III
chez vous; nous rédigerons un petit^bail sous-seing privé, bien sufQsSint entre gens comme nous; vous me remettrez les clefs et ce sera une affaire entièrement terminée.
Ah! Monsieur, — s'écria l'épicier, — permettez que je me congratule d'avoir eu celui de faire votre connaissance. On serait bien heureux, quand on est dans le commerce, de toujours traiter avec des personnes qui... qui... que... Puis je savoir à qui j'ai l'avantage de parler.
— Je me nomme Philémon Marécot, et je suis artiste dramatique rentré dans la vie privée, — répondit Georges avec son aplomb habituel.
— Artiste dramatique! superbe profession. Monsieur. Et M. Belamy fit un profond salut à d'Enlragues.
Eh bien! je m'en étais douté! —reprit-il. Ces belles manières, ces procédés délicats... Monsieur, je me corgratule de réchef et en réitérant..
Une heure après, Georges quittait Vincennes, ayant donné douze cents francs or à M. Belamy, et emportant dans sa poche son bail sous-seing privé et les clefs du pmUan de chasse.
Arrivé à la barrière, il renvoya Rosolio en lui donnant rendez-vous pour le lendemain.
A la hauteur de la rue Grange-Batelière, il congédia son coupé, dont le cheval n'en pouvait plus, et il s'achemina vers la rue Saint-Lazare, dans l'intention de faire «ne visite au vicomte de Nodêsmes, qu'il n'avait pas vu depuis son installation dans son nouveau logement.
11 trouva Jules dans la cour de son petit hôtel, regardant un de ses palefreniers qui promenait à la main un 9SKIZ beau cheval bai-brun à nez de renî^rd.
— Enfin, vous voilà! — s'écria le vicomte en courant
LES CflbVALIBRS DU LANSQUENET. 407
à lai et en lui serrant la main avec la plus affeclueuse cordialité. — C'est ma foi bien heureux! je croyais ne plus jamais vous revoir, et je demandais en quoi j'avais pu...
— Ck)mment cela, mon ami? — df^manda Georges. — ie n'ai pas cherché à vous éviter.
— Cest que cela eu avait l'air tout à fait. Je sius allé chez vous hier ; j'y suis retourné ce matin ; j'en arrive à rinstant même... toujours absent, .toujours sorti... Vous conviendrez que j'ai dû trouver cela extraordinaire.
— Ne me gardez pas rancune, je vous en conjure; et croyez qu'il n'y a rien de ma faute...
— Je le crois à présent, parce que je vous vois ; mais je ne vous dissimulerai pas que je me suis imaginé un moment que vous me refusiez votre porte.
— Quelle folie!
— Cette mauvaise pensée n'a été qu'un éclair.
— Â la bonne heure, autrement je ne vous la pardonnerais de ma vie : les gens auxquels j'ai voué une fois mon affection ne doivent jamais douter de moi.
— Mais enfin qu'avez- vous fait pendant ces deux jours? d'habitude vous êtes plus sédentaire.
^-.Que voulez -vous? j'ai eu des affaires... j'en ai eu beaucoup... beaucoup trop...
— Pas fâcheuses, j'espère ? — interrompit Nodôsmes avec Taccent du plus affectueux intérêt.
— Fâcheuses, non. Tristtô, ennuyeuses, absorbantes, oui à coup sûr.
— Puis-je vous être bon à quelque chose?
— Tout est terminé à ma satisfaction; merci, mon ami.
— Autrement, — reprit Jule?, — vous savez que vous
408 LES CHBVALiEBS DU b^ffSQUBNfiT.
poiJE¥ez disposer de moi dans toute retendue de l'aceepHoa qa'ou peut donner à oe mot. Vous^ rendre ufv servies serait une grande joie pour mou cœur.
— Merci, mon cher Nodêsmes! merci encore... Je connais Totre inaltérable affection.,, mais^ you»^ n'auriez rien pu à ce qui m'a tourmenté.
— Peut-être. L'amitié est biea puissante^^, bi«a ingénieuse quand elle est sincère.
Georges hocha la tête en signe de dénégation.
— Qui sait? — poursuivit Mes» — yoyx)n8» de quoi s'agit-il ? vous pouvez tout me dire.
— Affaires de cœur, mou ami^ — répondit Geoisges adfec un demi ^ourire triste;
— - Pauvre ami ! — repartit vivement n^ésmes^ — £h bien ! si quelque chose vous afflige, nou& en parlerons... nous en parlerons beaucoup. Je ne suis pasde ceux qui prétendent que la meilleure manière de consoler les êtres qui souvent est de garder le silence sur ce qui les fait soulfrlr... Promettez-moi donc que si vous avez encore des chagrins vous me les confierez.
— Je vous le promets ! je vous le promet» ! — dit coup sur coup d'Entragues, que cette conversation^ mettait au ^pplice, bien qu'il fût depuis quelques jour» dans un entraînement de mauvaises actions qui avait singulièrement altéré ce qui lui restait de vergogne. — Jd-vous le promets * — répéta-t-il une troisième fois. — Mais pour aujourd'hui je voudrais oublier... Parlons d'autre chose... je vous ea conjure.
— Eh bien! venez voir mes chevaux; puis nous examvnevons dans les plus petits détails ma maison entièrement terortnée aujourd'hui. C'est à vous que^je dois.toiUas mes
LES CBEVÀUERS DU LAN$QO£^'BT• 409
spleBdeors, fDon cber d'Entragoes! Sans votre goût exquis, safift véire obligeance sans bornes surtout, il y accent à parier contre un que je serais encore, à l'heure qu'il tôt, logé dans je ne sais quel hôtel garni, dont, grâce à mon ignoraiice de provincial, je n'aurais jsonais trouvé le secret de sortir. Vous avez été vraiment ma providence à Paris.
Ces dernières par^oles furent prononcées par laies pendant que les deux amis se rendaient aux écuries, situées dans une arrière-cour.
Georges approuva complètement la manière dont avaient été exécutés les changements conseillés par lui. Puis on passa à l'examen de l'intérieur de l'hôtel, qui réellement était aussi élégant et aussi confortable qu'on pouvait le désirer.
— Convenez, mon cher Jules, — dit dTntragues, — quH TOUS est Impossible de regretter l'argent que vous avez dépensé pour dbteyîr un semblable résultat.
— Wûn, «ans doute, mon ami, je ne le regrette pas^ quoique, entre nous, la somme soit un peu forte... mats ce qui est fait est fait. "Et puisque nous sommes sur le Chapitre de Pargent, je vous dirai que, d'après vos consdls^ f ai écfît à mon notaire à GranvîTle, de mettre cent mille francs "^ ma disposition par Fentremise de son banquier lk< l*arîs.
— C'est toujours une bonne précaution, dussiez-voos ifavélr fms ^esoîn ToètBte du quart de cette somme, — répondit d'Entragues qui rêvait déjà aux moyens de -^eoi apprqfkrier 48 façoa <m â*auire une twwne partie.
-r- <2niid Je poiirrai en «disposer, — reprît WoèÈsmes, — «e paasOr^&B» f as^iae }e ferais tme cSiese 4éil sa^ ûe
410 LES CHbVAlJEUS DU LAXSQUeft'fiT.
rembourser immédiatement les mille louis que m'a prêtés M. Salomon, afin de retirer mes lettres de change.
— Ne pensez pas à cela î — s'écria vivement Georges. — Soyez sûr d'abord que vos lettres de change sont déjà dans la circulation, et dans le cas contraire* Salomou ne vous tiendrait pas compte de la commission que vous lu' avez payée. Il est donc beaucoup plus raisonnable et avantageux de laisser vos fonds chez le banquier qui vous bonifiera sans doute d'un intérêt quelconque. Ne vous occupez plus de cette affaire : vous payerez à l'échéance, et tout sera dit.
— Soit, — dit Jules avec sa facilité ordinaire. — Georges était pour lui un oracle infaillible.
lis arrivaient en ce mcment dans la salle à manger.
— Mon Dieu ! — dit Georges, — que ce meubleen chêne sculpté est d'un merveilleux effet ! et comme cette vaisselle armoriée fait bien sur ces dressoirs du quinzième siècle ! Je ne connais rien dans Paris qui soit de cette élégance, et de cette sévère richesse tout à la fois...
— Et quand ]e pense, — interrompit Nodêsmes d'un ton pénétré, — que ce soir même, une femme vient ici étrenner toutes ces belles choses!... Mais pardon, mon ami! Je vous parle de mon bonheur, ce n'est peut-être pas délicat à moi, à qui vous venez de parler de vos peines...
— Une femme ? — demanda Georges avec un air de eu riosité admirablement joué.
— Oui, une femme! elle... Adèle! mon Âdèlei... Nodêsmes prononça ce nom tout bas, bien que depuis
la scène du souper de Mazagran, il n'ait pas cru devoir
LES ClIEVALIBnS DU LàNSQOBNBT. 411
cacher plus longtemps à son ami ses éclatants succès auprès de madame veuve Lambertini, née Adèle de Flavy.
— Âh! elle vient ici ce soir! je vous en félicite du fond de l'âme, mon ami.
— Pauvre *ange! — repartit Jules avec un soupir passionné... — Elle vient chez moi pour la première fois; N'est-ce pas que ce sacrifice prouve beaucoup d'amour? Ah ! quelle femme! quelle femme, Georges!
— Charmante !
— Et si bonne! si dévouée!... si pure jusque dans sa chute! si chaste même dans les moments du plus grand abandon!
— Ah! elle est tout cela? — demanda Georges en se mordant les lèvres jusqu'au sang, pour ne pas pouffer de rire au nez de ce malheureux Nodêsmes.
— Oui, elle est tout cela, et bien d'autres choses encore! — répondit Jules, avec enthousiasme.
• — Je vous crois, je vous crois, mon ami, et je dois même ajouter que moi, qui^ne suis pas amoureux, j'avais, à peu de chose près, deviné toutes les perfections que vous venez de me détailler avec une confiance dont je vous remercie.
— Aussi je l'aime avec une passion, avec uii dévouement ! . .. et si je la perdais. . .
Jules s'interrompit.
— Eh bien? — demanda Georges.
— Je crois en vérité qUe j'en deviendrais fou... Mais cela est impossible, n'est-ce pas?
— Je le suppose. Où trouverait-elle un cœur comme le vôtre ? si tendre, si dévoué, si confiant !
Eu ce moment le valet de chambre de M. de Nodêsmes
IIS LB«^<WI'A|.U£1l« OU U:S$QV£IUT«
emkcik^ et 4U i^ 4NH9 «oaUre, en l«û r^ineUant no billet sous enifid9pf>e :
~- ^m leit«e fi^vr mmnmif le vicomte.
— Demande-t-on la réponse?
-<- <(ki fist faptî fiiiQS «en 4m.
— ViCUBS iiermettez» mon ami, --r r,epartit Jules en s'a- ^bpes^aat à 4'Ëirîrague$.«. ^^ fC'^st d'elle !«..
^ Je vous ep |>ria9 mêaie,
Jules déchira l'enveloppe, jeta les yeux sur la ieUre, et presftte wmSJb\. uae pâleur lUâcleUe couvrit u>% virage^ si KaAifinx f testant ^'aUjpacavaiiU
Puis il se mit à lire, et, à mesure qu'il lisait, l'^iléra'lîoa dj^ mf^ i^S9^ 4eveAaU plus visiUe , ^ eoQn, ses dôigl» jtremblaats laîssèce^ éobs^Pi^ ^ b^^ f$^« ^lû arriva en tournoyait swr I0 j^arquet.
Alâcs Jules 1m»1ki <M)fliuRe aaéanli sur 4m j»^e,'jat il se couvrit le visage 4e ses 4ean msûns, ^ne ^ violence 4e sa dôoleur eentra^^taît,
-^4iu'a¥<6a^vous^ ^u'a vea&^v^oirs^ moa ami ? 4egi»i4a d'En- IragHes, naltîé îoft^dt ftaïur Noittsme^ moitié îAquiétade pour M.
— Lisez ! — répondit Jules d'une voix sombre, ..^4^ ea vous rapp^^wt salre ^MMiversalioB de lout ji Tèonre, dites s'il est possible de tomber de plus haïut dans no abime plus profond ?
Georges se hâta de railU3(er la J^re qiti élait à ses plelfi, et il lui.
Voici ce qu'elle contenu :
^ 'fle'Bjafliii, 9 J^irass «inie! vous ie savez, kélas! car je «e voudrai
LES GIIBVA.LIEI\S DU LÀNSf^IHSKKT. '4 13
que trop prouvé! mais «et ^mom auquel je u'ai tpas m la force de ré^i^ter^ cet.srïuour fait aujourd'hui le iu^lbeur et le tûttcmeut ^ jna vie ! la Ûeilé de .non ftme «e f^ut «'arranger de la ialblesse 4e m&a cœur !... »
-- Où diaUe veotnelle eu «euîr? — se dtt ^epi^gesteii interrompant un moment sa lecture, ->^ ^t 43W a fit Im di<^er^l»atliâs^^pea dansrses babUudes?
Il continua :
« Oui, iOOQ sam^ m senUaient ai vif, cet am^iur « ^0imd, œ ^évoueneat iù immi&iise ^ue vous m'avez impuéc^ tûBt cela me désespèce, parce que cela la'a rendue 0o«ipa^ ble!... bien coupable, ô Jules!
A Pq^f V0U3 j'ai oublié mes devoirs! pour y^ous |f suis tombée ^ ne jamai$,pouvoir me relever de ma cbutel pom* vittts j'^ ^du Miette Ir^mqulllité dou£e et sereine d'une â»ie indifférente, et ce rcyi^os céleste d'une 4(K)J9^ience«axu reproche !
ji QuaAd je songe à tout ^^ui s'^ passé, et commient n'y pas songer, Jules? je sens la rougeur de la honte c^<vrir mes joues, et la main de fer du remords déchirer mon cœur! Le remords f Ô mon ami, pesez bien ce mot terrible dans le mystère de votre conscience^ et vous pardonnerez peot-êtrie à celle qui .vien.t vde le tracer, en soiuffrant cruels lement d'être condamnée à récrire.
# l^% ^^làdes fautes^ Jules, il n'y a qn'^n remède : ie$
» Je vais dûQC expier queîfues jours de joies bien mi* vrantes, mais bien coupaJbles par un deuil et une soUtwte fHî 4iirer<^ au4ant que ma vie désoiwais ilécolor^e,
» Je vous ac'ore t<»ujoii?$f, 6 Jule^ ! et cep^aot je pars pmr ne fstttsàB fev^ir!
» Plaignez-moi, et ne me maudissez pas!
» Je pars! je quitte Paris! je quitte la France! je quitte l'Europe! et, sans doute je quitterai bientôt ce monde, pardonnée, j'espère, comme Madeleine, parce que je vous aime beaucoup, et parce que je me serai beaucoup repentie de vous avoir tant aimé...
» Quand vous recevrez cette lettre, 6 mon Jules toujours adoré, je serai déjà bien loin de vous...
» Je vous laisse mon cœur... Tâchez de m'oublier... hélas! cela vous ^la peut-être bien facile! qu'est-ce qui dure dans ce monde? Pensée affreuse!... ah! les hommes! les hommes!!! pourquoi vous ai-je connu?
» Je voulais vous renvoyer le bracelet que vous m'avez donné... mais je ne me sens pas encore le courage de me séparer de cette chère relique... ce dernier sacrifice eût été au-dessus de mes forces... elles sont épuisées par cette lettre.
» Adieu ! adieu ! je ne cesserai pas de vous aimer, mais je ne vous reverrai jamais.
» Ton Adèus. »
Georges d'Entragues, en achevant cette singulière épître, eut un moment de stupéfaction comme il n'en avait jamais éprouvé de sa vie.
Oue voulait dire ce long amphigouri ? quel était le mot de cette énigme plus incompréhensible que celle du Sphynx.
Georges avait beau chercher, il ne trouvait aucune solution vraisemblable et admissible.
11 se tourna vers Jules... le malheureux jeune homme était abîmé dans une muette et sombre douleur.
Georges lui adressa quelques paroles : il ne reçut pour
LES CnBTAUERS DU LANSQUEHBT. 4 15
réponse qu'un signe qui exprimait le désir d'être seul.
Georges sortit, sauta dans le premier cabriolet de régie qu'il vit passer» et se fit conduire place Yentadour.
Voici ce qu'il y apprit :
Mazagran, le matin même, avait vendu ses meubles, ce qui n'avait souffert aucune difficulté, attendu que l'appartement avait été payé d'avance; puis elle était partie sans dire où elle allait, emportant dans deux immenses fiacres plusieurs caisses de robes, et un nombre indéterminé de cartons à chapeaux et à bonuets.
L'énigme se compliquait de plus en plus! l'intrigue prenait des proportions gigantesques !
Georges, consterné, inquiet, furieux, retourna chez lui. 11 sentait, avec un morne abattement. Nodêsmes lui échapper beaucoup trop tôt.
Gomme il montait son escalier, il renconire son valet de chambre qui lui dit :
— Il est arrivé une lettre pour monsieur le comte ; monsieur le comte la trouvera sur la cheminée du salon. On a dit qu'il n'y avait pas de réponse.
Georges enjamba les marches quatre à quatre, courut prendre la lettre : comme il le prévoyait, elle était de Mazagran.
— Enfin ! — s'écria t-il tout haut, — enfin je vais donc savoir quelque chose !
Et il rompit le cachet avec une impatience fébrile. Gpmme tous les hommes qui n'ont pas la conscience nette, Vincomu lui était insupportable, parce qu'il l'inquiétait toujours.
Voici ce que contenait cette seconde épitre d'un style bien différent de la première :
« Mon petit Georges,
« Tavasn't»! vouloir àimmiiàR œ ^eieiab. Ta vas te mettre dans une de tes colèreslllaadies ^ -me faisaient si peur Mrfarefois; dire qm Je «fus ime ci, ^ue îe .suis une <», «t tei«ste ! eh bien ! ma par^ d'àonaeur, firî de Maza- •gra», fM d%0sinète ^e, tu fi'anrEis ^pas râson.
« ¥oilà «ne lettre ^ni «eonimenee idvèieaBieBt, heiar!
(I ^îcst q^ in ne sais pas, mon (tor, jeâte SM^n aamid.. . je file sans tambour ni itrofispette, eomn» na ngent de dneafe «pn a ea 4esaBa&6U7S..
« Je vais te dire pour^iuoi «ti)m99iBe»t.^ ne laU fias éeiBfSlères avec l6s imcleos : Ms se fictott de to«^ €^est Ms-eemiflâe.
« Tu as été bien gentil pour moi; ponr ça leie^eoids jfiMmesi fvsftice, et je ne l'oiâritenaî îamaîB : Tit m'as donné un logement, des meubles, ées arctes, ée i'ai^aftl et «a viosmle.
« Le ilogBiBBBt télaii tnèE»-ooaiKiio4e, les veires fort |<^es, Targent excessivement ^féMt tant qu"A a daté, et le vi- 001^ bèea lion txiùtBiU ^^pmptan ^««osnriÉBiu».
•« O^MFstttert je rai 9&mé pcadaent ifueUfiies jeufs. Mais c'étaient, de sa part, des adorations sans fin, des phrases 4e fseax romaftsià perte 4e 'vue, H puis des hégaeoieries, des bégueuleries, que tu n'en pourrais plos 4e tm si jeté les raoûotids. .. liei, ça tne iseàM le 4os ^n vanatiotts, mec ça qoe j'avais tsajours pewr de «o'^cèapper -et 4e M Uft* aervoir «fue }e n'étais vewfe iqae 4c ta Isuçon. Braf^ «âte comédie m'ennuyait, que j'en bâillais à faire huiier «mb lioiB drieM. Qae «mnMof }e «la «ns fas «^médiaase, et la preuve, c'est que malgré tontes aMs frateettans i^ ^^^
LBS CB&yM.IBa» De LAl«ft^»fBr. 447
jâiiiaiB p» iaxit sentemeot débutev dan» les figuvaittes à Cbantereine.
« Malgré toat ça, yaarai» edcore tenu bon pendant quelques semaines ; mais, if y a dts ça cinq ou six jours, J'ai rencontré chez une de mes amies, un jeune homme, un }}eau brun qui a des yeux bleus magnifiques, des dents superbes, et des petites^ moustaches noires à vous faire perdre la boule ; de plus, il est acteur, et il a un engagement un ym soigné pour Saint-Pétersbourg.
« Nous sommes tombés subitement amoureux l'un de l'autre, et du premier coup le pauvre vicomte a été enfoucé dans le trente-sixième dessous. L'autre, par exemple, n'est pas prude du tout. 11 m'emmène, et nous allons filer là-bas une existence numéro un, émaillée d'or et de eoie, au milieu des boyards et des roubles.
« Dis donc, Georges, je saurai bientôt s'il y a de véritables princes russes en Russie, ou si ceux que nous voyons à Paris ne sont que des marchands de thé qui ont bu leur fonds.
« Je compte écrire mes Mémoires, et je t'en enverrai un exemplaire.
« Tu y joues un rôle dans les premiers chapitres, mauvais sujet que tu es.
« Du reste, tu n'as pas à te plaindre de moi : je viens d'écrire au vicomte une lettre un peu chiquée, tout à fait dans son genre : il va en pleurer comme un veau sur une charrette. J'ai joliment ri en la copiant dans le Secrétaire des amants! Mais c'est égal, par égard pour toi, j'ai voulu être veuve jusqu'au bout. Dieu merci, c'est fini à présent.
« Console le pauvre garçon.
418 LES CHETALIERS DU LANSQDBIfST.
« Doit-il être embêtant quand il est triste! Ah! bahi laisse-le se consoler tout seul !
« Au revoir, mon chéri ! Nous nous retrouverons un jour; et figure-toi bien que quoi qu'il arrive, même si j'épouse rautocraie pour de bon, je serai toujours et malgré tout,
« Toute à toi,
« Mazagran. »
vu
Toilette de Perdit».
Pour renouer entre elles les diverses parties de notre récit, noas sommes obligés de retourner de quelques heures eo arrière, et d'abandonner pour un instant Georges d'Kntragues aux sentiments confus et aux indécisions tu* multneuses, qu'avaient fait naître dans son esprit les deux surprenantes épîtres de l'excentrique Mazagran.
Un peu avant le moment ou le très-peu honorable dic^ tafeur des chevaliers du Lansquenet s'apprêtait à partir avec son digne acolyte Roso1i(^ pour l'expédition de Vinecnnes, dont nous connaissons les résultats, voici ce qui se passait dans la maison de la rue de Provence, où plus d'une fois déjà nous avons introduit nos lecteurs, quand nous les conduisions chez Mirabelle la jolie lorette.
Toutefois ce n'est pas chez cette dernière que nous mènent en ce moment les hasards de notre récit, mais bien au premier étage de la maison, dans l'appartement eneore inconnu pour nous^ habité par Perdita.
4 20 LES CflEVALIEaS DU LANSQUENET.
Pénétrons d'abord dans une chambre à. coucher dont les murs sont recouverts d'une tenture de damas gris perle : la teinte un peu fade de l'étoffe est relevée par des torsades et des agréments en soie amaranthe, et l'effet général est ravissant.
Tout dans cette pièce est de cette élégance parfaite que l'on obtient que par l'alliance de la richesse et du goût. Un magniûque tapis, chef-d'œuvre de Sallandrouze, couvre le parquet. Ce tapis, qui est presque un objet d'art, représente la naissance de Vénus, au moment où la déesse sort sur sa conque, du sein des mers qui viennent de l'enfanter. Debout dans le costume classique, dont nous ne ferons pas la description à nos lecteurs, la reine du monde se détache, tout à la fois svelte de taille et puis-
sâskVà de forme» sur la* rosace bleu pâle du milieu-. Au-
tonr d'elle des groupes d'amours ailés et jouttlus lancent éBLOB les airs, avec leurs petites mains potelées, des touffes de lie et de roses qui retombent en pluie étincelanCe sur ee beau corps destiné à brouiller les dieux de l'Olympe comme s'ils n'étaient que de simples mortels.
Koos avons entendu Mirabelle vanter à d'Ëntragoes le iitt de Perdita, comme une des merveilles de sa chambre à eoucher : ce lit est un effet admirable. Sculptés dans un bloc massif de palissandre, les montants et la traverse •ont ornés de mille figurines, à la fois gracieuses et bi»tartes, voluptueuses et cependant chastes. Le ciel de ce lit, en palissandre également sculpté, laisse s'épandre en flot» vaporeux des rideaux de tulle blanc doublé» d'une éloife de soie rose tendre» impalpable au touchée et transpavente à l'œil.
Des stores inléiieures^ sur lesquels un artiste en renoa
LB8 CUTAUBBS DU URSaOBlllT. 121
a peiot les pavots qui donneDi le sommeil et les nétm* phars qui calment les sens, ne laissent pénétrer qu'an Jonr mystérieux aux reflets les plus doux.
La main adroite d'une camériste soulève à demi un de ces stores, et une vive lumière tombe sur une toilette à la docbesse, drapée de line dentelle et encombrée de flacons curieusement travaillés; brillants satellites d'une aiguière et d'une cuvette d'argent ciselé, sorties des ateliers de Froment Meurice.
Perdita est assise devant cette toilette.
Le noble et beau visage de la jeune femme porte encore quelques traces des vives souffrances qui suivirent son long évanouissemement chez Mirabelle.
Elle est plus pâle que de coutume; ses yeux paraissent plus grands et plus fatigués ; un air de langueur et d'abattement est répandu sur toute sa personne.
Et pourtant cette pâleur, cette fatigue, ces mouvements languissants ajoutent encore à la surprenante beauté de Perdita, en la poétisant jusqu'à l'idéal.
Elle vient de se lever. Ses pieds mignons dont la forme enchanteresse a résisté aux rudes épreuves de sa vie aventureuse, disparaissent dans de petites mules de velours rôuge qu'on croirait cependaut trop étroites pour chausser un enfant.
Un peignoir blanc négligemment attaché, accuse les moelleux contours des épaules, et laisse entrevoir les riches et fermes contours d'un sein d'une irréprochable beauté.
Une femme de chambre, debout derrière Perdita, vient d'enlever le peigne de nuit qui retient sa chevelure.
Les longues boucles noires se déroulent libres et m. ^
4 il tJÊê eiifAfiTÉif» it UnmoVEttt.
floyiMi» Mr l8 do» éà hm^mAï de là fmfie fmxm. Elle 9M0116 la Cète; et un pftffliai ééltetoax se f^nd ddtis l'sp* parlement.
Dans ee déaordra, à- Mte UAimè, endsidré« eti ^éi^e sorte dat» od kme d'ûM 6f parfaite ^égti»ce, Perditfl e^ Mie à rendre lo» «n âfeige> à faire damner ttil isalm.
Pour avol^ sa MMresoi un iour tf^ donnerait sa tte !
Peur im se&l de a» baisers oo sacriftet^H sa forfiihé!
Enfln, comme l'a dit ou plutôt chanté Aifned âe Wmei :
* h'Kik qttc four ^dler sa maiitina Oa se forait rompre iee os I •
— Gomment madame veut-elle être oofiffée aujourd'tHiî? — demanda la femme de chambre.
— Mais comme d'habitude, — répondît Perdita é'une iroïx languissante.
Et Tadroite camériste, après avoir séparé les cheveux, les réunit en deux grosses nattes dont elle forma une double couronne sur le beau front de sa maîtresse.
Cette coiffure si simple était ravissante : d'abord eUe neitait en valeur les richesses de la ehevelure de Perdita, pms elle s^aceordait merveilleusement avec la âèreexpres-' sion de sa beauté.
La femme de chambre reprit :
— Quelle robe mettra madame ^
— Un peignoir de soie, ri'importe leqsel, pourvu <|iie la couleur soit sombre. Je ne compte pas encore c|uMit«r mon appartement aujourd'hui.
Pendant que la femme de chambre sortait pour dk&tdier le peignoir é«us un cabinet de toilette, Perdita alla
s'isseoir wr ua dnrsn trè&-bas, et elle ccmmiença à se GàMBSor Imleweat.
C'eût été à coup sûr un délicieux tabtejni que de la toir AûsaM pisser «q trsuBS{>siPe]it bas de soie sur sa jambe fine et polie comme le marbre de la statuaire antiqfue ; qtie éê «HiyreBâre, ne Kkt<-ce que pour une seGonde, sa pwlair en iafmnt délit d'abandoo.
Perdita achevait sa toilette, et elle s'apprêtait à passer son peignoir qu'elle portait toujours sans corset, quand oafrap^dlscrèteiaeQtàla porterie la chambre à coucher.
— Allez voir ce qu'on veut, Julie, — dit-elle.
La eaméiisle aHa entr'ouvrir la porte avec précaution, pois «Ëe rerint en disasit :
-^ M<»isli»r le général Carol demande si madame vent lejretevûir.
— Priez le.général de vouloir bien m'attendre au salon c je serai à lui dans un instant.
On devine par ces quelques mots que monsieur Carol n'avait fait aucun progrès dans l'intitrûté amoureuse de P&rdita. Ainsi les reproches et les conseils de lâirabelle étaient restés sans résultats.
Moins de deux minutes après, la jeune femme, complètement faabtUée, prit sur sa cheminée un magnifique bou*quet de violettes de Parme, et le tenant à la main elle alla rejoindre le général au salon.
Pour ne pas fatiguer nos lecteurs, nous ne décrirons pas €6 salon, aussi élégant dans son genre que la cham* bre à coucha ; mais nous leur rappellerons une particularité assez bizarre, déjà signalée par Mirabelle dans une de ses conversations avec Georges.
Le milieu du panneau le plus aj^arent supportait une
I H LES CU£VAUSi;S bU UMfiQUBliaT*
sorte de trophée, composé d'une guitare, d'un tambour de basque, d'une jupe de velours, et d^nne coîltore ornée d'une plume flétrie.
C'était, comme on sait, l'ancien costume de Penlita la pauvre baladine.
— Eh bien ! mon ami, — demanda-t elle en prenant la main que le général lui tendait, avez-vous enfin appris quelque chose depuis hier?
— Rien, mon enfant ! — répondit M. Carol.
-— Mon Dieu! mon Dieu! me faudra-t-il donc renoncer à tout espoir ?
— Non certes, bien que toutes mes démarches aient été inutiles Jusqu'à présent. M. d'Ëntragues, Je vous l'ai dit, n'a point en sa possession le bijou que vous regrettez. Depuis ma visite chez lui, j'ai vu les autres conviiEes*<)a souper de votre voisine : le cachet armorié n'est entre les mains d'aucun d'eux... Mais qui sait? au moment qu'an y pense le moins... le hasard...
— Le hasard ! — interrompit douloureusement Perdita. . . — en effet, il m'a si bien servie jusqu'à ce Jour, que je serais une ingrate de ne pas compter sur lui. •
II y avait une amertume profonde dans l'accent avec lequel ces paroles furent prononcées. La jeune femme s'interrompit un moment, puis elle reprit :
— Le hasard! le hasard! mais prononcer ce mot fatal, ce mot qui résume toutes les tortures de ma vie, c'est me dire que je ne dois plus rien espérer... Je l'ai compris, mon Dieu ! en apprenant la perte de ce cachet, qui peutêtre venait de ma mère, qui était mon talisman... mon avenir ! maintenant il n'y a plus d'illusions à se faire, je mourrai sans famille comme j'ai vécu!
UfS €iE¥âLIBB8 DU LAKSQDBNBT. 4i5
El Perdita cacha son visage dans ses deux mains et laiissa éclater ses sanglots.
Le général s'était assis auprès d'ello, et il cherchait par des paroles aifectticuses et des assurances de dévouement à calmer eette crise de douleur, quand un domestique entra dans le salon, une lettre à la main.
M. Capol lui fit signe de ne pas s'adresser à Perdita, et il prit le paquet, dont il examina l'adresse avec plus d'intérêt que n'en inspirent ordinairement ces sortes de choses.
— One lettre pour vous, Perdita; et d'une écriture bien étrange, — dit M. Carol quand le domestique fut sorti.
Cétait la letlre que Georges d'Entragues avait mise à la poste quelques heures auparavant.
— Je ne connais personne, personne ne me connaît, personne ne peut avoir quelque chose d'intéressant k m'écrira, — répondit Perdita; — peu m'importe ce que conlienl cette lettre : elle ne m'inspire pas la moindre curiosité.
— Lisez-la toujours, — reprit le général.
— Eh bien » lisez-la vous-même si vous voulez, — murmura Perdita ; — et vous me direz ce qu'elle obtient, si vous le Jugez à propos.
Le général s'empressa de briser le cachet. Comme tous les amoureux du monde il était naturellement Jaloux, et rage, ainsi que cela arrive d'Qrdinaire, n'avait pas altéré cette disposition : il supposait donc que si on écrivait à Perdita, ce ne pouvait être que pour lui faire^une brûlante déclaration d'amour.
11 chercha la signature, et n'en trouvant pas, il dit :
— C'est une lettre anonyme.
— Ah ! — fit Perdita avec indifférence.
\ 26 LBS CHEVALIERS DU l.à!llfteWBT.
Le général Iftt tout bas, et il ne pot r^enir une eotekh mation de surprise.
^ Ek bien, qu'est-ce qu'ofi me dit? — âentandai i^eriita en relevant la tète.
— Ëeoutez, ma cbëre enfint l -^ «Téeria le générsd; -^ Écoutez, cela en vaut la pdoe!
Et M. Clarol recommença à haute tuai la lectoe 4e la lettre attonyoïe.
A mesure qu'il lisait, le beau froot pâlfi «de I^erdila se ceiivrait d'ime ikuasoe pourpre; sa prvneile'qiie la souffrance avait dilatée et teniàe, se réti^iâBatt et ùmwaii étineelaifcte ; ses aarines s'eniaàeni et sendiafcéat ne p^avoir aspirer assez d'air pour reaplir aa |»ltrlae.halelaBte; un tremblement convulsif agilaii Icmi sea cê^ps. ' — Ëst-ee bien possible r est-ce b&en poflMe t «— j^éecîikt-elle à son tour. *— Donnez vite ! doDoeac, ma» aial I q«e je lise BÙ>i-même ! — ajouta-t-elle d'uae voix «opfiivEtte.
Et arrachant la lettre que M. €arol lui tendait, eUe se mit à la lire avec une incro^abie aviéité.
~ Oui, oui, il y a blem tout ce qee veus oraz «ttt, ^reprit-elle ^vec moins denthouslasme : — waiê ifA me répondra que ce n'est pas une myet^eatioii* 4tB f i4ge même ?^.
-Et le doute remplaçant l'espoir, m bnUani iendeot quelques secondes, Perdita pâ^t de nouveau «i laissa tonber avec découragement le papier ^ frémissait 48Da aes mains.
— Un piège? — dit le général, — eela ft'eet pmm^ posable, puisque l'on prend la préeMttioii 4e «voua dire que je pourrai vous accomp^gaer et que ie ne veus <p&itterai pas.
I^ CHKVAIilill» PU luiwmwi, 127
— Quant à une mysliflc^Uon, r- i»|oit(a M. Cawl, «9 ndrewftiai ssk bwiia taitiie» «t «91 jusant boq «ir lu pli» iBiiiial, soA air de bétosde Hmcmi à peu prte dé^« -^ i0 Be appose pM qu'il y »ii Û9a§ l»ul tarte «n iUra aam k»rdi pour jouer aveo m oolèfa.
-^ Aîw, ttOB »«if , vous mgttndbir conne vr«i^ ta a»- 9Citi00s «coatesim dao» eelie UUn.
— Je crois du moloa 4u'ti «4 toi prMiiUe iQti'eto la soient, et que vous ne devez pas les dédaigner.
— Et vous me conseillez d'espérer?
— A votre place j'espérerais.
— Et nous irons à ce bal ? *
— Sans aucun doute.
En ce moment le domestique rentra : il apportait l'enveloppe coutenanMe coupon de loge pour le samedi saivanty envoyé comme on sait par d'Entragues.
— Vous le voyez, — dit le général : — votre corres pondant mystérieux tient déjà la moitié de sa promesse,
— Le sort en est jeté ! -— répondit Perdita avec une sombre résolution. — Le hasard vient à mon secours, juste à l'heure ou je désespérais de lui... je m'abandonne en* core une fois au hasard... Oui, mon ami, nous irons à ce bal.
— Bravo! — s'écria le général. — Voilà ce qui s'appelle prendre son parti! Vous êtes adorable!
— Maintenant, mon ami, — reprit Perdita, chez laquelle tlnstinct féminin s'était réveillé en même temps que l'espérance l'avait de nouveau ranimée, — faites-moi le plaisir d'aller chez ma couturière mademoiselle Victorine, et de lui dire de m'envoyer immédiatement sa première ou-
i28 IMS CBBTAUBItS DO LikNSQVBNBT.
Trière : il me faut un domino pour samedi, et nous n'ayons pas une minute à perdre.
Le général obéit à cet ordre avec l'empressement des vieillards amoureux, toujours enchantés quand on leur demande une chose à la portée de leurs moyens, et ayant baisé avec un tendre respect la belle main de Perdita, Il s'éloigna, la laissant partagée entre la crainte et l'espérance, et en proie à une émotion toute différente de celles qu'elle avait éprouvées jusqu'à ce jour.
l«l éCMI VttllCS.
Nous avons laissé le comte d-Entragues au moment où il venait d'achever l'étrange épitre de l'inconstante, mais franche Mazagran.
Quoique la désertion de la jeune femme ne fût point, en définitive, d'une importance considérable, comme obstacle il la réalisation des projets de Georges, celui ci n'en éprouva pas moins un moment de trouble d'esprit et de défaillance de cœur.
En effet, c'était une première défection, avertissement toujours sinistre, et que parfois nous donne loyalement la fortune avant de nous trahir, ce que d'Entragues savait parfaitement. Ainsi un de ses alliés l'abandonnait au mo» ment du combat; il perdait son principal moyen d'action sur M. de Nodèsmes; il allait falloir s'occuper de remplacer Mazagran, chose diftcile k tous égards, et cela arri* vait à Georges, juste au moment où de graves soucis ré*
UO LES CHEVAUEIIS DU LANSQUe.NET.
clamaient une entière liberté d'esprit et de temps pour le guider dans un labyrinthe à peu près inextricable.
Mais M. d'Ëntragues n'était pas homme à se laisser dominer longtemps par une inquiétude, de quelque nature qu'elle fût. Gonflant encore, sinon en son étoile, du moins dans les inépuisables ressources de son intelligence ; décidé à faire tête à l'orage jusqu'à ce que la foudre l'ait complètement brisé, il se dît qu'il serait temps de chercher un remède à ce qui venait de se passer, quand il aurait mené à bien l'afTaire beaucoup plus grave, beaucoup plus menaçante qui le préoccupait en ce moment : nous voulons parler de l'ienlèveiiiefit et de la séquestration de Perdita.
Nos lecteurs doivent se rappeler que la veille au soir, en sortant de chez lui, pour aller entreprendre avec le owli AM la pér^griiution qui avai^ m |Kmr ié$ult«l la dteOHverla da liosoliQ^ Geoi^es avait ûOQvoqoé les ebevaliers du Lansquenet à une nouvelle as$«B»hlôe «jUcaonU- Qair0 pour le lesdimAlii .
i:m» ce& digneft iiersoDiuiges ffifeat exacts au reada^ ygm éoum. ûsaot à ce qui se |âssa, ee soir-là, ém» l'aj^ p^ement du eomte d'Entragues» bm» peafido» f»e te moment n'est pas encore venu de le faire connaître k noft iMteurs, et «ous nous J)orB€»m6 à leur ^re que IsaHscwmHk iêi miméi^ la séaacei^H longue» «t qi» Vêmmr lAta» ^ouimnmeDi à «es babUndeis, m se sépara qv^'J^ mie hewK a dei&ie 4» mùt\M.
laiitoe jour, e'ast-à^ne le iN^dreitt, veîttedtt liai de râpémjmfuelPeiéHa devaU asiater, Onmwm dXalrapMQ, va» ie niyieu de là matkiée, aMa raodre au teMft Qatol la «iiaîte ^ue ce dernier M airaîilalte«
Is geséral le ât attende quelques instante, et notti éevi»5 k pos kfiteors de leur ttfikfiet te eau» de œlte attente» véritable irnse eu aoène de la délieienae fable du bon Lafontaine : le lion ummteitx,
DeiwU '<pe M. Caral avait conçu le flatteur eçpoir de devenir tôt ou tard l'amant beoneux de la beUe Perdita, U s'était mis daas khtête de rajeunir^ et^ travers assez commun à tous les visiDarda qui out le malheur 4e se trouver dans la même position, il n'épai^ nait rien^
comme l'a dit l'immortel auteur ^^AihaUe.
ÈâmA chaque mathi, il passât dans ses eheveux courts et gri0onnants, un peigne trempé dans une eau dite égyptienne, éthiopienne en africahie, et il étendait sur sa moostaehe et «es ftvoris ^vgenils le puissant liquide Inventé par nutêame Ma, me ...
OH^HIoBs-fioiis faire» grand Dieu ! Si nous avions donné raéresae de la dame en. question, nos lecteurs n'auraient pas manqné de strppoaer que cette parfumeuse-cfaimîste, nous donnait son cosmétique pour rien... Horreur!
EaMMWs t U* Garai.
Joan encore 11 avait ée fréquentes eoafêreacee «eerèles a«weon taBienr, afin que cfM<k «e nit Fesprit à lalortmtt, peor dèeeiivrir on nonvean système d'oeVIels, et iii^ œvfelle espèce de bendea de pantaiona, capables de eoi^ tenir dana une apparence It pen près convenable un aMom» 4i^TMemmi ^IMreiax jte ;ie proAiive.
mm valoeKBi lea œiUela M lea iMMKinB fairtmi M leHrimens; wneoMut ansaî to fUeta appadaleat tefa»- Gom» de leur e«nliif e de oiér, 4i*«éoéral m ffàMi<ti mê
432 LES CHEYAUBRS DQ LARSaUBRBT.
jour dI un pouce; ce qui faisait dire à* tous ceux de ses amis étiquesqui portaient des habits rembourrés : Ce pau^ vre Carol crèvera un de ces quatre matins comme un viens mousquet ; mais il ne Vaura pas volé.
Nous prions nos lecteurs de ne pas croire que les amis de M. Carol étaient de mauvaises gens.
Lorsque Georges se présenta chez son voisin le général, ce dernier était encore dans son cabinet de toilette, occupé à enlever une eouche épaisse d'un cosmétique nouveau, appliqué la veille au âoir sur ses moustaches soigneusement mises en papillottes.
Soit que le général n'eûl» pas fait tout ce qu'il fallait faire, soit que la nouvelle substance eût été contrariéd dans ses effets par celles employées précédemment, ee qui arrive quelquefois, toujours eal-W que Georges e^ toutes les peines du monde de s'empêcher d'éclater de rire à la barbe de M. Carol, car celle-ci était de la plus belle nuance vert foncé qu'il soit possible d'imaginer; on eût dit la moustache d'un de ces tritOQ^ de bronze qui ornent le i>arcde Versailles?
M. Carol ayant la vue basse ne s'était pas aperçu de ce fîHeheux résultat ; de plus comme il avait, le matin même, grondé son valet de chambre, ce dernier ne l'avait averti de rien : il était donc dans une sécurité parfsdte» et en abordant Georges il caressait avec une imperturbable confiance ses moustaches transformées en roseaux.
— Général,-— dit d'Entragues après ipe les premiers compliments eurent été échangés, — je ne suis pas seule* ment venu pour vous remercier de la visite que vous avec bien voulu me faire : j'ai aussi une requête à vous présenter.
ISS CBBY4LIKR8 DO LINSQDEHBT. 433
^ J'y souscrit d'avance, monsieur le comte, •— répondit gracieusement H. Carol.
— Je réunis chez moi quelques amis demain soir, — reprit Georges : — nous aurons deux ou trois parties de wisth et même au besoin une table de bouillotte. Vous seriez ^en aimable si vous aviez la bonté de vous joindre aux personnes qui veulent bien passer quelques lieures dans mon salon ; nous serons entre hommes. Du thé, du punch et des cigarçs, voilà le programme : quelque chose me dit qu'il sera d0 votre goût.
— Mais comment donc! j'accepte, moii^eur le comte ! j'accepte avec la plus vive reconnaissance !
Georges ne put retenir un mouvement de surprise aussitôt réprimé.
— Ah! mon Dieu, qu'est-ce que je dis donc, et que de pardons j'ai à vous demander i — reprit vivement M. Carol. — J'oublie que c'est demain samedi, et qtfe je suis obligé de conduire quelqu'un au bal de l'Opéra! monsieur le comte, je suis tosit à .la fois, croyez-le bien, honteux de mes étourderies, et désolé de ce contre-temps qui me privera d'un véritable plaisir.
Un éclair de joie et de triomphe brilla passagèrement dans le regard de Georges.
D'Ëntraguei^ en invitant M. Carol à sa soirée était à peu près sûr d'un refus; mais cette invitation, grâce aux précautions qui devaient la suivre, ménageait à Georges un merveilleux alibi, dans le cas, qu'il fallait sagement prévoir, où l'on viendrait à le soupçonner d'une coopération quelconque aux événements qui se préparaient, et dont le bal de l'Opéra serait selon toute apparence le théâtre.
— C'est moi qui suis au regret, monsieur le baron, —
434 LB« ea^ràixam M uunwsMflh
répoaiil €eoti^; ^màê eovmè 11 âhagH fwc^âfileiiient d'une femme, la galanterie doit paisse la pramièreu
-^ Ëft eiiet» — dit M. €arol» eft acoompapiaBt sa phrase ^uf) ^esCe d'une adorable fatuilé, ^^j'ai prooits Si hi b«Be Perdita d'être son cavalier.
*^ fl ne tne reste <cfu*àeir?ïeriF0tre botiheor, gâiéral..» mîà ipaisque iseus arez prdndficé le wm 4t oétte cliaf* mante femïae, oseraT*Je voifê éemafiéer si die est toot k iski remise des salles de son accident ?
'— Complètement : ce n*étalt qû'miê iii4^sp0M(m p»sagèpe, ftt à oda près d'ofl pea de f6Ae», M n'y parait plus du tout aujourd'hui.
— £t «e «ftdiet armorié, ce préde«» ëi|ott de famMle, est-il enfln retrouvé ? — reprit d'Entragues.
-^ flétes! non ! — répondit tristement le géiiéfal.
— SeraH-îl rndiscret de vous demander si rien fi*êsl venu mettre cette persenite, si intéressa^nle à tous égards, sur les traces de la famille qu'eue eberdie ?
— Puisque vous avez la bonté de fous intéresser à cette affaire, monsieur le comte, je regarde comme un devoir de ne pas vous cacher qm nous avons quelques espérances en ce moment. Nous tenons nn fil, et s'il ne se brise pas entre nos mains...
«—Ah! tant mieux! mille fois tant mieux! — s'écria d'Ëntragues en sernmt vivement les mains de M. 'Carol.
— Et c'est justement demain, et à ce bal de iX)péra que sous devons apprendre qudque chose.
— A rOpéra — fit Georges d'un air étonné.
— Mon Dieu oui!... Une lettre étrange... un rente* ¥(ius mystérieux...
Le baron s'arrêta.
'^ Ikiê c'est toat un rôtsan ! «^ dit M. d'EatrafiQes d'an air intrigué et intéressé au pius baol point.
^ (jM efi effet tout un roman, Monteur, -^ repartit le général; -^ m«is tous md permettrez, j'espète, de ne pas vous en dire pius pour te moment.. Il s'agit» vous le sives^ d'un secret fui n'est pas temîen.
-^ J'api^uve on ne santratt davanti^fl! votre tégttfty — répondit Georges en s'inclinant, — et j« vous remar^ du fond ÛG l'âme des demi-^onfideni^ ^e roua avez àien voulu i&e faire»
L'eatretven se prohmgea eneore pefidwt qaelqœs nri* mites av<^ un mutuel échange de regrela aimabtes et die proteis^ttons Menveitta&tes; puis Georges quiila le gé&é* rai, et montant dans sa voiture qui l'aUsndait, il se fit conduire rue Saint-i)omifiique-Saint-^erraaifi, à Vffôtel des Ambassadews»
C'est là, nos lecteurs Font oublié peut-être, que lA famille de C&oisy était descendue à son arriifée à Paris, et que Georges avait Été la visiter déjà deux ou trois fois.
M. de Clioisy occupait avec sa fmme, sa fille et les domestiques qu'il avait amenés de Normandie, un a^par* tement assez confortable, situé sur les d^rières de rhôt«l : les |)rovinciaux redoutent beaucoup le brwt des v^Htures ; ils en ont parié si souvent dans leurs veillées dtiiver à la campagne!
Quand Georges se présenta , il. lot accueilli par une bonne, grosse et fraîche femme de chambre normande, avec- ce sourire épanoui qui, sur les lèvrtjs des domestiques bonnètes, signifie que les maîtres seront enchantés de la venue du visîleur, et qu'ils s'entretiennent de lue
436 LES GHBVàLIBftS »U LAKSOCBRBT.
Georges ne se trompa point à ce ^gne, et ii en éprouva intérieurement une vive joie.
Le salon dans lequel il fut introduit était cette pièce banale qu'on trouve, toujours la même, dans tous les hôtels garnis bien tenus de Paris.
Papier d'un rouge sombre imitant le velours, et relevé dans les angles par des baguettes de bois doré plus ou moins écaillées.
Cheminée en marbre bleu turquin, supportant fièrement une pendule et deux candélabres, modèle du temps de l'empire, le tout enveloppé, pour le garantir des irré* vérences des mouches, de chemises en mousseline gommée, brillante comme l'aile de ces scarabées qui glisseat sur les eaux dormantes.
Meubles en accajou, recouverts en velours d'Utrecht à palmes ou à rosaces, suivant que le papier est à l'un ou k l'autre.
Tapis d'occasion, un peu usé aux alentours du foyer et sur le chemin qui mène à l'entrée principale.
Sur les murs, suspendues à des torsades diverses gravures sans valeur artistique, mais assez richement encadrées : Elles représentent, le plus souvent, la Confession du, bandit italien, le Combat des bandits contre les dragons romains, le Chien du régiment et vn Mazeppa quelcouque, le tout d'après notre célèbre Horace Vernet.
Telle est, en quelques lignes, la physiographie exacte du salon d'hôtel garni. Les variantes, s'il en existe, ne méritent pas l'honneur d'être mentionnées.
Le tableau qui s'offrit aux regards de Georges, au mo- «neut où il entra dans celte pièce, était à peu de chose près, le même que celui qu'il avait contemplé quelques
L1S3 CHBVAUBaS HO laksobshbt. 437
semaines auparavaat» lors de sa visite au ebâteaa de
Choisy.
M. de Choisy, étendu éznsme bergère, placée à l'angle de la cheminée, lisait avec plus d'acharnement que jamais la Gazette de Fnmee, YÈcho Français, la France, la Qmiiiienne et la Moàe\ ce qui lui procurait la satisfaction de retrouver cinq fois de suite la même nouvelle, après quoi il ne manquait jamais d'en demander l'explication k sa femme.
Madame de Choisv, assise dans une seconde bergère, à l'autre angle de la cheminée, était absorbée par l'occupation fort absorbante, en effet, d'enfiler des perles destinées à entrer dans la composition d'une bourse, dont elle devait faire hommage à la comtesse de Boisjol lors de son retour en Normandie.
Enfin Esther, établie auprès d'unejdes fenêtres du salon, lavait une aquarelle représentant une vue faite de mémoire du château de Gussac.
C'était encore une surprise qu'on ménageait à la bonne vieille chanoinesse.
La femme de chambre avait annoncé monsieur le comte d'Ëntragues.
Un mouvement de surprise et de joie s'était immé^iat^ ment roaniCesté dans le salon.
K. de C^^y, quittant lourdement sa bergère, fit q^uel** ^eg pas à la reiicontre de Geoi^es, à qui il serra cprdMtleioent la main en lui disant :
-*- A quel heureux hasard devons-noufi votee iioone visite ? car, sans reproche, vous êtes terriblement raff , mon cher cousin.
43S LES CREVALIBRS DU LANSQDBNBT.
On se souvient sans doute de ce cousinage, si habilement imaginé par M. de Choisy.
— Croyez bien, mon cber cousin, — répondit Georges, — que si cela n'eût dépendu que de moi, je ne me serais point privé aussi longtemps du plaisir de vous voir; mais j'ai été obligé de m'absenter de Paris pendant quelques jours... un voyage d'affaires... Permettez-moi d'offrir mes hommages à ces dames.
Et Georges, tournant M. de Choisy, qui l'avait d'abord accaparé, alla saluer madame de Choisy, puis Esther qui rougit beaucoup en s'inclinant k demi.
— Quelle délicieuse aquarelle vous faites-là, Mademoiselle — s'écria Georges en se penchant pour examiner l'ouvrage d'Esther, — et comme ma bonne tante serait heureuse et fière d'apprendre que vous avez conservé des lieux qu'elle habite un souvenir aussi fidèle.
Esther, de rouge qu'elle était, devint pourpre.
— A propos de madame deBoisjol, — interrompit M. de Choisy fort peu à propos, — y a-t-il longtemps que vous n'avez eu de ses nouvelles, mon cher cousin ?
— Quelques jours déjà, — répondit d'Entragues, — mais à chaque courrier je m'attends à en recevoir.
— Quelle femme aimable et spirituelle i — reprit M. de Choisy. — Ces types-là ne se rencontrent que dans les vieilles familles comme les nôtres ! c'est dans le sang ! Voyez plutôt : on disait, et on pourrait dire encore : l'es^ prit des Mortemart; on ne dira jamais : l'esprit des Martin ou des Thomas! La noblesse ! je ne connais que ça ! sans la noblesse point de salut! j'ai là-dessus des- idées trèsarrètées.
Georges, qui craignait à bon droit de voir M. de Choisy
s'arrêter dans ses idées arrêtées sur le blason et TaristocraUe de race, se hâta de détourner la conversation en demandant si mademoiselle Esther était satisfaite dç son séjour à Paris.
— Sans doute ! sans doute ! — repartit impitoyablement le bon hobereau, — cette petite tille est enchantée d'aller au bal de temps en temps. . . c'est assez rare d'ailleurs que nous l'y menions, parce que j'ai mes maudits rhumatismes qui me tourmentent, et que sa mère ne veut pas aller dans le monde sans moi... Ah! sans mes rhumatismes!... A propos, je vous ai raconté comment j'ai attrapé ma première douleur sciatique? c'est fort curieux. Figurez-vous qu'il y a cinq ans, pendant l'automne, après une chasse aux canards sauvages qui avait duré six heures par un froid de loup...
— Je crois avoir eu déjà le plaisir de vous entendre raconter cette chasse et ses fâcheux résultats, — interrompit M. d'Ëntragues.
— C'est juste! c'est juste! je me rappelle maintenant... je disais donc... qu'est-ce que je disais?.. Ah! pour en
revenir aux bals, Esther aime beaucoup la danse Que
voulez-vous? c'est de son âge Et tenez, nous avons
justement pour mercredi prochain une invitation de lady ^Yigfflorland : on dit que c'est une maison charmante. Y serez-voufi, mon cher cousin?
— Sans doute, — répondit Georges qui devait précisément se faire présenter chez lady Wigmorland par le vicomte de Sanluces.
— ' Ce sera la première fois que nous vous rencontrerons dans le monde, — reprit M. de Choisy. — Dansez-vous?
— Pas habituellement, mais je danserai sans doute sa
440 LES CHCTALIBRS DU LANSQUBRlT.
mademoisene Esther reutbien me faire l'lK)anei»r de M'aecorder une contredanse. Serai-)e assez- benreax. Mademoiselle, pour obtenir cette faveur? — ajouta Georges en se tournant vers ]a jeune fille, qui rougit de nouveat ea murisiurant un oui bien timide.
— Elle en sera certainement fort aise! — repartit M. de Gboisy qui était toujours prêt à faire feu à tort et à travers dans la conversation ; — ^ je la crois M^ capadble, conttnua-t-il, quand vous aurez dansé la prenûère contredanse avec elle, de vous en demander une seconde... entre parents ces sortes de choses n'ont rien...
— Je m'adresserai alors à madame de Ghoisy, — interrompit Georges, — et je hû demanderai de me permettre d'envoyer mercredi prochain un bouquet à mademoiselle Esther.
-- Hais sans doute! mais sans doute! — &'-écria M. de Ghoisy, — car, akim que je vous le disais, entre parents toutes ces choses-là ne souffrent pas la moîftdre difficulté.
Et la figure du digne Normand, que l'arrivée de Georges avait déjà épanouie, devenait à chaque instant plus radiease. Avec le bouquet il voyait une déclaration d'amour, et de là au mariage, il ne devait y avoir, selon lui, qu'on pas.
Quant à Esther, qui s'était remise à son aquardle pour dissimuler l'embarras que lui causait cette conversatic»)» elle était si émue, si troublée, qu'elle étendait du vermillon sur son ciel et qu'elle peignait d'un jaune vif les vitres <lu petit castel de Cussac.
Bref, après quelque temps d'une de ces conversations à bâtons rompus, dans lesquelles M. de Ghoisy exeellait, au moment où Georges allait se lever pour partir, machme de
LES CHBYALIBRS DO LÀNSQUEI9ET. 141
Choisy glissa quelqaes mots dans l'oreille de son mari, et M. d'Ëntragues fut retenu à diner avec des instances si vives, qu'il lui fut impossible de décliner cette invitation, qui, du reste, le charmait.
Il passa donc la soirée à YHÔtel des Ambassadeurs, et et quand il fut parti, après avoir pris un rendez-vous pour se retrouver le mercredi suivant dans les salons de lady Wigmorland, M. de Choisy se demanda si le moment n'était pas venu de commander le trousseau de sa fille, et de dire à la couturière chargée de le confectionner, que les mouchoirs de poche de la jeune fiancée devaient porter, à l'un de leurs coins brodés, l'écusson des Choisy écartelé avec celui des d'Ëntragues.
Le bat de l'Opéra
Le lendemain samedi, jour du bal de l'Opéra, à neuf heures précises du soir, les onze Chevaliers du Lansquenet étaient réunis chez le comte d'Entragues.
Des tables de wisth, de bouillotte et d'écarté, étaient disposées dans le salon ; mais elles devaient être complètement inutiles, ces messieurs étant entre eux, et par conséquent peu désireux d'exercer leur savoir-faire les uns contre les autres, en se volant réciproquement.
Georges n'avait, au surplus, convoqué ses collègues chez lui que pour se donner, vis-à-vis des gens de la maison, l'apparence d'avoir eu du monde ce jour, ou plutôt cette nait-là. Il fallait que M. Garol, qui, on doit s'en souvenir, demeurait dans la même cour, pût croire que la soirée à laquelle il était invité avait réellement eu lieu.
Une fois minuit arrivé, ce but était atteint. Le r6ule-
4i4 LES GBBVAMERS DO LA!f5Q0ENET.
ment d'une voiture ayant annoncé depuis longtemps la sortie du général, les Chevaliers du Lansquenet commencèrent, les uns après les autres, leur mouvement de retraite, et Georges d'Entragues, s'enveloppant dans le vieux paletot et dans le large cache-nez que nous lui connaissons, sortit à son tour, laissant au coin du feu, pour figurer un public, le baron Âymeric, Croisé de la Croisette et le prince Krakopoulof, lesquels devaient passer là le reste de la nuit à fumer, à roupiller et à boire un nombre indéterminé de ^ro^s de toutes les nuances et de toutes les tailles. Georges avait arrêté dans la rue la première citadine qu'il avait trouvée sur son passage, et il s'était fait con^* duire rue d'Àmboi^ au domicile de Rosolio, où l'avaient déjà devancé V Amour et VEnrhumé, et où nous le laisserons pour quelques instants.
Il est une heure da matlia.
Le ciel e^ pur et resplendissant d'étoil«s. lia gelée a pr», depuis te ooucher du soteil, uoe iiïtdnsité singâlièHe, «t l'ft^hdlte du bdiilevarfl «et sec et poudreux ooffliiie au oœur de l'été.
Dans toute lakmgaetir de ta rue Lepelletier, les becs de gaz éclairent à Owrm les façades êes taakmns, du feu de leurs triangles éblOBissants; on dirait que le péristyle de l'Opéra ast iliumiiié par les flammes d'un vaste in^ieiiâie.
Le bruit, te tumulte, la Jete> llvresse, la folie, débordent de (eûtes paKs^
Des gardes finmicipaux fbnt piaffer leurs lourdes mot)- Hues 4ia mUteu d'une foule InsdeRte et bigarrée.
tes CHfitALIBtlS DU LÂK5Q1TENCT. U5
Des multitudes de voilures de toutes les formes et de toutes les espèces déposent, de seconde en seconde, de nouveaux arrivants, tantôt sous le vestibule du théâtre, tantôt k rtiiie des ûmt adirées du (MHSsage mt le boulevard.
D'ironiques clameurs accueillent les ^k»niiias malencontreux qui montrent, en «lescendant d'un vieux fiacre disloqué, ifioe janabe mal foite ou un costimie ridicote ou suranné.
Do café Anglais, du calé de Paris^ de la Maison-^'Or, de tous les restaurants et de tous les estaminets d'alentour s'échappent des groupes légèrement avinés ou voulant le paraître, qui se donnent sur le trottoir un avantgoût des Joies si vives de la cachucha parisienne.
Depuis l'Ambigu jusqu'à la rue Lepeiletier, et depuis l'Opéra jusqu'à la place de la Madeleine, c'est un perpétuel défilé de masques élégauts ou vulgaires, propres «u sales, à pied ou en voiture, eu groupes ou isolés.
Partout on rencontre les longs plumets rouges et les énormes gants des chi^^rds.
Partout le pantalon de velours, la chemise brodée et le petit chsq)eau des joyeux débardeurs.
Partout, enfin, la veste aux mille boutons et la perruque poudrée du postillon de Longjwneau,
De tous côtés retientissent ces cris :
— 6hé! les chicardsl les flambards! les balochards! les débardeurs! les noceurs! les gouapeursi
— Ohé! les pierrots! ohé! les pierretles! '-^Obétlestitis! ohé!
— OhîcHetètel * *«^Oh!€'mi«le?
146 LES CHBVÀLIfiRS DU LANSQUERBT.
« Ab ! c' coco -là !
« Quel pif qu'il a ! »
Sous chaque paletot, on aperçoit une écharpe rouge ou bleue.
Tous les uez sont faux.
Toutes les moustaches sont postiches.
Paris est ivre! Paris a la fièvre ! Paris est fou! Tout ce monde qui circule, qui se heurte, qui s'injurie, qui se menace, ne pense pas au lendemain! On danse à l'Opéra, il faut y aller : Ohé ! ohé !
A une heure un quart environ, un coupé sans armoiries s'arrêta devant le vestibule de l'Académie royale de musique ; Perdlta en descendit accompagné du général Garol : en ce moment la foule était plus compacte et plus bruyante que jamais.
La jeune femme portait un délicieux domino de satin rose dont le camail et le capuchon étaient garnis d'un double rang de dentelles d'Angleterre, de la plus grande valeur et d'une merveilleuse richesse de dessin.
Ce domino, chef-d'œuvre de mademoiselle Victorine, mettait en relief, quand le camail s'entr'ouvrait par hasard, toutes (es beautés irréprochables de la taille de Perdita, et toutes les perfections de son buste.
Un demi-masque de velours noir laissait à découvert le
plus ravissant bas de visage qu'il fiHt possible d'imaginer.
M. Garol, lui, était enveloppé d'un large domino noir,
LES CHBYALIBRS DU LÀRSQUENET. 447
qu'il portait par-dessus ses habits de ville ; son masque lui couvrait eitlièrement le visage.
Portant encore le deuil de sa femme, il avait pensé qu'il blesserait les convenances, s'il se montrait à visage découvert avec une personne qu'on pourrait prendre pour sa maîtresse, au milieu d'une de ces saturnales, qu'on est convenu d'appeler le bal de l'Opéra.
C'était, du reste, la première fois, depuis la nuit terrible qui avait précédé son duel avec l'infortuné Charles Royer, qu'il revenait à cette heure dans ce lieu de tragique souvenir, aussi ne put-il se défendre d'une sombre et profonde émotion en traversant ce vestibule, où tout lui reppelait l'événement le plus douloureux de sa vie.
M. Carol et Perdita entrèrent dans la loge dont le coupon leur était arrivé d'une manière si mystérieuse, et la porte de cette loge se referma sur eux.
À deux heures moins cinq minutes, six individus masqués se réunirent dans l'un des recoins du corridor des troisièmes loges, et causèrent pendant quelques minutes à voix basse.
L'un de ces individus, dont la tournure était élégante et svelte, portait avec une grâce parfaite un costume de pdikare, richement bordé d'or et d'argent ;
Le second, homme de haute taille et chargé d'embonpoint, était couvert d'un domino noir, de tout point semblable à celui de M. Carol ;
Le troisième était en débardeur ;
Le quatrième en garde française;
I 48 LSS CffBTÂUISB B« LÂNS<|II»BT.
Le ci&<piièm6 en motMQtte^alr^;
Le sixième enfin avaùt a<iopté un travestissemeat de f&ri de la HûUe,
Le Palikare et le domino noir avalent le visage ^^oav^t de demî-fflasqoes à longues et amples barbes de satlii.
Les^atre autres s'étaient affublés de faux nez d'ane dimension phénoménale.
 deux fleures prédses, le palikare frappait «à la porte de la loge de Perdita.
— Que voulez- vous? -^ demanda M. Carofl en entr'ouvrant la lucarne de la loge.
— Stéphen et Perdita ! — répondit le Palikare. La porte fut ouverte aussitôt et le masque entra.
M. €aro1, par discrétion, fit mine de se retirer dans un des angles de la loge.
— Vous n'êtes pas de trop, Monsieur le baron, — reprit le palikare. — Vous devez même entendre tout ce que je vais dire à Madame, ce qui, du reste, sera bien court.
La voix du personnage qui parlait ainsi était tremblante et entrecoupée, soit qu'il lui donnât ce tremblement pour la déguiser davantage, soit qu'il fût réellement et violemment ému : nous inclinons pour la première supposition.
— • Ah ! Monsieur, — s'écria Perdita en se penchant vers lui, — si vous avez à m'apprendre quelque chose sur ma famille, au nom du ciel, parlez ! parlez vite !
— Cionnalssez-vous ceci, Madame? — demanda le Palikare, en présentant à la Jeune femme un objîet qu'à prit dans la poche de sa soubreveste.
C'était un large et vieux cadiet d'argent, araioeié.
— Un écusson semblable à celui qui était gravé ^r le
LES CaSTALlIRS DD LANSQUtNST. 449
cachet que j'ai perdu î -- reprit Perdita d'ooe voix étouffée par rémotion.
— J'^poore si vous avez perdu un cachet, Madame; mais je vous jure sur Thonneiu' que ces armes sool celles de votre famille.
Et le Palikare tendit la main pour reprendre le hijou.
— Eh ! quoi, Monsieur, vous ne me le laissez pas? — demanda Perdita d'un ton de regret.
-^ il vous appartiendra tout à Theurc, répondit le masque ; — mais c'est un autre que moi qui doit vous le do&uer.
— Un autre?...
— Oui, Madame.
— Qui donc ?
— Soyez forte. Madame... la joie tue comme la douleur, quafid elle surpasse toutes les prévisions humaines... et ce que je vais vous apprendre...
— Qui donc 2... mais qui donc? — interrompit Perdita, qui ne pouvait plus contenir son impatience.
— Votre mère...
— Ma mère ! j'ai une mère ! je verrais ma mère ! ! ! moi! moi! moi!...
— Elle vous attend.
— Elle m'attend ! — et Perdita se leva à demi sur son fauteuil ; — elle m'attend ; ■— reprit-elle. Est-ce possiWe? Ne me ti'ompez-vous pas?
— Elte vous attend. Madame... Venez avec moi, et vous la verrez... C'est dans ses bras que je dois vous conduire.
— Allons, Monsieur i allons vite I — s'écria Perdita. £t cette ibis elle se leva tout à fait, et elle fit même ua
pas vers la porte de la loge.
— Seule! — dit vivement M. Carol, dont la défiance s'éveilla tout à coup.
— Non pas seul ; avec vous, Monsieur, •— répondit le Palikare. — J'avais compté sur votre présence... elle est même nécessaire, ainsi que je vous le disais tout à l'heure.
M. Carol, rassuré par ces mots, se trouva alors fort embarrassé. Â quel titre allait- il assister à cette entrevue de la mère et de la fille? Que ferait-il? Que dirait-il, et qui pouvait savoir jusqu'où cette première démarche l'entraînerait.
— Mais ne pourrait-on remettre cela à demain, d'aussi bonne heure que l'on voudrait? — demanda-t-il avec hésitation, et pour ainsi dire en balbutiant.
— A présent ou jamais! — répondit le Palikare d'une voix grave. — Ce qui est possible en ce moment, demain ne le sera peut-être plus. La destinée a des mystères qu'il faut respecter.
— Venez ! mais venez donc ! — s'écria Perdita en cherchant à entraîner M. Carol.
Celui-ci, ne voulant pas la laisser seule avec un inconnu masqué, se décida à suivre la jeune femme, au risque de tout ce qui pouvait lui arriver.
Tous trois sortirent donc de la loge.
— Faites-moi l'honneur. Madame, d'accepter mon bras, — dit l'individu masqué.
Perdita s'appuya tremblante sur le bras du Palikare.
Le général Carol marcha derrière eux, emboîtant le pas avec une précision toute militaire.
Ils arrivèrent ainsi au commencement de l'escalier.
Le Palikare et Perdita descendirent les premières marches; M. Carol se disposa à en faire autant.
LES CHEVALIERS DU LANSQUENET. 45f
En ce moment, quatre individus complètement ivres, ou du moins paraissant tels, un mousquetaire, un garde française un fort de la HaUe et un débardeur, ^e tenant tous les quatre par le bras, se jetèrent, en poussant des clameurs assourdissantes sur le chemin du général Carol.
Ce dernier voulut les repousser ou les romj)re pour se frayer un passage ; mais la ténacité des ivrognes est proverbiale,, et ceux-ci, en enlaçant leurs mains et formant un cercle autour de l'infortuné général, l'eurent en quelques secondes, malgré sa colère et ses menaces, fait rétrograder de plusieurs pas au milieu de la foule, rendue plus compacte par cet incident.
M. Carol voulut élever la voix pour dominer le tumulte, des huées et des éclats de rire le réduisirent pour le moment au silence.
Le Palikare et Perdita descendaient toujours le grand escalier.
Arrivée dans le vestibule, la jeune femme se retourna» et elle aperçut, îi cinq ou six pas derrière elle, uii homme en domino noir, qu'elle dut supposer être M. Carol, car il lui ressemblait à s'y méprendre.
Ce domino les avait suivis depuis le moment où le général était tombé dans le groupe des quatre masques ivres. — Par ici, — dit le Palikare.
Perdita traversa avec son guide le haut du passage de l'Opéra, et s'engagea avec lui dans ce couloir étroit et sombre qui mène à la rue Grange-Batelière.
45^ LE3 CQBVAUVBS PU LiNSaOKNBT.
Ifi domiQû noir suivait tou|ours à quelques pas ea arrière.
Une voiture attendait k la sortie du passage.
Un nègre tenait ouverte la portière de cette voiture.
— Montez, Madame, montez. Monsieur le baron, -^ dit le Palikare.
Perdita monta, suivie de Thomme au domino noir.
Le nègre referma la portière, s'élança sur le siège à côté du cocher, et la voiture partit avec une vitesse extraordinaire dans la direction du faubourg Montmartre, puis elle gagna le boulevard.
Cinq minutes après, le général Carol arrivait dans un état d'exaspération difficile à décrire, sous le pérystile de l'Opéra, et demandait à tout le monde un palihare et un domino rose.
Mais personne ne les avait vus.
nN DE LA PREMIÈRE PARTIE.
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