, vous ne vous en repentirez pas, car je vous dirai un secret.

— Lequel ? demanda a& étudiant.

--Oh ! pas tout de suite...

— Pourquoi ?

— Parce que, si je vous le disais, vous le sauriez...

— Eh bien?

— Et que, si vous le saviez vous ne m'inviteriez pas, ot que voilà justement ce que veux éviter.

— Allons, Pbilidor, déjeunons ensémblie , dit en ce moment Marc-Henry, qui venait de gagner m» partie de dominos.

LES AMOUlli O'UN FOU. 269

— J*accepte ! j'accepte avec enthousiasme I s'écria le comédien en s'attablant, mais ne fois pas de faiçon pour moi, au moins; tu sais, la moindre chose, un consommé et des côtelettes. La frugalité est ma vertu dominante. La frugalité et l'économie I oh ! dieux ! ! ! Aussi mes petites affaires vont le mieux du monde, et bientôt :

Je me retire en Picardie :

On aime toujours sa patrie.

J'y suis l'ami des bonnes gens, J'épouse gentille fermière, Je deviens un Roger Bontemps, Je suis libre et n'ai rien à faire Que des heureux... et des enfants 1 1 1

r^ Philidor, mon ami, tu es singulièrement insupportable avec tes flons-flons continuels.

— C'est bien, je m'abstiendrai... D'ailleurs, je joue ce soir, et il ne faut point fatiguer mon insirumerU. À propos, je vous ai promis une nouvelle, Messieurs...

— Un secret, à ce que tu prétends.

— Un grand secret; et qui va joliment vous faire dresser l'oreille à tous.

-Ah! ah!

— Figurez-vous que nous avous une débutante !..

— Ah! diable!

— Voilà.

— Jeune ?

— Dix-huit ans.

— Jolie?

•»-* Goxnme les amours.

-T- Plonde ou bru^e?

^ Aiwi bloQde que le b)op4 Fho^im*

270 LES AMOUBS d'UM FOU.

— Chantant?...

— Mieux qae les rossignols.

— Et elle se nomme ?

— PsTCHé. Un joli nom, n'est-ce pas ?

— Ma foi oui! ditMarc-Henry ; quand est arrivée cette merveille ?

— Il y a trois jours.

— Elle vient ?

— De Paris.

--Et elle débute?

— Après demain , dans une Folie , rôle à^ÂrmarUine, EUe avait déjà joué la pièce dans la banlieue, ce qui fait qu'il n'y a eu besoin que de deux ou trois répétitions. J'ai vu le raccord ce matin, et j'ai été émerveillé. Oh ! ça sera un grand succès.

— Et ne sait*on pas encore si la belle est farouche ? demanda un étudiant.

— Non, répondit Philidor d'un air fat ; mais je compte m'en assurer prochainement.

Les étudiants se mirent à rire, et l'acteur qui venait d'achever son déjeuner se leva ea chantant :

Partout on vante auprès des belles Et mon esprit et ma raison, Et, pour vous faire adorer d'elles, De moi, mes chers amis, il faut prendre leçon !

Le lendemain de la conversation que nous avons rapportée dans le chapitre précédent , on placardait dans toutes les rues et à tous les carrefours de Dijon une Immense affiche jaune portant en lettrescolossales ces mots,

dont les dimensions inusitées attiraient les badauds et captivaient les flâneurs émerveillés :

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