TOUT EST BIEN, QUI FINIT BIEN
Exposé de faits.
L'assassinat du prince de Falckenberg produisit, nonseulement dans le pays, mais encore dans toute la France, une très-grande sensation.
Rien n'était en effet plus dramatique et plus intéressant, du moins à en croire les journaux de Normandie, qui fu- v rent presque immédiatement copiés par ceux de Paris, puis par ceux de l'Europe entière.
Nous pensons être agréables à nos lecteurs en reproduisant littéralement le texte du premier article publié sur ce sujei, article dont s'enorgueillit longtemps le rédacteur en chef du Progressif de la Manche,
« Un épouvantable événemeni vierd de jeter V effroi dans notre beUe contrée, et de porter la désolation au sein de Vune
m LES CflB?ÀLIEKS DD LÀNSQDBKBT.
des plus honorables famiUesdontla vidUe Normandiefnûsse être flère ajuste titre.
» Eumémdes, divinités redoutables et détestées, pourquoi donc éteS'VOus ainsi sorties de l'enfer? pourquoi v<ms Orinm vu secouer vos flambeaux pestilentiels, et infecter de votre odieux poison le cœur dépravé d'un abominable assassin, juste au moment où rhyfnénée allait allumer ses flambeaur.
» Pourquoi ces cris de rage, ces torches incandescentes? et n'est-ce point ici le lieu de s'écrier avec le poète : Poar qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?
» Un illustre et noble ^étranger, le prince de F***, avait tout récemment recherché la main d'une beUe et riche héri-titre, frais bouton de rose, orgueil de nos cliamps, omemeiU de nos vallées,
» La recherche du prince de F*** avait été agréée; le noble fiancé était venu faire élection de domicile chez les parents de la jeune vierge. Les bans avaient été affichés à la mairie de la paroisse de C***, et déjà l'on tendait de festons et de guirlandes le seuil de la chambre nuptiale, quand fut perpétré le crime inouï, dont notre âme est émue et notre pensée frissonnante f
» La mât était sombre, tout dormait, hors l'assassin perfide qui rampait dans l'ombre et se glissait comme un serpent!
» Un cri, cri d'angoisse et de désespoir, traverse tout d'm coup le silence et Vobscurité.
» Cr\ accourt, et l'on trouve au bas de la fenêtre de sa chambre à coucher, le œrps inanimé du prince, percé de part en part d'un coup di poignard dans la région du cœur.
» La mort, à ce qv^il \nratl, a été instantanée*
» Les expressions nous manqaentpour peindre le dései-
pobrdetous les membres de la respectable famiUe, dans laquelle allait entrer le prince de F***,
» Il nous faudrait la plume d'aigle de Tacite, unie à la pkme de cygne de Fimmortel et tendre Racine, pour narrer dignement cette scène déchirante.
» Le noble étranger , dont nous déplorons la perte si tragique et si prématurée, s'était fait généralement chérir de tous, et en particulier de ceux qui Vont connu, par l'aménité de ses mœurs, et surtout par la droiture et la loyauté sans tache de son caractère,
» Le meurtrier est arrêté, La justice informe. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des débats de cet important procès. »
les lecteurs des Chevaliers da Lansquenet sont probablement fort surpris du fait mis en avant dans la dernière ph ase du Progressif de la manche, à s .voir l'a restaliori de Tassassin.
Quelques lignes vont nous suffire pour expliquer cette assertion, et pour en finir complètement avec le meurtre de l'ex-comte de Fly.
il y a dans le Cuisinier royal cet aphorisme bien connu, et que ne renierait point, sans doute, M. de la Palisse : Pour faire un civet de lièvre, prenez un lièvre.
La justice procède d'habitude comme le Cuisinier royal. Quand un c. ime a été commis, il lui faut un criminel, el presque toujours die vient à bout de se procurer le criminel demandé.
Or, un aréopage, fi.t-il composé des sept sages de la Grèce, n'est point, et ne peut point être ii.faillible. Ails forte raison ne peut-on pas attendre cette infaillibilité de douze ignorants qui, sous prétexte de jury, et pensant à
toute autre chose, Tua à ses bœufs, l'autre à son commerce de bonnets de coton, un troisième à ses infortunes coiyuga'es viennent écout r de longs plaidoyers, puis les dépositions d'une foule de témoins souvent menteurs ou corrompus, et condamnent ensuite aux travaux forcés ou à la piine de mort un pauvre diable qui n'en peut mais.
Quelquefois le jury sa trompe, mais qu'importe? on a puni le coupable, ou ce qui revient au même le catipable supposé; la justice est satisfaite!
Donc, pour en revenir au procès Falckenberg, la gendarmerie arrêta le lendemain du meurtre un individu de mine fort suspecte, errant à l'aventure dans les Lois.
Il fut reconnu, après mûr examen, que cet individu état un forçat en rupture de ban, échappé un mois auparavant du bagne de Rochefort.
Depuis son évasion, ce forçat se cachait où il pouvait, el la nuit du meurtre il dormait dans une cabane abandonnée, â une lieue à peine du château de Ghoisy.
Le crime lui fut immédiater.ent imputé, et il dût passer en cour d'assises sous prévention d'a>sasslnat.
Gomme l'accusation était à tout prendiC fort vraisemblable, et comme il fut impossible au malheureux de démontrer son alibi, MM. les jurés n'héritèrent point k répondre affi' mativement sur la question de meurtre commis sans circonstances atténuantes.
L'innocent forçat monta sur l'échafaud en protestant de sa non-culpabilité, ce qui lausa à tous les honnêtes gens l'indignation la j;)lusjyéhémenle. — La justice esl une belle chose!
Nous renvoyons d'ailleurs les curieux k la Gazette des
LB8 CaBVÀUBRS DO tAN$i|OBfltt. 445
Tribmmx et au ihroU, qui rendirent un compte«fort détaiJlé des débats» à l'époque même du procès.
Après les événemeats qtâ venaient de se passer, M. d'En-> tragues avait cmnpris qa^ le seul parti qu'il eut à prendre était de sTéloigner de la Normandie, sauf à s'en rapprocher plus tard, si les circonstances devenaient telles qu'il pût, avec quelques chances de succès, se remetire sur les rangs pour obtenir la main d'Ësther.
En conséquence, il prit congé du vicomte deNodësmes, passa deux jours à Gussac, où madame de Boisjol continua t à aller de mieux en mieux, et regagna Paris.
La lettre du comte Abel nd l'avait point irompé relativement au général Carol.
Ce dernier s'était remis peu à peu des suites de la terrible blessure qu'il avait reçue dans soii duel ave j Georges, mais à mesure que les forces physiques revenaient, on s'apercevait davantage que Tébranlement du cerveau avait porté un coup funeste à l'intelligence du vieux soldat.
Le général n'était poiiitfou, si par folie on sous-entend soit une démence furieuse, soit les divagations et les aberraiions de la pensée.
Le général ne fensait même pas; il sembla t avoir perdu avec la mémoire la conscience de lu -même. Sombre et tacitur. e, il pjssaitdes journées entières saijs qu'il fut possible 4ie lui arracher une parole; s'il disait quelques mots, ces mots n'avaient aucune suite, et si grande que I fut la bonne volonté qu'on y put mettre, il u*eût point été possible ùe leur découvrir un sens,
17S LBS.pgSyA|,IBR$ DC L.\NSQDB?rBT.
portes p\ ^s f(inètr6$ cjotivées, doul^lé^ de i^riUes en fer et ouvrant sur Içjftrçliq, , ,,.. ;. .,«
Rien ne peut rendre l'impression produite sur l'âme de Jules, lors de ce premier regard désolé qu'il j( ta sur la prison.
Il était alors neuf heures du malin.
Le temps était sombre et la galerie presque déserte.
Quelques hommes en blouse, charretiers et porteurs d'eau, tous à moitié ivres, buvaient au guichet de UPcanfine un mélange acide et malfaisant, connu généralement sous le pseudonyme de vin blanc.
Leur naissante ivresse s'exhalait en chansons iHimonde;:, en ignobles injures, lancées de Tun à l'autre sous forme de dialogue et de passe-temps joyeux.
Si l'on voulait trouver l'équivalent de ces chansons et de ces injures, ce n'est pas même dans le vocabulaire des halles qu'il faudrait aller le chercher, mais dans ces bouges mal famés, dans ces tavernes repoussantes, où l'argot est une langue, le vin violet, une boisson, et l'ivresse un état normal.
C'est dans cette longue et triste galerie , au milieu de ces êtres déguenillés (on peut mettre en prison pour une dette de 200 francs), que Nodèsmes se trouva jeté.,.
Jeté soudainement, jeté à l'improviste, par un concours de ces circonst.mccs étranges qui ne se rencontrent que dans les rêves, quand les rêves sont des. cauchemars, aans deviner pourquoi il y éta|t venu, sans ss^voir. ni quand, ni comment il en pourrai]L,sortir 1 .
Dans l'avant- dernière cellule à gauche, au bout de la galerie, se trouve la. bibliothèque.
Celte bibliothèque contient quelques douzaines de mau-
LES CHBVALIÇnS BO r.».NSQnBNET. 179
vais livres df^pareillés, qui se louent au profit de la Sr)ciété philanthropique ïonôée pour améliorer le sort des plus pauvres d'entre les détenus.
Le préposé à la location vend, en outre, du papier, des , plumes, de l'encre, enfin tout ce qu'il faut pour écrire, comme disent Its faiseurs de vaudevilles.
Nodêsraes fit emplette de ces diverses choses, et adressa deux lettres, ou plutôt deux billets, qui se ressentaient de l'extrême désordre de son esprit, l'un à Georges d'Entragues, l'autre à la duchesse de Sandoval.
Nous allons le laisser, attendant avec une avide impatience la double réponse de sa maîtresse et de son ami ; et nous demandons à nos lecteurs de nous pardonner si nous effleurons rn passant une question déplacée peut-être dans ces pages futiles, question d'une gravité immense, celle de la contrai u le par corps.
Nous serons ennuyeux peut-être, mais à coup sûr nous serons brefs.
* Beaucoup de gens, d'après les menteuses descriptions dont nous parlions au commencement de ce chapitre, se figurent que la prison pour dettes est un lieu de délices tout peuplé de viveurs éuiéritesj qui viennent, entre des flacons de Champagne et de jolies pécheresses, se retremper pendant quelques mois d'isolement et de repos forcé,
* La plus grande partie des détails suivants est empruntée k une brochure publiée sous ce litre : Pétition adressée par de^ habitants de Paris, à MM. Us Pairs et à MM. les Députés, sur la contrainte
par corps.
Roaerief.
11 ne restait plus que huit jours, avons-nous dit, avant l'échéance des lettres de change d * Jules de Nodêsmes.
M. d'Entragues écrivit à son ami, et sous le prétexte de faire faire quelques réparations à son propre logis, il le pria de l'autoriser à occuper pendant une ou deux semaines, l'appartement qui avait été laissé libre par son départ.
Le vicomte répondit en envoyant l'ordre de mettre Georges en possession immédiate, ce qui fut fait.
Les huit Jours s'écoulèrent.
Le 15 août, à onze heures du matin, Salomon David, en personne, se présenta chez le concierge de l'hôtel, et demanda M. de Nodêsmes.
Georges avait donné la consigne de laisser arriver jusqu'à lui tous ceux qui désireraient parler au vicomte.
Salomon fut introduit.
nicliy (fui7e>.
La contrainte par corps, malgré les efforts généreax tentés en diverses époques par la population tout entière pour la déraciner du sol fran^ls, se traîne honteusement dans nos Codes, d'où n'ont pu la chasser les deux révolulions successives de 89 et de 1830 (1). En voici les résultats :
Croit-on trouver dans les prisons de la dette des débiteurs de mauvais ' fo', entrés sous les verroux la poche pleine de billets dehanqiie ?
Croit-on y rencontrer des gens habile:. i\ masquer leurs ressources poui* échapper au paiement ('e créances légitimes, affichant un cynisme impudent, nacgaant leurs créanciers à travers* les grlùes, et fa* ;nl bon marché de leur liberté et de leur honn ur, p v i qu'ils puissent sauvegarder pour Ta etiir une fortiin» honteusement acquise?
ll)La'plapsurt des renseignefnents qui forment li basâde cechapitre, et dont nous garantissons Texactitude, sont emp/untés d*une façon presque textuelle à la brochure déjU citée.
45t US C1I?ÀUBIS DO LAS800BVBT.
— Ceci change l'état de la question, mais à vrai dire je m'y attendais.
— Mon cher monsieur Salomon ?... — fit d'Entragues.
— Monsieur le comte ?. . .
— Causons un peu de nos affaires, je vous prie.
— Elles sont très-claires et parfaitonent simples, nos affaires, — répondit l'usurier, — du reste, j'attends ce que monsieur le comte me fera l'honneur de me dire.
— Vous ne demandez, n'est ce^pas, qu'à rentrer dans votre argent ?
— Avec un honnête intérêt: mon Dieu, oui, pa» autre chose.
— Cest ce qui vous arrivera fort proçhairement.
— Je l'espère fichtre bien comme ça !
— Peu vous importe d'ailleurs le moyen ?
— Oui, pourvu que le moyen soit légal.
— Je dois vous avouer que lorsque mon ami le vicoxBte de Ncdêsmes a signé pour moi ces lettres de change, il ne s'attenda t point à ce qui arrive aujourd'hui.
— Qu'est-ce qui arrive? — demanda Salomon.
— Je veux dire que le vicomte croyait et cro!t encore que je payerai à l'échéance.
— Naïf je ne homme! — mu mura le juif.
— Vous et moi, — reprit d'Entragues, — nous savions à quoi nous en tenir, et noUe intérêt à tous les deux est de le forcer à s'exécuter.
— Lui ou vous, — fit Salomon, — peu m'in)|)orte.
— Oui, mais il m'importe beaucoup que ce ne soit pas moi.
— Dites vite ce que vous avez à me demander, car je suis pressé, — .^'écria le juif: — j'ai de l'argent à tou-
LB8 CHB7ÀL1BRS 90 UlSOOraiT. 453
(dier chez nu épicier de la f^e de la Ghàussée-d'Antln, et il payera celui-là... ça n'est pas un gentilfiomme... Georges se mordit les lèvres, et poufSulTH :
— Vtras allez poursuivre le licomte...
— Je n'avais pas besoin que vous me le disiez, ■—'fit Saloiiioii.
— Vous allez le poursuivre, — continua d'Entragues,— maîsiSansIe plus grand ^ret, il faut qu'il n'apprenne tes poursuites que le jour où il aura sur la gorge l^épée à deux traadiants de la contraiift^^a^f corps et delà saisie immoMtère, alors il voudra évlter'le scandale d'uti procès en Gour royale et il paiera.
— Possible; mais je ne puis pas éviter qu'il n'ait connaissance des actes qui hii seront signifiées... '
— J'éii fais mon affaire ; ayez soin seulement que votre huissier envoie tout son papier timbré sous enveloppe, et et ne parle à personne dans la maison.
— Ça peut se faire ; je vous conseille cependant de décider votre ami à s'exécuter tout tranquillement, car s'il a l'air de vouloir me procurer du désagrément je lui rends les titres et je vous exproprie.
— Encore une fois soyez tranquille.... Quel est votre huis^ei:,
— César Pinon.
— Uii iplâme gueux» ça me va parfaiteI^ent. Salomon acheva de vider le flacon de Xères et quitta
son siège.
Georges se leva pour le reconduire.
•>- lionsteur ic comte, j'ai l'honneur de vous saluer... demain matin je ferai dénoncer le protêt.
tiques de Cliehy et des autres maisons de la* dette, afin d'embrasser d'un seul coup^'teil les résultats obtenus depuis de longues ^nées, à l-ai<ie de lacoii4ralnte par corps, et de s'assurer du oomi^e de débiteurs qfcB paiyeut avant de recouvrer leur liberté.
Il résulte de documents officiels relatifs à là' prison pour dettes du département de la Seine, documents publiés par M. Moreau Christpphe^ ancien in6pecte^r général des prisops, que sur ^,566 détenus, élargis pendant le cours de six angéel^ dé 4834 à 1837» il y en a eu seulement 307, c'est-à-dire le huitième environ, qai ont payé tout ou partie du montant de leur dette.
II résulte, en (wtre, d'una statistique plus récente faite sur la même pri6on,-pour las années écoulée^ de 1837 à 1844, que sur une râayenne de 200 détenus élargis, pas Un ne paye la moitié, trois en payent le quart, vingt payent les frais d'incarcération seulem^^nt, huit obtiennent leur liberté par des jugements qui prononcent la nullité de leur arrestation ; les cent soixante-neuf autres, c'est-àdire à peu près les dix-fieuf vingtièmes sont élargis saris payer un sou h leurs créanciers, soit par manque d'aliments, soit par l'expiration du 'temps fixé par la loi, soit par des main levées d'écrous sous réserve, soit par suite d'arrangements boiteux, bâclés par lassitude et qui restent inexécutés.
Tel est le bilan exact de hi contrainte par éorps.
rie bilan se solde ainsi ; •
^° Instituée pour proléger le commerce, elle ne sert nullement au commerce qui en dédaigne l'usage, parce qu'il en connaît les résultats, négjlifs dans un ««is, pernicieux dans un autre;
^ \a contrainte par corps ne profite qu'aux usuriers, aux plus ignobles brocanteurs d'affaires, aux huissiers, gardes du commerce, etc., etc.
Voilà pourtant ce qu'est cette institution qu'a protégée la loi de 1832!
Cette loi qui, prétendant être juste, a établi des catégories dé débiteurs, telles qu'tm fraric de plus ou de moins daos le chiffre de la dette entraine un^ année de différence dans la durée de la détention !
Cette loi qui, effrayante de rigueur pour les dettes audessous de cinq tmlle francs, établit une limite uniforme, UD maximum privilégié de cinq ans de prison pour toutes les dettes importantesi de façon que celui qui doit plusieurs ceniames de mille francs se trouve plac^ sur la même ligne r.ue celui qui n'en doit que ànq milie.
Cette loi enfin, cette loi inique, qui permet des faits tels que celui que nous allons raconter, autorisés d'ailleurs par celui dont nous citons l'histoire, et qui nous permet de le n mmer.
A l'heure où nous écrivons ces pages, c'est-à-dire le 20 février 1848, il y a dans la prison de Clichy un honnête ouvrier qui s'appelle Vigneron,
Vigneron everçait, il y a un an, la profession de cordonnier, non loin de l'esplanade des Invalides. U avait souscrit une lettre de change de mille francs, et possédait dans son portefeuille, la veille de l'échéance, la somme nécessaire p ur faire honneur à sa signature. Le malheur voulut que cette somme lui fût volée deux heures avant l'arrivée du garçon de recette de la Banque.
Un créancier sans pitié, que nous nous proposons de nommer plus tard, le fit poursuivre et le mit à Clichy.
Mi
Georgres et Danaé.
Au bout de deux heures à peu près un gardien vint prendre M. de Nodèsmes et le conduisit à la cellule qu'on lui destinait.
Cette cellule, située au troisième étage sur le jardin, était propre et même assez gaie.
Nous ne parlons point du mobilier. Les charmants dessins de Gavarni ont mis sous les yeux de tout le monde le lit de fer, la table et les deux chaises classiques.
Quelques mots nous paraissent encore utiles en ce moment sur le système de logement de la prison pour dettes.
Règle générale, chaque nouvel arrivant est mis au rezde-chaussée ou au premier étage.
Les cellules du rez-de-chaussée donnant sur le chemin de ronde, et dominées par un mur d'une grande hauteur, sont des espèces de caves humides, froides, nauséabondes, sans horizon, sans air et sans soleil.
<90 LES CneVALIERS DU r.ANSQÎIENET.
Les cellules do quatrième étage» petites niches mansardées, brûlantes pendant i'élé, glacées pendant l'hiver, peuvent rivaliser avec les cabanons de Bicêtre.
Si ciu moins l'on avait immédiatement la jouissance exclusive de cette cave ou de cette niche ; mais, hélas! on est doublé, quelquefois pendant plusieurs semaines, quelquefois même pendant plusieurs mois !
Doublé veut dire que le captif partage avec un compagnon d'infortune la propriété des quelques pieds carrés qui sont devenus son domicile.
Et l'on doit s'estimer heureux quand on est tombé sur un cohabitant de mœurs et d'habitudes paisibles !
Souvent, malgré la sollicitude avec laquelle la direction veille à ce que l'appareillage ne soit pas trop discordant, on a pour camarade de chambrée un être malpropre, bruyant, infect, et dont l'intempérance pendant le jour amène pour la nuit les résultats les plus déplorables.
Sans compter, ce qui est encçre pis, que parfois on se trouve accouplé à un détenu, lequel, condamné à des dommages-intérêts, vient à Ciichy payer de sa personne, après avoir subi une détention infamante à Sainte-Pélagie, à Poissy ou à la Force.
Ceci tient à ce que le système de logement de la prison pour dettes est si mal combiné et si défectueux, que les cellules, au nombre de cent soixante-sept, sont tout à fait insuffisantes, eu égard au nombre des détenus, et que pour avoir droit par rang d'ancienneté à un gîte moins incommode et surtout à la solitude, il faut attendre que plusieurs élargissements soient venus faire de la plate.
On comprc'nd que quand les élargissements tardent, le supplice du doublage se prolonge indéfiniment.
LBS CnBYALIERS DD L.\NSQUBNBT. 4 91
Une exception se fait en faveur des détenus écroués pour des sommes importantes.
Voici pourquoi.
Les cellules donnant au midi, c'est-à-dire sur le jardin, sont regardées comme moins propres à une évasion que celles dont la fenêtre a vue sur le chemin de ronde ; on y met donc immédiatement les débiteurs de fortes sommes.
De plus, on les laisse seuls afin qu'ils ne puissent, en cas de fuite trouver un complice ou un aide dans leur compagnon de captivité.
Ceci nous explique comment le vicomte de Nodêsmes, écroué poar sept cent vingt-cinq mille francs, obtint immédiatement la faveur si enviée d'une cellule isolée et habitable, où il s'enferma sitôt qu'il en en eût pris possession.
Presqu'immédiatement après l'arrestation du vicomte, Georges, d'Entragues gagnait les Champs-Elysées et se présentait à l'hôtel de la duchesse de Sèndoval.
Il remit sa carte à un valet de pied et fui introduit surle-champ.
Danaê était à sa toilette.
Elle n'avaient que le temps de s'envelopper jusqu'au cou dans un grand peignoir de cachemire blanc.
Georges s'inclina respectueusement et prit la main de la jeune femme, qu'il porta à ses lèvres.
La duchesse à son aspect avait légèrement pâli.
— Eh bien! monsieur le comte, — lui demanda-t-elle
460 LES CMVALiSRS DO LANSQUENET.
— Saisir» dites-vous i mais pourquoi? mais commeolT Je n'ai pas de dettes, moi l
— Je vous demande pardon, vous en ayez une.
— Laquelle?
-- Les vingt mHle francs que vous avez empruntés à Salomon, et pour lesquels vous lui avez fait une lettre de change dont nous avons tous les deux oublié l'échéance.
-- Ah 1 fichtre !
— Avez-vous en ce moment la somme nécessaire pour payer ?
— Non.
— Je Tai, moi, et je puis vous l'offrir.
— Cher ami, vous me sauvez la vie ! — s'écria Jules en prenant la main de M. d'Entragues et en la lui serrant avec une reconnaissance expansive.
— Seulement, — fit Georges,— je ne pourrai la réaliser que demain matin.
— Prions l'huisâer d'attendre à demain.
— Il refusera.
— Vous croyez?
— Les huissiers refusent toujours ces choses-là, et d'ailleurs la loi leur défend d'accorder aux débiteurs le moindie délai sansl'assenti.rent des créanciers.
— Gomment donc faire?
— Rien n'est plus simple : formez opposition au jugement.
— A quOi cela servira-t-il ?
— A empêcher l'huissie. de passer outre, et à nous donner le temps de payer.
— Alors» fjrmous opposition... mais comment?
LES CBEVALIBRS DD LANSQUBNBT. 464
— Attendez-moi là un instant.
M. d'Entragues revint bientôt avec une feuille de papier timbré, qu'il é'ait allé demander à Ces rPinon.
Il posa c^ tte feuille devant Jules, et lui présenta une plunr.
— Apre s? — demanda U vicomte.
~ Écrivez au I as de la page : Bon pour opposition, et signez.
— Voilà.
— Fort bien ! Je vais donner ceci à l'huissier et le mettre à la porte.
, — C'est îout?
— Absolument.
— Jecorapt d'.ill'urs sur votre obligeante promesse de solder demain malin cettt^ petite detie...
— Vous avez raison d'y comj)ter.
— Je vous rendrai cela à la fin de b semaine.
— Quand vous voudrez... Ma bourse est toujours et complètement à votre disposition.
L'huissier partit, et M. de Nodêsmes enchanté retourna se mettre à table.
L'auteur des Chevaliers du Lansquenet a sous les yeux wn pe it poëme. en fort peu de chants, qui est nlitulé : Clichy, et dont le \i>re lui est inconnu.
Ce petit p éme, lequel, par parenthèse, renferme des
choses assez curiAises, est d :;btiné sans doute à ne jamais
^'oir le jour. Nous allons en c.ter la premièpe strophe,
non inrce qu'elle est la meilleure de Touvrage, mais garce
qa'e'le nous amène tout naturellement à ce que nous avons k dire.
Voici cette strophe :
Si vous avez subi ces lugubres procès De vos bicBS au piUage aunonçaut le décès ; Si, le cœur plein de rage et gonflé de déboire. Vous avez d'un protêt déchiffré le grimoire, El bravé les décrets du hideux tribunal, Au Palais de la Bourse assemblant son sénat, Et laissé par lambeaux s'envoler votre aisance En frais de Cour royale ou de première instance.
Vous avez, dans un sombre et fatal horizon, De la dette écrasante entrevu la prison !
11 faut en efft t avoir passé par la désastreuse filière des gens de justice et des papiers timbrés . pour connaître certains dé' ails qu'on ignorerait toujours sans cela.
Ainsi, la plupart de nos lecteurs ne se doutent même pas que lorsqu'on vient de former opposit on à un jugement par défaut, il est essentiel de renouveler cette opposit on da s les tr is jours, sinon 1 jugement se trouve, sans autres formalités, définitif et exécutoire.
Voilà ce que Nodêsmes ignorait de la façon la plus complète, et ce que son excellent ami Geo'ges d'Entragues se garda bien de lui apprendie; ce r,ui fait qu'au moment où le vie mte se croyait à l'abri de toute poursuite, le danger planait sur sa tête, menaçant et inévitable.
Huit jours s'étaient écoulés depuis le déjeuner qui com-
mence ce chapitre, lorsque, vers les six heures du matiu, le domestique de Jules entra dans la chambre à coucher de ce dernier, qui dormait encore, et lui dit d'un air effaré :
— Monsieur... Monsieur...
— Qu'y a-t-il?... que voulez- vous?... — s'écria Jules, réveillé en sursaut.
— La cour est pleine de gardes municipaux, et il y a dans l'antichambre cinq ou six individus de très-mauvaise mine qui demandent à vous parler sur-le-champ. N'était les municipaux, je croirais que les autres sont des voleurs, car ils en ont tout à fait l'air...
— Cinq ou six individus, — dites-vous?
— Oui, Monsieur.
— Et ils me demandent?
— C'est-à-dire, il y en a un qui porte la parole pour les autres : que f'ois-je répondre?
— Que je m'habille, et que je vais aller voir ce qu'on me veut.
Jules, très-surpris et un peu troublé, sautait à bas de son lit, et se disposait à passer un pantalon et une robe de chambre, quand je domestique sortant pour aller exécuter l'ordre qu'il venait de recevoir, fut violemment repoussé dans l'intérieur par un individu qui entra le poing sur la hanche, l'air insolent et le chapeau sur la tête.
Pour le portrait de ce quidam, nous ne saurions mieux faire que de rep^duire la description faite par le pauvre • Clovis Bisbille, dans sa lettre à Ceorges d'i ntragues qui ^ termine le quatrième volume de ce livre :
« fine figvre carrée ^( Baie, de grosses mains carrées et
464 LES CnEVALIBRS DD L4NSQUBNBT.
sales, et de larges pieds également carrés, qui devaient être également sales. »
Od a reconnu, nous le supposons, Rigobert, Maclou, Médard Enserin, offîcier-gar ie du commerce.
— Qu'est-ce que c'est que ce manant? — demanda vivement le vicomte à son domestique, — et pourquoi le laissez vous entrer ici?
— Avec ça que j'ai demandé la permiss on! — répliqua Enserin, — je suis en règle, force à la loi!
Le traQocaard (mite).
M. de Nodêsmes, exaspéré par Tinsolence du garde de commerce» et ne pou ant supposer d'ailleurs que ce dernier fût dans son droit, puisqu'il croyait les vingt mille francs dus à Salomon payés depuishuitjoursparM. d'Entragues, et qu'il ignorait l'existence des titres qu'on allait lui présenter, saisit une cravache qui se trouva sous sa main et fit voler à quatre pas le chapeau d'Enserin, en s'écriant :
— Sor ez d'ici ! sortez à Tinslanti
— Bah! — fit le ^arde en ricanant, et en s'adossant à la cheminée.
— Sortez ! — répéta Jules, — ou j'envoie chercher le commissaire de police !
— Le commissaire! — fit 1 nserin, — la blague est bonne!
— Baptiste, — dit Jules en s'adressant à son dômes-
Et monsieur de Nodêsmes désigna Eiiserin.
— Officie-garde du commerce! — répondit ce dernier en se rengorgeant avec satisfaction dans sa cravate.
— Et qu'est-ce qu'il me veut ? — ajouta le vicomte.
— La question est cocasse! — fit Enserin.
— Je ne vous parle pas, — - dit Jules d'un ton méprisant.
— Il vient, — répondit le commissaire, — réclamer de vous une somme importante, en vertu d'un jugement dont il est porteur, et pour l'exécution duquel il a ré< lamé mon assistance, que je n'ai pu lui refuser, quoique des actes semblables me répugnent souveraiaement.
— Eh! monsieur le commissaire, — dit Jules, — si cet homme, au lieu d'entrer chez moi avec ifne impudence et une grossièreté inqualifiables, m'avait dit tout slmplemeot de quoi il était question, nous aurions évité une scèue bien pénible... Je croyais être libéré depuis huit jours de ia somme qu'il me demande et que je vais lui donner.
— Vous allez payer ? — demanda le commissaire.
— A l'instant.
Enserin parut livré à la plus profonde surprise, il poussa le coude k l'un de ses mouchards et lai dit à demi-voix :
— Bah ! il va payer ! faut qu'il soit crânement calé tout de même !
Jules, qui, la veille, avait touché des fonds chez sod banquier, ouvrit le secrétaire, prit dans un tiroir vingt-etun billets de mille francs et les présenta au garde du commerce.
Ce dernier les reçut du bout des doigts, les tourna, les retourna, les compta et dit :
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
— Pardieu vous le voyez bien ! s'écria le vicomte qui
sentait renaître sa colère.
— Vous donnez ceci à mes hommes, histoire de leur offrir un léger pour-boire ? — demanda Enserin avec un accent et un regard ironiqjes.
— Monsieur le commissaire, vous entendez cet homme? — dit, en s'adressant au magistrat, Nodêsmes dont le sang bouillonnait.
— Est-ce que ce n'est point là l'intégralité de la somme duej — demanda le commissaire au garde.
— Fichtre, je % cras bien ! — s'écria ce dernier.
— De combien s'agàt-il donc ?
— Âh ! une bagatelle en sus!
— Mais enfin !
— Mon commissaire, j'exécute pour Bfçt cent vingtcinq miUe francs ! plus tes frais*. ^
— 5^/ cent vingt-sept mille francs ! — répéta Jules, en se laissant tomber sur une chaise comme s'il eût reçut un coup de massue.
— Ne le saviez-vous point? — demanda le commissaire.
— Mais cela n'est pas vrai ! — s'écria le vicomte en se relevant, — cela, n'est pas vrai ! ne le croyez point, cet homme est un menteur!... un menteur ou un fou!
Le magistrat embarrassé se tourna vers le garde et sembla l'interroger du regard. .
— Mon' commissaire, voici les titres, — fit Enserin en présentant une masse de papiers tirabr's. — Examinez.
Le commissaire parcourut la liasse, vérifia la valeur des lettres de change et dit :
470 LBS CHBVALIRRS DU LANSQUENET.
— C'est exact.
— Exact ! — s'écria Jules pâle d'émotion et de fureur contenue, — vous dites que cela est exact, quand moi je sais que cela est faux ! quand moi je jure sur mon honneur et devant Dieu; que je ne dois que vingt mille francs!! ^
— C'est possible, mais vous avez souscrit des valeurs pour une somQue de beaucoup supérieure.
— Jamais ! — dit Jules.
— Heconnaissez-vous votre signature?
Et le commissaire montra les .lettres de change au jeune homme, en ayant néanmoins \% précaHtîonde les mettre à l'abri de toute tentative violente.
Nodêsmes jeta un regard sur les chiffons qu'on mettait sous ses yeux, son visage se décomposa de plus en plus, et il murmura :
— Ma signature ! ma signature 1 1
— Eh bien ? — demanda le magistrat, touché du complet anéantissement de Jules.
— Oui... — dit ce dernier d'une voix entrecoupée; — oui... c'est ma signature... et pourtant... je n'ai pas signé ! !
— Accuseriez-Yous donc quelqu'un de faux ?
— Je... ne sais... mais... mais je n'ai pas signé!...
'— Tout ça c'est* des manières, mon commissairey — interrompit Enserin ; ce Monsieur savait parfaitement à quoi s'en tenir et cennaissait l'existence des titres, puisqu'il y a huit jours il a forme opposition au jugement, opposition qu'il n'a pas renouvelée en temps utile, et que voici...
iBS GHBTALIBH8 DU LANSQUBNBT. 474
Cette preuve parut convaincante au commissaire, qui donna l'ordre de passer outre.
— Allons, ôlons ! — fit le garde du commerce, en posant sa luain-sur l'épaule du vicomte.
Ce dernier frémit cftmme au contact d'une bête venimeuse, et demanda :
— Où me mène-t-on ?
— A Clichy, parbleu ! — répondit Enserii}.
— Si toutefois vous ne pou\:ez pas payer, — ajouta le commissaire. — Le pouvez-vou^
— Non, — dit Jules.
-Alors, en route, — reprit le garde; — leste et preste !
— Vous mèneiez Monsieuf en référé, — dit le magistrat; — peut-être le président trouvera-t-îl* un vice de forme dans la procédure et ordonnera-t-il la mise en liberté.
— Ah ! ouiche ! je l'en souhaite ! — murmura Enserin entre ses dents; — mais ça m*est égal, nous irons en référé, c'est toujours une vacation de dix francs !
Jules, qui était si complètement absorbé, qu'il avait pour ainsi dire perdu la conscience de ses actes, acheva de s'habiller, et monta sans aucune résistance dans le fiucre qui attendait k la porte de l'hôtel, et dans lequel s'entassèrent, en outre, le garde du commerce avec trois recors, lesquels barricadèrent littéralement les deux portières à l'aide de leurs jambes .et de leurs bras.
Le quatrième eecors monta derrière en guise de valet (le pied, et trois gardes muDicipaux suivirent à cheval.
On conviendra que le pauvre Nodêsmes était bien gardé t
Le silence le plus profond régna de part et d'autre pendant quelques minutes, mais tout à coup En^erin juf^ea convenable de s'adresser à son prisonnier et de lui dire :
— Est-ce que monsieur le vicoiote a l'espoir de passer ses cinq ans dans la maison de plaisance où nous le conduisons?
Le grand air et le mouvement avalent peu à peu triomphé dé l'accablement de Jules, et il n pondit en aplatissant Enserîn sous le pli^^ écrasant j^^ard dé mépris qui puisse jaillir d'une prunelle d'homme :
— Est-ce que cela vous regarde!'
L'officier ministériel ne se tint pas pour battu, il fit de sa main droite une sorte ^le cornet, et haussant les épaules, glissa ces deux mots dans l'oreille d'un de ses recors :
— Chic Monte-Cristo (1) /
Puis» pendant tout le reste du 4foyage, il se renferma dans sa dignité et resta muet.
On arriva à la place du Palais-de Justice, et le fiacre s'arrêta devant la grille. ,
Les recors descendirent les premiers.
Ënserin saisit l'un des bras du vicomte) et son principal acolyte s'empara de l'autre.
• Ils traversèrent ainsi la salle des Pas-Perdus^ au milieu d'une haie de curieux, et gagnèrent là chambre des référés.
M. le président de B. n'écouta pas un mot de ce que lui dit Jules, trouva la procédure parfaitementt en règle et signa l'ordre d'incarcération immédiate.
(1) Historique. — Ceci est arrive au fils d'un pair d*ÂDgleterre.
La salle des Pas-Perdus fut retraversée, et le prisonnier, toujours flanqué de son escorte, remonta dans le ûacre qui s'arrêta enfin devant la haute et sombre porte de la prison pour dettes.
Or, depuis la rue Saint-I.azare, un homme caché au fond 4'un cabriolet de régie, avait suivi le û icre pas à pas, et ne s'éloigna que quand le guichet de la dette se fut refermé sur Nodêsmes.
Cet homme était Georges d'Entragues.
Gllcby.
La cérémonie qui s'était pratiquée à la grille du Palaisde-Justice, se renouvela au guichet de la prison; et, comme Enserin craignait de la part du yicomte quelque tentative d'évasion, ou tout au moins quelque résistance, il lui mit la main sur le collet et le transporta, pour ainsi dire, dans l'intérieur de la première salle.
Cette salle était ornée de deux ou trois surveillants en uniforme vert-sombre, portant sur les boutons de leur habit un œil entouré de cette légende :